Alors que la nouvelle série Welcome to Derry, préquel très attendue du film Ça, s’apprête à plonger les spectateurs dans les origines terrifiantes de Pennywise, un secret surprenant a été révélé par le maître de l’horreur Stephen King lui-même. C’est le réalisateur Andy Muschietti qui a eu cette révélation, lors d’une conversation inattendue sur le plateau de Ça : Chapitre 2, à l’été 2018.
Muschietti, qui avait déjà dirigé le succès de 2016 adapté de la première moitié du roman culte de King, se trouvait alors en plein tournage de la suite. Il accompagnait Stephen King pour une visite de Port Hope, en Ontario, ville canadienne qui servait de décor à la pittoresque et maudite Derry, dans le Maine. C’est dans ce cadre que le réalisateur en a profité pour sonder l’auteur sur les détails les plus sombres et mystérieux de Pennywise, le clown surnaturel qui hante les habitants de la ville tous les 27 ans.
« À un moment donné, j’ai vu qu’il en avait assez et il m’a dit : ‘Andy, regarde…’ », se souvient Muschietti. C’est là que King a lâché une bombe : il ne savait pas lui-même. Les questions qui fascinaient tant les lecteurs sur l’origine de Pennywise restaient aussi un mystère pour leur créateur. King a avoué qu’il n’avait pas de réponse précise concernant la nature exacte de cette entité millénaire. Cette déclaration, teintée d’humour, a cependant mis en lumière un aspect fondamental de l’horreur : le pouvoir réside souvent dans l’inconnu.
Le roman de King distille quelques indices énigmatiques sur les origines de Ça, suggérant une provenance extraterrestre, bien que King ait précisé qu’il s’agissait plus d’une émanation d’un vide d’une autre dimension, le « macroverse ». Ce concept multidimensionnel a été exploré dans d’autres œuvres de King, notamment la série La Tour Sombre, mais l’auteur lui-même admet ne pas pouvoir en détailler les spécificités.
Cette absence de réponses claires s’est avérée être un fil conducteur essentiel pour Muschietti et sa sœur et partenaire de production, Barbara Muschietti, lorsqu’ils se sont lancés dans la création de Welcome to Derry. La série, dont la diffusion débutera le 26 octobre, s’inspire de pans inédits du roman, tout en osant combler certains blancs narratifs par des théories et des scénarios originaux. « L’une des grandes forces du livre, c’est que personne ne connaît la vérité sur Ça – et c’est là que notre curiosité s’exprime », explique Andy Muschietti. « Le but [de la série] est de jeter un éclairage sur ces mystères. »
Cependant, le réalisateur n’a pas l’intention de lever entièrement le voile sur l’une de ses créations les plus glaçantes. Expliquer, c’est souvent trahir le mystère. L’approche des Muschietti consiste donc davantage à soulever et à explorer les questions qui ont longtemps taraudé Stephen King. Certains aspects de la créature seront clarifiés, mais Pennywise conservera une part d’insaisissable. « Nous gardons toujours le même mystère ou nous en créons un nouveau », précise le réalisateur. « Mais l’esprit cryptique reste présent, car c’est l’esprit du livre. »
Malgré son droit de veto sur les adaptations de ses œuvres, Stephen King a laissé une grande liberté aux Muschietti pour explorer les profondeurs de l’un de ses plus grands antagonistes. « Il exprime évidemment son avis lorsque quelque chose ne lui convient pas, mais il a été très réceptif à tout », confie Andy. « C’est fantastique de recevoir ses emails après qu’il a regardé des épisodes, car il est un fan », ajoute Barbara Muschietti. « C’est merveilleux de voir ce qu’il remarque. »
Stephen King a d’ailleurs publiquement salué la férocité de la série : « Welcome to Derry est incroyable. Le premier épisode est terrifiant », a-t-il tweeté sur la plateforme Threads le 6 octobre.
La série s’attache à explorer des questions lancinantes : Pennywise pourrait-il quitter Derry ? Qu’est-ce qui le relie aux égouts de la ville ? Comment cette entité a-t-elle choisi d’apparaître sous la forme d’un clown ? Pourquoi prétend-il parfois s’appeler « Bob Gray » ? Le roman laissait également entendre que sa forme finale, une sorte d’araignée monstrueuse, n’était qu’une approximation de sa véritable nature. Ces interrogations rappellent les thèmes du cosmic horror popularisé par H.P. Lovecraft, avec ses divinités indicibles et ses horreurs trop grandes pour l’esprit humain.
Au cœur de cette saison inaugurale, les Muschietti ont voulu construire une narration captivante, parsemée de ces énigmes. Welcome to Derry est née d’une idée de film préquel, envisagée sur le plateau de Ça : Chapitre 2. Les réalisateurs et l’acteur Bill Skarsgård se demandaient s’il restait suffisamment de matière dans le roman pour un nouveau chapitre, explorant comment le phantasme métamorphe s’était arrêté sur la forme de Pennywise le Clown.
« Ce n’était jamais un projet formel, juste une idée dont nous parlions », explique Barbara Muschietti. « Et puis un jour, Andy a commencé à parler et il a eu cette idée… » Et si l’on adaptait les « interludes » du roman ? Ces sections, jusqu’alors inexploitées, offraient un aperçu de l’histoire sombre de Derry, racontées par Mike Hanlon, le gardien de la ville et historien du Club des Losers.
Ces chapitres décrivaient des événements macabres, parfois personnels, parfois de véritables catastrophes. Trois d’entre eux, espacés d’environ vingt-cinq ans, correspondaient au cycle de sommeil de Pennywise. Le premier interlude, sorte de prologue, mettait en scène le père de Mike Hanlon et le racisme latent dans la ville, notamment lors de l’incendie du « Black Spot », un club fréquenté par des militaires noirs. Le troisième relaté une sombre justice de rue s’abattant sur une bande d’hors-la-loi. Le quatrième, situé au tournant du siècle, racontait une série de meurtres commis par un bûcheron armé d’une hache, culminant avec un terrible accident industriel qui coûta la vie à de nombreuses familles.
À chaque fois, Mike Hanlon découvrait des indices prouvant la présence du clown meurtrier. L’idée d’Andy Muschietti était alors « de faire une saison pour chaque événement, avec 27 ans d’écart entre chaque saison », précise Barbara. « Nous en avons parlé à Steve, et Steve a adoré l’idée. Et voilà comment cela est devenu réalité. » L’idée a également séduit Peter Roth, alors à la tête de Warner Bros. Television.
L’un des défis majeurs pour les adaptateurs de Ça a toujours été d’étendre l’histoire. Le premier tome du livre, dense et complexe, n’a jamais été envisagé comme un seul film. La mini-série culte de 1990 avec Tim Curry fut une adaptation en deux parties, et le Ça de Muschietti en 2016 n’a couvert que la première moitié du récit. Les interludes, plus courts, ont nécessité un travail d’étoffement considérable pour donner naissance à huit épisodes d’une heure.
La première saison de Welcome to Derry se concentre sur le Black Spot. Une nouvelle génération d’écoliers, en 1962, est mise en scène pour enquêter (et devenir les proies) de Pennywise. Bien que ces personnages soient inédits, certains noms de famille résonneront : le père de Mike Hanlon dans le livre devient son grand-père dans la série. Jovan Adepo incarne ce jeune aviateur, tandis que Taylour Paige interprète sa femme, Charlotte, qui découvre la face cachée de Derry.
Cette approche résonne avec la vision des Muschietti : « La frontière entre l’influence de Pennywise sur la ville et le comportement humain dans n’importe quelle ville américaine est floue », avance Andy. « Tous ces événements, on ne peut pas vraiment les attribuer à Ça parce qu’ils se produisent tous les jours. Les abus, l’homophobie, le racisme, la négligence… Chaque événement horrible qui se déroule à Derry dans le livre pourrait se produire sans le monstre. »
Une des surprises du second interlude de King concernant le Black Spot fut la mention d’un personnage iconique d’un autre de ses romans : Dick Hallorann, le chef cuisinier de l’Overlook Hotel dans Shining. Dans Ça, il était un autre militaire essayant de survivre à un incendie criminel aux côtés de Hanlon. Chris Chalk donne vie à ce personnage dans Welcome to Derry, explorant davantage son lien psychique avec l’étrangeté qui imprègne la ville.
Un motif récurrent dans la série est la présence des tortues. Bien que peu présentes dans les films Ça, leur signification est ici explorée. Dans le roman, la Tortue est une force « bienveillante » qui aide les Losers à vaincre Pennywise. Cet animal à carapace est un symbole de Maturin, une présence bienveillante qui, comme Ça, émane du macroverse. Ce concept s’inspire de récits bibliques de type Dieu contre Lucifer, et de mythes amérindiens sur la création du monde sur le dos d’une tortue géante. Chaque apparition d’une tortue dans la série est un clin d’œil à une présence bonne et insondable dans l’univers.
Trop complexe pour un film, cette mythologie trouve sa place dans une série télévisée. La curiosité d’Andy Muschietti concernant la Tortue a d’ailleurs été le déclencheur de la confession de Stephen King : « Quand il est venu à Port Hope, nous tournions, et je lui posais des questions sur la mythologie et sur la signification de la Tortue », raconte le réalisateur. Les fans du livre, et Stephen King lui-même, trouveront enfin des explications.