Publié le 2023-11-08 06:26:00. Un colis glaçant, contenant une oreille humaine, a été adressé à un grand quotidien italien en novembre 1973, semant l’effroi et confirmant la cruauté des ravisseurs de John Paul Getty III. Le petit-fils du magnat pétrolier, enlevé quatre mois plus tôt, était au cœur d’un drame orchestré par la ‘Ndrangheta, révélant au grand jour l’avarice légendaire de son grand-père.
- L’envoi d’une oreille et une menace de démembrement ont fait basculer l’affaire Getty en novembre 1973.
- Jean Paul Getty Ier, l’un des hommes les plus riches du monde, avait initialement refusé de payer la rançon de 3,2 millions de dollars (environ 20 millions de dollars actuels).
- Le kidnapping, initialement suspecté d’être une mise en scène du jeune Getty, a finalement été attribué à la mafia calabraise.
La découverte, le jeudi 8 novembre 1973, d’un colis destiné au journal italien Il Messaggero a glacé le sang. À l’intérieur, une mèche de cheveux et une missive menaçante : « C’est la première oreille de Paul. Si dans dix jours la famille pense toujours que c’est une farce qu’il a montée, alors l’autre oreille arrivera. En d’autres termes, il arrivera en morceaux », annonçait l’expéditeur anonyme. L’oreille en question appartenait à John Paul Getty III, 16 ans, séquestré depuis le 10 juillet précédent. La somme exigée s’élevait à 3,2 millions de dollars, une somme qui, selon les estimations actuelles, représenterait près de 20 millions de dollars.
Jusqu’à cet envoi macabre, le patriarche de la famille, Jean Paul Getty Ier, avait maintenu une position inflexible. L’homme, dont la fortune était colossale, entretenait une réputation d’avarice légendaire. Il doutait même de la réalité de l’enlèvement, sachant que son petit-fils avait par le passé évoqué l’idée d’une mise en scène pour obtenir de l’argent. Le jeune Getty, souvent qualifié de « hippie doré » par la presse en raison de son style de vie bohème et de ses fréquentations, vivait à Rome et avait été expulsé de plusieurs établissements scolaires. Sa mère, Gail Getty Jeffries, avait reçu de premières lettres de son fils, attestant de son enlèvement et demandant de ne pas impliquer la police.
La personnalité éclectique de John Paul Getty III, oscillant entre fêtes mondaines, manifestations de gauche et tentatives artistiques sur la Piazza Navona, n’avait pas aidé à dissiper les doutes initiaux. Sa petite amie avait même admis qu’il avait envisagé de simuler son enlèvement. Cependant, l’arrivée de l’oreille a radicalement modifié la donne. Le grand-père, malgré sa réticence, a fini par négocier. Il a déclaré publiquement : « Je ne vais pas payer un centime. J’ai quatorze autres petits-enfants. Si je paie la rançon pour un seul… j’aurai quatorze petits-enfants kidnappés », une déclaration qui a renforcé son image d’homme impitoyable.
Les ravisseurs, initialement en possession du jeune homme, ont finalement vendu leur « otage » à la ‘Ndrangheta, l’organisation mafieuse calabraise, devenue responsable de sa séquestration prolongée. Confrontés à l’obstination de Getty, les mafieux ont choisi la voie de la violence extrême pour faire pression. Finalement, Jean Paul Getty Ier a consenti à payer, mais d’une manière qui minimisait l’impact sur ses finances. Il aurait déboursé 2,2 millions de dollars, montant maximal déductible des impôts, et prêté le reste à son fils, père de John Paul Getty III, avec intérêts. L’ancien agent de la CIA, J. Fletcher Chase, a été dépêché pour organiser la transaction, sous surveillance policière.
John Paul Getty III a été libéré le 15 décembre 1973, dans un état de santé précaire. L’infection de sa blessure à l’oreille et une pneumonie contractée durant sa captivité l’avaient considérablement affaibli. Après sa libération, il a tenté de refaire sa vie, épousant Gisela Martine Zacher et devenant père d’un fils, Balthazar. Cependant, les séquelles physiques et psychologiques de l’enlèvement l’ont conduit à une dépendance à l’alcool et aux drogues. En 1981, un cocktail de substances a provoqué une insuffisance hépatique et un accident vasculaire cérébral qui l’ont laissé tétraplégique. Son grand-père étant décédé, c’est sa mère qui dut batailler juridiquement pour assurer ses frais médicaux, son père refusant de les prendre en charge. Il s’est éteint en 2011, à l’âge de 54 ans.
L’affaire, d’une rare cruauté, a marqué les esprits et a inspiré le film « Tout l’argent du monde » de Ridley Scott en 2017, rappelant l’histoire glaçante de cet adolescent, de son grand-père millionnaire et de la cruelle réalité du crime organisé italien.