Publié le 21 février 2026 à 09h00. La révolution numérique, accélérée par la pandémie de Covid-19, a profondément modifié le monde du travail. Si le télétravail et le travail hybride se sont imposés, les entreprises constatent désormais une baisse de performance et cherchent à repenser leur organisation.
- De plus en plus d’entreprises, dont Amazon, UPS et JPMorgan, exigent le retour au bureau de leurs employés.
- Une enquête menée auprès de 1 325 entreprises dans 11 pays révèle que 83 % envisagent de ramener leurs salariés au bureau dans les trois prochaines années.
- Les difficultés liées à la gestion des équipes à distance, à la transmission des connaissances et au maintien de la culture d’entreprise sont au cœur des préoccupations.
Le travail hybride et à distance, initialement perçu comme une solution flexible, révèle aujourd’hui ses limites. Si la liberté offerte par ces modèles est appréciée, les entreprises peinent à maintenir le même niveau de performance et à préserver la cohésion de leurs équipes. Peter Cappelli, professeur à la Wharton School, et Ranya Nehmeh, stratège en ressources humaines, explorent ces défis dans leur prochain ouvrage, Éloge du bureau : les limites du travail hybride et à distance.
Les données sont sans appel : les systèmes hybrides et le télétravail impactent négativement les résultats. Pourtant, pour beaucoup d’entreprises, il n’est plus possible d’imposer un retour massif au bureau, faute de place, en raison de la dispersion géographique des équipes ou par crainte de perdre des talents précieux, notamment les plus jeunes.
La gestion des collaborateurs à distance nécessite de nouvelles méthodes, radicalement différentes de celles utilisées en présentiel. La virtualisation de l’espace de travail implique de repenser les règles, les procédures et les pratiques établies. Les managers doivent désormais s’adapter à un environnement où la communication et le lien social sont plus difficiles à maintenir.
Les difficultés rencontrées par les nouveaux employés sont particulièrement préoccupantes. Privés de la possibilité d’observer et d’apprendre de leurs collègues expérimentés, ils peinent à s’intégrer et à développer leurs compétences. Les collègues en ligne, souvent submergés par leurs propres tâches, ne sont pas toujours disponibles pour répondre à leurs questions. De plus, la rotation du personnel et les départs à la retraite contribuent à l’isolement et à la perte de savoir-faire.
Les réunions virtuelles, bien que pratiques, présentent également des inconvénients majeurs. Elles sont moins propices à la créativité et peuvent induire en erreur les supérieurs lors des évaluations et des promotions. Les managers ont du mal à évaluer les compétences relationnelles de leurs collaborateurs et à les accompagner efficacement.
Selon une enquête menée en 2024 par KPMG auprès de PDG de grandes entreprises dans 11 pays, 83 % des entreprises prévoient de ramener leurs salariés au bureau dans les trois prochaines années. La baisse de performance est la principale raison invoquée. Les problèmes identifiés sont souvent ceux que les entreprises ont toujours dû gérer en présentiel, mais qui sont exacerbés par la distance.
Un fossé culturel se creuse également entre les employés embauchés avant la pandémie et les nouvelles recrues, habituées au travail à distance. Ces deux groupes ont des conceptions différentes de ce qui est juste et acceptable, ce qui peut entraîner des tensions et un affaiblissement de l’engagement.
Les entreprises qui ont réduit leurs espaces de bureau pour réaliser des économies se retrouvent confrontées à un nouveau défi : comment accueillir leurs employés qui souhaitent revenir au bureau ? La mise en place de bureaux ouverts et de systèmes de hot-desking (bureau partagé) peut être mal perçue par les salariés, qui ont besoin d’un espace de travail stable et confortable.
Selon une étude menée par Alan Benson, chercheur à l’Université du Minnesota, la promotion des employés les plus performants à des postes de direction peut nuire à la performance globale de l’équipe et avoir un impact négatif sur la culture d’entreprise. La culture organisationnelle se transmet par l’observation et l’imitation, et cela est difficile à réaliser à distance.
Pour surmonter ces difficultés, Peter Cappelli et Ranya Nehmeh recommandent aux entreprises d’évaluer leur situation actuelle, notamment en analysant les données de leurs outils de communication et de collaboration. Il est essentiel de définir de nouvelles règles claires et de les appliquer à tous les niveaux de l’organisation. Les managers doivent également être formés à la gestion des équipes à distance et à l’évaluation des performances en fonction de critères objectifs.
Il est également important de revoir le système de planification de carrière et de proposer des opportunités de développement professionnel à tous les employés, quel que soit leur mode de travail. Les jours de bureau obligatoires ne sont utiles que si tous les collaborateurs sont présents en même temps.
Enfin, il est crucial de faire du contact et de la communication une priorité dans la culture d’entreprise. Les managers doivent régulièrement prendre des nouvelles de leurs collaborateurs et s’assurer qu’ils se sentent soutenus et valorisés. Les dernières tendances en matière de ressources humaines sont disponibles ici.
Image d’illustration. Source : Getty Images