Los Angeles – Le troisième match de la Série mondiale s’est achevé lundi à 23h50 (heure du Pacifique) après six heures et trente-neuf minutes d’une rencontre épique qui a tenu en haleine jusqu’au bout. Les Dodgers de Los Angeles ont finalement remporté le match par 6-5 face aux Blue Jays de Toronto au terme de 18 manches, dans ce qui restera comme l’une des confrontations les plus mémorables de l’histoire des Ligues majeures.
Ce duel sans précédent, qui ne risque pas d’être reproduit de sitôt, a vu s’affronter deux équipes à un niveau exceptionnel. Les Dodgers et les Blue Jays ont multiplié les coups de poing et les contre-poings, puisant dans leurs ressources les plus profondes pour se surpasser. Au bout de l’effort, c’est Freddie Freeman, déjà héros des Dodgers l’an passé, qui a expédié une balle par-dessus la clôture du champ centre à 406 pieds (environ 124 mètres), scellant la victoire de son équipe.
Avec 703 matchs joués au cours des 121 années d’histoire des Séries mondiales, ce match s’est d’ores et déjà hissé au panthéon de l’élite. Les 52 654 spectateurs du Dodger Stadium, abasourdis, ont été témoins d’un scénario qui rappelle un autre duel légendaire il y a tout juste sept ans. En effet, la seule autre partie à 18 manches dans l’histoire des Séries mondiales s’était également conclue par un coup de circuit des Dodgers.
Les statistiques livides de ce match témoignent de l’intensité démesurée de la rencontre : 609 lancers au total (312 pour les Dodgers, 297 pour les Blue Jays), 37 coureurs laissés sur les bases, et 25 joueurs de position utilisés. Au total, 19 lanceurs ont foulé le monticule.
Parmi les artisans de cette victoire, Will Klein, dernier lanceur sorti du bullpen des Dodgers, a livré une performance héroïque. Habitué à dominer cette saison, il a lancé quatre manches sans accorder de coup sûr, retirant cinq frappeurs sur 72 lancers. Sa dernière prise, une balle courbe à 86 mph (environ 138 km/h), a provoqué un swing manqué de Tyler Heineman, scellant ainsi la victoire. Son effort remarquable a même suscité l’admiration de Sandy Koufax, légende des lanceurs des Dodgers. À 89 ans, Koufax s’est approché de Klein pour lui serrer la main et lui dire : « Bien joué. »
Ce type de rencontre forge des liens inattendus, reliant une légende du Temple de la renommée à un lanceur aux statistiques modestes mais au courage immense. Le téléphone de Klein n’a cessé de vibrer, témoignant de l’ampleur de l’événement. « Soixante-douze messages. Vous y croyez ? » s’est-il exclamé, abasourdi par la réaction.
Shohei Ohtani a également brillé de mille feux, atteignant la base à neuf reprises, un exploit rarissime qui n’avait pas été vu depuis 1942 et jamais en séries éliminatoires. Sa contribution a été déterminante, égalisant le score à 5-5 à la faveur d’un circuit en huitième manche.
Face à cette déferlante, le manager des Blue Jays, John Schneider, a pris des décisions audacieuses, notamment en intentionnellement marchant Ohtani à plusieurs reprises en neuvième manche et au-delà. Malgré l’efficacité du bullpen des Dodgers, qui s’était montré poreux durant les éliminatoires, les Blue Jays n’ont pu marquer qu’un seul point en 13,1 manches. Los Angeles a fait appel à 10 lanceurs, dont Clayton Kershaw, qui est entré en jeu en douzième manche avec les buts remplis, réussissant à limiter les dégâts.
Les moments forts se sont succédé, avec 609 lancers enregistrés, un record depuis que la MLB suit cette statistique en 1988. Will Smith et Teoscar Hernández, auteurs de quatre coups sûrs chacun, ont également connu des jeux qui auraient pu faire basculer le match.
Klein a fini par céder sa place, tandis que Nathan Eovaldi, qui avait lancé 97 balles lors des six dernières manches d’un marathon en 2018, semblait être l’homme de la situation. Pourtant, Dave Roberts, le manager des Dodgers, a maintenu sa confiance en Klein, qui a su répondre présent. « Soit tu dois le faire, soit tu ne le fais pas. Tu te dis : ‘Je sais ce qui doit être fait et voyons ce que j’ai.’ J’aime les moments comme ça parce que c’est un test de votre caractère, et plus que ça, c’est un test de tout le reste », a déclaré le lanceur des Dodgers, Justin Wrobleski.
Klein a relevé le défi, tout comme Freeman, qui, malgré des difficultés offensives durant les séries éliminatoires, a trouvé le moyen de frapper le coup de circuit décisif. Ce genre d’exploit est le propre des matchs à rallonge, imprévisibles, terrifiants et magnifiques à la fois.
Ceux qui ont eu la chance d’assister à cette rencontre ne l’oublieront pas de sitôt. Entre cris, prières et angoisse, ils ont vu 31 coups sûrs, 37 coureurs laissés sur les buts, 19 lanceurs et, finalement, un coup de batte majestueux qui, à quelques minutes de passer du lundi au mardi, a mis fin à l’un des plus grands matchs de l’histoire des Séries mondiales et a donné l’avantage aux Dodgers (2-1).
Pour Will Klein, l’état de son bras est une préoccupation pour demain. Mais pour l’instant, couvert de louanges par ses coéquipiers, remercié par Koufax et entré dans l’histoire des Dodgers, la douleur est reléguée au second plan. « Je me sens bien », a-t-il assuré, rempli de fierté et d’adrénaline. Lanceur gagnant, sauveur et co-MVP de la soirée aux côtés de Freeman et Ohtani, il savourait l’instant.