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Ville d’Al-Fashir tombée : l’armée soudanaise accuse les milices d’avoir exécuté des milliers de civils

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Publié le 2025-10-28 10:58:00. Le Soudan s’enfonce dans une crise humanitaire sans précédent suite à la prise de la ville d’Al-Fashir par les Forces de Soutien Rapide (FSR). L’armée accuse les milices de massacres de civils, tandis que l’ONU s’alarme d’une situation humanitaire catastrophique.

  • L’armée soudanaise accuse les milices FSR d’avoir exécuté plus de 2 000 civils à Al-Fashir.
  • Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, appelle à une résolution négociée et condamne les violations du droit international humanitaire.
  • L’Allemagne et le Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme dénoncent les atrocités et le risque de nettoyage ethnique.

La situation au Soudan a atteint un point critique après que les milices des Forces de Soutien Rapide (FSR) ont pris le contrôle d’Al-Fashir, dernière grande ville du Darfour à échapper à leur emprise. Dans un communiqué diffusé mardi, l’armée soudanaise a dénoncé des exécutions massives de civils, affirmant que « plus de 2 000 civils non armés ont été exécutés et tués », en majorité des femmes, des enfants et des personnes âgées, lors des journées de dimanche et lundi. Ces allégations surviennent alors que le chef militaire du pays, Abdel Fattah al-Burhan, a confirmé le retrait de l’armée de la ville.

Dans un discours télévisé, Abdel Fattah al-Burhan a promis que l’armée « se vengera » et continuera le combat « jusqu’à ce que ce pays soit nettoyé ». Les FSR avaient auparavant revendiqué la prise d’Al-Fashir, une ville où près de 260 000 civils, dont la moitié d’enfants, étaient piégés sans accès à l’aide humanitaire. Un comité de résistance local a également rapporté de nombreuses atrocités commises par les FSR lors de leur offensive, parlant de « pires formes de violence et de nettoyage ethnique » contre des civils innocents.

La prise d’Al-Fashir pourrait marquer un tournant décisif dans la guerre civile qui ravage le Soudan depuis plus de deux ans et demi. Le conflit oppose le dirigeant de facto Abdel-Fattah al-Burhan à son ancien adjoint Mohamed Hamdan Daglo, chef des FSR. Bien que l’armée ait repris la capitale Khartoum, les FSR ont renforcé leur contrôle sur la région du Darfour, voisine du Tchad, soulevant des craintes de division permanente du pays.

Le secrétaire général de l’ONU inquiet

Face à cette escalade, le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a lancé un appel pressant aux FSR et à l’armée soudanaise pour qu’ils s’engagent dans des négociations. Son porte-parole, Stéphane Dujarric, a qualifié la situation de « plus grande crise humanitaire au monde ». M. Guterres a insisté sur la nécessité pour les deux parties de contacter son envoyé personnel au Soudan, Ramtane Lamamra, et d’œuvrer rapidement à une solution pacifique. Il s’est dit « profondément préoccupé » par la violence récente et a condamné les violations présumées du droit international humanitaire.

Le chef de l’ONU s’est également déclaré « profondément alarmé » par l’afflux continu d’armes et de combattants au Soudan, qui exacerbent une situation déjà désespérée. Il a exigé l’arrêt immédiat de ce trafic et la livraison rapide et sans entrave de l’aide humanitaire aux populations dans le besoin. La région d’Al-Fashir et ses environs sont un épicentre de souffrance depuis plus de dix-huit mois, confrontés quotidiennement à la malnutrition, aux maladies et à la violence.

L’Allemagne secouée

Le ministère allemand des Affaires étrangères a exprimé son « choc » face aux informations venant d’Al-Fashir, dénonçant l’infiltration profonde des combattants FSR dans la ville et leurs « tueries aveugles de civils ». « Cela doit cesser immédiatement », a déclaré le ministère sur la plateforme X, rappelant que les FSR avaient « publiquement promis de vouloir protéger les civils ». « Vous devrez répondre de ces actes », a-t-il ajouté.

Le Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a quant à lui alerté sur le risque croissant de « nouvelles violations et atrocités à grande échelle et à motivation ethnique à El Fasher ». Il a souligné l’urgence de « mesures concrètes pour assurer la protection de la population civile ».

Les signalements d’exécutions arbitraires se multiplient

Les paramilitaires des FSR avaient annoncé dimanche avoir pris le poste de l’armée avant de s’emparer de la ville entière. Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU rapporte que les informations sur des exécutions arbitraires perpétrées par les milices à Al-Fashir se multiplient. Les combats ont par ailleurs provoqué une augmentation des flux de réfugiés ces dernières semaines, des milliers de personnes déplacées ayant fui la ville vers les zones environnantes, selon les organisations humanitaires.

Les FSR trouvent leur origine dans d’anciennes milices de cavalerie arabe, déjà accusées il y a une vingtaine d’années d’avoir été responsables d’un génocide contre les populations non arabes au Darfour, faisant jusqu’à 300 000 morts. À l’époque, ces milices combattaient aux côtés de l’armée soudanaise.

Si les chiffres précis des victimes de la guerre civile actuelle, déclenchée en avril 2023, restent difficiles à établir, une estimation américaine suggère que jusqu’à 150 000 personnes auraient péri. Plus de douze millions de personnes sont désormais déplacées, et plus de 26 millions, soit près de la moitié de la population, risquent la famine. (APA/AFP/dpa)

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