Publié le 10 février 2026 04:50:00. Des mouvements oculaires spécifiques précèdent l’évocation de souvenirs personnels, révélant un lien étroit entre la façon dont nos yeux bougent et la manière dont notre cerveau reconstitue le passé, selon une nouvelle étude de l’Institut de recherche Rotman de Baycrest.
- Une augmentation des mouvements oculaires, notamment des saccades, se produit environ une demi-seconde avant que les participants ne se souviennent de détails précis d’événements vécus.
- Cette activité oculaire diminue immédiatement après l’évocation de ces souvenirs épisodiques.
- Ces observations suggèrent que l’exploration visuelle joue un rôle essentiel dans la reconstruction des expériences passées.
La mémoire épisodique, celle qui nous permet de nous souvenir de moments précis de notre vie, est intimement liée à l’activité de nos yeux, selon des recherches récentes menées par des scientifiques de Baycrest à Toronto. L’étude, publiée dans la revue Cognition, met en lumière un mécanisme jusque-là méconnu de la récupération de la mémoire et pourrait ouvrir de nouvelles voies pour évaluer la santé du cerveau et comprendre les troubles de la mémoire.
L’équipe de recherche a invité 91 jeunes adultes à effectuer une visite guidée d’œuvres d’art et d’installations au sein de Baycrest. Une semaine plus tard, les participants ont été invités à se remémorer librement cette visite tout en fixant un écran vide, leurs mouvements oculaires étant enregistrés grâce à un système de suivi oculaire vidéo. Cette approche a permis aux chercheurs de synchroniser précisément chaque mouvement oculaire avec le moment où les participants évoquaient des détails spécifiques de leur expérience.
L’analyse des données a révélé un schéma remarquable : juste avant que les participants ne se souviennent de détails épisodiques – des éléments concrets vus, entendus ou ressentis lors de la visite – une augmentation significative des mouvements oculaires était observée. Cette activité oculaire diminuait ensuite immédiatement après l’évocation de ces souvenirs. Aucune corrélation temporelle similaire n’a été constatée lors de la remémoration d’informations générales ou factuelles.
« En alignant les mouvements oculaires avec le rappel verbal des souvenirs à la milliseconde près, nous avons pu observer la mémoire en train de se dérouler en temps réel », explique le Dr Brian Levine, scientifique principal à l’Institut de recherche Rotman de Baycrest et auteur principal de l’étude.
« Ces résultats démontrent que les mouvements oculaires sont étroitement liés au traitement et à la reconstruction par le cerveau des souvenirs visuels et spatiaux, et ne sont pas simplement un effet secondaire de la mémoire. »
Dr Brian Levine, scientifique principal au Rotman Research Institute de Baycrest
Les chercheurs soulignent que ces découvertes pourraient avoir des implications importantes pour la compréhension et le traitement des troubles de la mémoire, notamment dans le contexte de maladies neurodégénératives comme la démence, où la mémoire autobiographique est souvent affectée en premier lieu. Comprendre les mécanismes précis qui sous-tendent la récupération de la mémoire pourrait permettre de développer des outils d’évaluation plus sensibles et de nouvelles stratégies thérapeutiques.
Au-delà de la démence, l’équipe suggère que des principes similaires pourraient s’appliquer à d’autres troubles, tels que le trouble de stress post-traumatique (TSPT). Ce dernier se caractérise par des souvenirs intrusifs et vifs d’événements traumatiques, accompagnés de changements dans les réseaux cérébraux visuels. Des analyses comportementales fines, comme celles utilisées dans cette étude, pourraient aider à affiner les interventions visant à contextualiser les expériences traumatisantes et à réduire l’impact émotionnel des souvenirs visuels.
Les chercheurs prévoient de mener des études longitudinales pour déterminer comment ces schémas de mouvements oculaires évoluent avec l’âge et en cas de maladies neurodégénératives, et pour évaluer leur potentiel en tant que marqueurs précoces du déclin cognitif.
Cette recherche a été dirigée par Ryan Barker, étudiant au doctorat à Baycrest et à l’Université de Toronto, et par la Dre Jennifer Ryan, scientifique principale au Rotman Research Institute de Baycrest.
Source:
Référence du journal :
Barker, RM, et al. (2025). Remembrance with regardspassed: Eye Movements Precede continu rappel of episodique details of Real-Life Events. Cognition. https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S001002772500321X