Publié le 2025-10-31 09:31:00. Alors que la guerre civile s’intensifie au Soudan, une travailleuse humanitaire dénonce une « campagne systémique de destruction » visant les civils, particulièrement dans la ville d’El-Fasher. Les Nations unies et les organisations d’aide s’inquiètent de massacres et de nettoyages ethniques.
- Plus de 36 000 civils ont fui El-Fasher après sa prise par les Forces de soutien rapide (FSR).
- Les survivants arrivent dans des conditions extrêmes, manquant de nourriture, d’eau et d’abri, avec une épidémie de choléra.
- Les FSR annoncent avoir arrêté des combattants accusés d’exactions lors de la prise de la ville.
« Il n’y a pas de mots » pour décrire la détresse actuelle, a confié Mathilde Vu, responsable du plaidoyer au Soudan pour le Conseil norvégien pour les réfugiés, lors d’une interview accordée à Morning Ireland sur RTÉ. La situation humanitaire est catastrophique, notamment à El-Fasher, dernier bastion de l’armée dans la région du Darfour, tombé aux mains des FSR après plus de 18 mois de siège.
Depuis dimanche, plus de 36 000 civils ont quitté la ville, cherchant refuge dans des zones déjà surpeuplées comme Tawila, qui accueille déjà 650 000 personnes déplacées. Cette prise d’importance ravive les craintes d’un retour aux atrocités ethniquement ciblées qui avaient marqué la région il y a vingt ans.
« Les gens ont été affamés, ils ont été bombardés chaque semaine. Aucune aide humanitaire n’a été autorisée dans la ville d’El-Fasher. Il n’y a eu aucun commerçant. Les gens ont dû manger de la nourriture animale pour survivre et boire l’eau de pluie. »
Mathilde Vu, responsable du plaidoyer au Soudan auprès du Conseil norvégien pour les réfugiés
La travailleuse humanitaire a décrit une attaque massive contre les civils, entraînant la fuite de milliers de personnes, dont beaucoup « disparaissent complètement, soit parce qu’elles ont été arrêtées, soit parce qu’elles ont été tuées alors qu’elles tentaient de fuir ». L’équipe de Mathilde Vu, située à une soixantaine de kilomètres d’El-Fasher, peine à accueillir les quelques 5 000 personnes qui ont réussi à s’échapper, malgré l’afflux de dizaines de milliers d’autres.
« Les gens sont épuisés, affamés, mal nourris, assoiffés, traumatisés, et ils arrivent dans un camp en plein air où il y a peu d’assistance parce que nous sommes complètement débordés. Il y a une épidémie de choléra qui tue des gens chaque semaine. Ils ont du mal à trouver de la nourriture, ils ont à peine un abri. Beaucoup d’entre eux dorment par terre. »
Mathilde Vu, responsable du plaidoyer au Soudan auprès du Conseil norvégien pour les réfugiés
L’organisation déplore un financement insuffisant, « environ 70 % du financement nécessaire au Soudan n’est tout simplement pas disponible », et dénonce une « négligence internationale totale ». Face à cette situation, les équipes sont contraintes de prendre des décisions « déchirantes », privilégiant les plus vulnérables et laissant « tant de personnes derrière ». Selon Mme Vu, elles « sauv(ent) à peine des vies pour le moment », se contentant de « retarder la mort ».
Elle a également souligné le manque d’engagement politique international pour mettre fin à la guerre, faire pression sur les parties belligérantes et garantir la protection des civils et l’accès humanitaire.
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Parallèlement, les Forces de soutien rapide (FSR) ont annoncé avoir arrêté plusieurs de leurs combattants accusés de crimes de guerre lors de la prise d’El-Fasher. Dans un communiqué, le groupe a mentionné l’arrestation de combattants ayant commis des « violations survenues lors de la libération » de la ville, incluant un individu connu sous le nom d’Abu Lulu. Ce dernier avait été vu dans plusieurs vidéos sur TikTok, se livrant à des exécutions sommaires d’hommes désarmés, comme l’a vérifié l’AFP.
Une autre vidéo le montre entouré d’hommes armés, près de dizaines de cadavres et de véhicules incendiés. Les FSR ont diffusé des images d’Abu Lulu en détention, affirmant qu’une enquête serait menée en vue de le traduire en justice. Le groupe a réitéré son engagement à respecter la loi et la discipline militaire en temps de guerre.
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