Trois hommes ont été condamnés par le tribunal correctionnel de Rennes pour une vaste escroquerie orchestrée entre décembre 2013 et janvier 2015 dans plusieurs départements de l’Ouest de la France. Les faits, jugés plus de dix ans après, concernent notamment le Morbihan, l’Ille-et-Vilaine, le Maine-et-Loire et la Loire-Atlantique, et ont causé un préjudice de plus de 135 000 € pour une cinquantaine de victimes.
L’affaire a éclaté en février 2014 suite à la plainte d’un habitant de Pipriac (Ille-et-Vilaine). Victime d’un chèque sans provision de 7 000 € pour la vente de son véhicule, il s’était vu présenter un faux relevé de compte affichant 82 000 € au Crédit Mutuel, ainsi qu’une fausse carte d’identité.
L’enquête a rapidement révélé le mode opératoire du principal prévenu, un homme de 33 ans au moment des faits. Cet ancien peintre et menuisier avait ouvert des comptes dans plusieurs banques (CIC de Segré-en-Anjou Bleu, La Banque Postale, Crédit Mutuel) et contracté des crédits à la consommation à la BNP Paribas, s’appuyant sur de faux bulletins de salaire. Fort de ces moyens de paiement frauduleusement acquis, il s’était procuré divers biens : véhicules, caravane, pneus, téléphones, ordinateurs et même un chien.
Le système reposait sur l’utilisation de chèques sans provision, dont une cinquantaine ont été recensés pour un montant total dépassant les 135 000 €. Parmi les personnes flouées figurent des habitants de Ploërmel et Guer.
Mais le prévenu principal n’opérait pas seul. Deux demi-frères, âgés de 36 et 38 ans et issus de la communauté des gens du voyage, l’accompagnaient systématiquement lors de ses transactions avec les vendeurs. Ils ont été formellement identifiés par certaines victimes.
Face aux gendarmes de Retiers, où il s’est spontanément présenté début 2015, le cerveau de l’opération a avoué avoir agi par lassitude du chômage. Il disait avoir entendu parler de ce « stratagème » lors d’une « soirée techno ». Il a affirmé n’en avoir tiré aucun profit personnel, déclarant vouloir « faire plaisir à tout le monde ».
L’un de ses complices a reconnu avoir suggéré l’escroquerie, l’ayant lui-même déjà pratiquée. Il a admis avoir été « conscient de participer à l’escroquerie et d’en bénéficier ». Le principal escroc reversait effectivement une partie des gains à ses deux acolytes, soulevant une interrogation sur une possible « emprise ». Toutefois, une expertise psychiatrique a conclu à une « vulnérabilité globale » mais sans « altération » ou « abolition » du discernement.
Le jugement, intervenu plus d’une décennie après les faits, n’a vu que quatre victimes se présenter ou être représentées devant le tribunal de Rennes. L’une d’elles a décrit comment la vente de son véhicule sur Leboncoin pour 18 000 € en février 2014 s’est soldée par une perte financière importante. La voiture, retrouvée deux ans plus tard, avait été « détériorée » par les prévenus et revendue à perte pour 13 000 €. Son avocat a souligné que son client n’était « toujours pas indemnisé ».
Le procureur de la République a concédé des « délais d’audiencement pas du tout satisfaisants ». Les trois prévenus, absents à l’audience, étaient jugés plus de dix ans après les méfaits. Les réquisitions du ministère public étaient de dix mois de prison ferme pour le chef de l’escroquerie, dix mois avec sursis pour le deuxième complice, et un an ferme pour le troisième, assortis d’une interdiction de contact entre eux pendant trois ans.
Le tribunal a finalement prononcé des peines plus lourdes que celles requises : un an de prison ferme pour le trentenaire, dix-huit mois de prison ferme pour le deuxième homme, et six mois de prison ferme pour le troisième. Les trois escrocs devront en outre verser solidairement 47 000 € aux parties civiles.