Publié le 29 septembre 2025. À l’approche de la quatrième session plénière du 19e Comité central du Parti communiste chinois, les spéculations vont bon train quant à des changements de personnel majeurs. Cette effervescence s’explique par une série de purges et de disparitions de hauts responsables depuis le 20e Congrès national, mettant en lumière un chaos préoccupant dans la sélection et la nomination des cadres.
- Des promotions fulgurantes et des chutes spectaculaires marquent la haute sphère du pouvoir chinois, soulevant des questions sur les critères de sélection des dirigeants.
- Plusieurs postes clés, du ministère des Affaires étrangères à la Commission militaire centrale, ont connu une instabilité inédite, avec des nominations écourtées et des enquêtes pour corruption.
- La loyauté envers le dirigeant suprême semble primer sur les compétences, une approche aux conséquences potentiellement désastreuses pour la gouvernance.
Depuis le 20e Congrès national du Parti communiste chinois (PCC) en 2022, une série d’événements ont jeté une lumière crue sur les pratiques de nomination et de sélection des hauts fonctionnaires au sein du régime. La stabilité habituelle des postes de premier plan semble avoir été remplacée par une valse hésitation, ponctuée de disgrâces soudaines, alimentant les interrogations sur la solidité du système.
Le Comité permanent du Bureau politique : une composition inédite
Le Comité permanent du Bureau politique, l’organe suprême du pouvoir chinois, issu du 20e Congrès, se distingue par sa singularité depuis 1978. Xi Jinping a brisé la règle des deux mandats pour le poste de Secrétaire général. Par ailleurs, la plupart des autres membres du Comité permanent, à l’exception de Xi, présentent des parcours atypiques. Li Qiang, pressenti pour le poste de Premier ministre, n’avait jamais occupé de fonctions dirigeantes au niveau du Comité central, d’un ministère ou d’une institution centrale. Sa nomination s’expliquerait par sa proximité avec Xi en tant qu’ancien secrétaire provincial du Zhejiang. De même, Ding Xuexiang, désigné comme vice-Premier ministre, n’avait dirigé aucune province ni ministère central, sa proximité avec Xi en tant qu’ancien secrétaire à Shanghai et au Zhongnanhai étant le facteur déterminant.
Dans un autre cas, Hu Chunhua, vice-Premier ministre sortant et expérimenté, n’a pas été reconduit au Bureau politique, malgré son âge et son parcours. Son exclusion serait due à son manque de lien de confiance avec Xi.
Le ministère des Affaires étrangères : une ascension et une chute éclairs
Qin Gang, nommé ministre des Affaires étrangères après le 20e Congrès, a connu une promotion d’une rapidité vertigineuse. En un peu plus de deux mois, il est passé du rang de vice-ministre à celui de ministre, puis de vice-dirigeant au niveau d’État. Sa nomination au Comité central en tant qu’ambassadeur en poste aux États-Unis, fait inédit depuis 47 ans, a été suivie de sa nomination au ministère des Affaires étrangères, bien avant le remaniement gouvernemental prévu en mars 2023. En mars 2023, il devient ministre des Affaires étrangères et conseiller d’État. Cette ascension fulgurante, qui prend normalement au moins cinq ans, a fait de Qin Gang, à 56 ans, le plus jeune « dirigeant du Parti et de l’État ». Cependant, moins de trois mois après sa nomination, il disparaît soudainement en juin 2023. Les raisons de son limogeage restent inconnues du public. Face à ce vide, Wang Yi, ancien ministre des Affaires étrangères pendant neuf ans et âgé de 70 ans, a repris le poste, une nomination qui s’apparente à une solution transitoire.
Plus récemment, en août 2025, Liu Jianchao, ministre des Relations extérieures du Comité central, qui avait été pressenti comme successeur potentiel, aurait été interpellé pour interrogatoire, les rumeurs évoquant des fuites, des luttes intestines et des scandales sexuels.
Le ministère de la Défense nationale : une instabilité récurrente
Li Shangfu, nommé ministre de la Défense nationale, conseiller d’État et membre de la Commission militaire centrale (CMC) en mars 2023, a été écarté des affaires officielles seulement cinq mois plus tard, en août 2023, pour faire l’objet d’une enquête. En octobre 2023, il est démis de ses fonctions. Il devient ainsi le ministre de la Défense nationale au plus court mandat depuis la fondation du PCC. En juin 2024, il est expulsé du Parti et de l’armée pour corruption. Ironiquement, son prédécesseur, Wei Fenghe, a subi le même sort, expulsé pour corruption grave.
Ces deux nominations, parrainées par Xi Jinping, illustrent une sélection problématique. Le poste a ensuite été confié à Dong Jun, ancien commandant de la Marine, dont la nomination s’est faite dans un contexte d’enquête pour corruption visant Miao Hua, alors directeur du département du travail politique de la CMC. La situation de Dong Jun, recommandé par Miao Hua, soulève des questions sur sa propre intégrité.
La Commission militaire centrale : des proches qui disparaissent
He Weidong, promu vice-président de la CMC en 2022, était jusqu’alors commandant du Commandement du théâtre oriental. Sa nomination express au Comité central, au Bureau politique et à la CMC témoigne d’une promotion accélérée. Les raisons avancées pour cette promotion incluent son rôle potentiel dans la « réunification » de Taïwan et une possible supervision de Zhang Youxia, premier vice-président de la CMC. Cependant, en mars 2025, après seulement deux ans et cinq mois en poste, He Weidong disparaît, soupçonné d’avoir été emmené pour enquête par la CMC. Son parcours rappelle celui de Xu Caihou et Guo Boxiong, anciens vice-présidents de la CMC promus sous Jiang Zemin et finalement tombés en disgrâce pour corruption.
La CMC a connu une instabilité notable, avec la disparition ou l’arrestation présumée de plusieurs de ses vice-présidents sous la direction de Xi Jinping, ne laissant que Zhang Youxia comme figure restante.
Le Bureau général de la CMC : des fidèles sous enquête
Trois directeurs du Bureau général de la CMC ont été nommés sous la présidence de Xi Jinping : Qin Shengxiang, Zhong Shaojun et Fang Yongxiang. Qin Shengxiang aurait été arrêté en octobre 2024 et juillet 2025, ce qui serait confirmé par son absence à une réception officielle. Son rôle dans la réforme militaire et ses liens avec Miao Hua, également sous enquête, pourraient expliquer sa situation. Zhong Shaojun, un proche confident de Xi depuis ses années au Zhejiang, qui a occupé diverses fonctions importantes au sein de la CMC, aurait été relevé de ses fonctions en avril 2024, puis retiré de la vie politique en août 2025, suggérant une enquête pour corruption. Fang Yongxiang, successeur de Zhong Shaojun, aurait également disparu des radars depuis août 2025, potentiellement lié à son implication dans l’affaire Miao Hua.
Le Département du travail politique de la CMC : la loyauté avant tout
Xi Jinping a mis l’accent sur la « politisation de l’armée » afin de garantir la loyauté de ses généraux. Deux personnalités ont dirigé cette politique : Zhang Yang et Miao Hua. Zhang Yang s’est suicidé en 2017, qualifié de « traître » et de « corrompu ». Miao Hua, promu en août 2017, a dirigé pendant sept ans la « politisation de l’armée » de Xi. Cependant, en novembre 2024, il a été arrêté et enquête. Les sanctions à son encontre se sont succédé, le privant de ses fonctions et de son statut.
Le Bureau des affaires de Taïwan : un choix conservateur
La « réunification de Taïwan » est une priorité absolue pour Xi Jinping. Le poste de directeur du Bureau des affaires de Taïwan du Conseil d’État requiert normalement un membre du Comité central, jeune et dynamique. Or, Xi Jinping a nommé Song Tao, un responsable de 67 ans, mis à l’écart et non membre du Comité central. Cette nomination, motivée par la reconnaissance de Xi, semble privilégier la fidélité aux compétences.
L’École centrale du Parti : une exception qui interroge
Chen Xi, ancien membre du Bureau politique, a démissionné du Comité central en raison de son âge, mais a été exceptionnellement maintenu à la présidence de l’École centrale du Parti, en tant que membre du Parti. Cette exception s’expliquerait par ses liens d’amitié avec Xi à l’université Tsinghua et son rôle dans la sélection de cadres fidèles. Cependant, de nombreux hauts fonctionnaires promus sous sa supervision ont été impliqués dans des affaires de corruption. Entre 2023 et septembre 2025, 223 cadres de niveau central ont été soumis à enquête, dont la plupart avaient été « promus avec la maladie ». Malgré cela, Chen Xi n’a pas été tenu responsable, renforçant l’idée que la loyauté prime sur la responsabilité dans le système actuel.
Conclusion : une gouvernance basée sur la confiance personnelle
En conclusion, Xi Jinping a bousculé de nombreuses conventions dans la sélection et la nomination des hauts fonctionnaires. Privilégiant la confiance personnelle et la loyauté, cette approche a conduit à la promotion de nombreux cadres corrompus. La responsabilité ultime de ces échecs incombe à Xi Jinping, dont la réputation en pâtit de plus en plus. La rhétorique de Xi sur la « loyauté absolue » et la lutte contre la corruption semble contredite par les faits, les proches qu’il a nommés étant eux-mêmes tombés pour corruption, soulevant des questions sur son jugement et son leadership.