Publié le 24 février 2026 15h00. Des chercheurs ont découvert que le simple fait de dérouler du ruban adhésif peut générer des rayons X, un phénomène initialement observé en 1953 et confirmé plus récemment grâce à des expériences en laboratoire.
En 1953, des scientifiques russes travaillant dans des conditions de vide poussé avaient déjà rapporté la détection d’électrons suffisamment énergétiques pour émettre des rayons X lors du décollage d’un ruban adhésif. Cette observation, initialement accueillie avec scepticisme, a été validée en 2008 par des physiciens de l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA). Leurs travaux ont démontré qu’il était possible de produire des rayons X en déroulant un rouleau de ruban adhésif dans une chambre à vide, et ont même permis de réaliser une image radiographique rudimentaire du doigt d’un membre de l’équipe (voir image ci-dessous). Heureusement, ce phénomène ne présente aucun danger pour les utilisateurs quotidiens de ruban adhésif, car il nécessite un vide presque parfait pour se produire.
Le son et la lumière produits lors du décollage du ruban adhésif sont généralement attribués au phénomène de « slip-stick », un mécanisme de frottement intermittent. En 2010, Sigurdur Thoroddsen, de l’Université King Abdullah en Arabie Saoudite, et ses collègues ont utilisé l’imagerie ultra-rapide pour identifier un élément clé de ce mécanisme : une séquence de microfractures transversales se propageant à des vitesses supersoniques sur toute la largeur de l’adhésif. Une étude de 2024 a confirmé une corrélation directe entre le bruit caractéristique et ces fissures, sans toutefois en identifier le mécanisme précis.
La dernière étude menée par Thoroddsen et son équipe visait à déterminer si le son était directement généré par la pointe rapide d’une fissure, ce qui produirait également les impulsions sonores discrètes associées au décollage du ruban adhésif. Les chercheurs ont testé cette hypothèse en réalisant simultanément une imagerie à grande vitesse des fractures et une mesure des ondes sonores se propageant dans l’air. Ils ont décollé manuellement le ruban adhésif à l’aide d’une tige métallique, capturant les fissures avec deux caméras vidéo et le son avec deux microphones synchronisés, afin de mieux localiser l’origine des impulsions de pression.
Leurs résultats ont révélé que les crissements proviennent d’une série de faibles chocs qui culminent lorsque les fissures transversales atteignent le bord du ruban. La vitesse supersonique de ces fissures, par rapport à l’air ambiant, est essentielle à la génération de ces ondes de choc. « Un vide partiel se crée entre le ruban et le solide lorsque la fissure s’ouvre », expliquent les auteurs. « La fissure se déplace trop vite pour que ce vide soit comblé immédiatement, même si l’air est aspiré perpendiculairement à la fissure. Le vide se déplace donc avec la fissure jusqu’à ce qu’il atteigne l’extrémité du ruban et s’effondre dans l’air extérieur. » Chaque fois qu’une pointe de fracture atteint le bord du ruban, elle génère une impulsion sonore, d’où le cri caractéristique.
DOI : Physical Review E, 2026. 10.1103/p19h-9ysx.
