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Valeur locative: faut-il amortir son hypothèque après la réforme?

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Publié aujourd’hui à 16h30. Après la suppression de la valeur locative, la question de l’amortissement des dettes hypothécaires se pose pour les propriétaires. Les experts recommandent toutefois de conserver les hypothèques grâce aux taux d’intérêt actuellement bas.

  • Les propriétaires évaluent l’opportunité de rembourser leurs dettes hypothécaires suite à la suppression de la valeur locative et des déductions fiscales associées.
  • Les spécialistes conseillent de maintenir les hypothèques en raison des taux d’intérêt bas, préférant investir les fonds disponibles.
  • Moins de 10 % des propriétaires envisageraient de rembourser leur dette immobilière, selon les premières observations.

La récente adoption de la suppression de la valeur locative par le peuple suisse déclenche une réflexion profonde chez les propriétaires et les institutions financières. L’abolition de ce mode d’imposition immobilière soulève la question centrale : faut-il amortir sa dette hypothécaire, sachant que les intérêts ne sont plus déductibles des impôts ? Les banques, quant à elles, anticipent un double risque : une diminution des revenus locatifs et une réduction des actifs sous gestion si les propriétaires privilégient le remboursement de leurs prêts. La fébrilité est palpable dans le secteur, comme en témoignent les publications intensives de documents explicatifs et les appels à consulter des conseillers financiers, qui voient leur clientèle se multiplier.

Pour les propriétaires, la décision d’amortir ou non leur hypothèque est complexe et hautement individuelle. Quatre experts interrogés s’accordent : la stratégie optimale dépendra de la situation patrimoniale globale, des revenus, des aspirations personnelles et de la tolérance au risque de chacun. Cependant, une vague massive de remboursements anticipés n’est pas attendue. La première raison est d’ordre financier : rembourser une dette nécessite de la liquidité, un bien souvent rare pour les jeunes propriétaires ayant déjà investi la majeure partie de leurs fonds propres.

De plus, la fortune des Suisses est souvent immobilisée dans des actifs variés tels que des entreprises, des fonds de prévoyance (2ème pilier, assurances mixtes) ou des placements financiers. Rembourser son hypothèque impliquerait de liquider ces actifs, ce qui est rarement judicieux. Thomas Veraguth, expert immobilier chez UBS, déconseille vivement cette démarche, arguant qu’elle concentrerait tous les risques sur l’immobilier et pourrait mener à des ventes à perte en cas de conjoncture défavorable. La diversification des actifs et le maintien de liquidités sont préférables.

L’argument économique le plus fort en faveur du maintien des dettes réside dans les taux hypothécaires actuellement bas. Michel Fleury, spécialiste du marché immobilier chez Raiffeisen, souligne que les rendements potentiels d’un portefeuille d’investissement diversifié sont généralement supérieurs au coût des intérêts hypothécaires. Ainsi, amortir sa dette reviendrait à perdre un gain potentiel. À titre d’exemple, investir 100 000 francs suisses avec un rendement de 3 % générerait environ 3 000 francs par an. Après impôts et déduction des 2 000 francs d’intérêts hypothécaires (pour un taux de 2 %), il resterait un bénéfice, supérieur à celui obtenu en remboursant l’hypothèque.

Corentin du Marchie, expert chez VermögensZentrum (VZ), partage cette analyse : les taux actuels permettent souvent d’obtenir un rendement supérieur au coût de la dette sans prendre de risques excessifs. Le remboursement anticipé n’est donc pas toujours la stratégie la plus avantageuse. L’éventualité d’une remontée des taux hypothécaires pourrait modifier la donne, mais ces derniers ne restent pas indéfiniment à un niveau élevé. Une stratégie à long terme s’impose, car l’amortissement immobilise des capitaux qui pourraient s’avérer utiles, notamment à la retraite lorsque les revenus tendent à diminuer.

Cependant, certains facteurs humains pourraient inciter des propriétaires à rembourser leur hypothèque. Les personnes peu à l’aise avec les fluctuations des marchés financiers pourraient préférer la sécurité de la pierre. Michel Fleury reconnaît que pour ceux qui laissent leur argent sur un compte bancaire avec un rendement minimal, le remboursement de la dette est une option plus intéressante. L’aspect psychologique joue également un rôle : être totalement propriétaire de son logement procure un sentiment de sécurité et de tranquillité d’esprit (« On dort mieux »).

Enfin, Corentin du Marchie évoque une composante émotionnelle : posséder pleinement son bien immobilier peut être influencé par des considérations personnelles. Néanmoins, il estime que cela ne concernera pas la majorité des propriétaires. Les premières estimations du remboursement de la dette des ménages privés se situent entre 50 et 150 milliards de francs suisses, sur un total de 1 200 milliards, ce qui représente une part relativement limitée. Chez les clients de son établissement, moins de 10 % envisagent un remboursement partiel ou total. De plus, les amortissements anticipés se feraient sur une longue période, souvent limités par des pénalités de remboursement avant l’échéance, assurant ainsi une certaine inertie au système.

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