Publié le 12 février 2026 à 22h39. La nouvelle adaptation cinématographique des Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë, signée Emerald Fennell, divise déjà les critiques et le public, privilégiant l’esthétisme et les références au cinéma classique plutôt que la fidélité au roman original.
- Emerald Fennell propose une relecture très libre des Hauts de Hurlevent, se concentrant sur la première partie du roman et accentuant les aspects visuels et sensuels.
- Le film est critiqué pour son manque de profondeur psychologique et son abondance de scènes suggestives, mais salué pour son esthétique audacieuse et ses références cinématographiques.
- Fennell assume pleinement son approche, déclarant qu’elle ne cherche pas à adapter Brontë, mais à créer une œuvre inspirée par l’histoire du cinéma.
L’adaptation des Hauts de Hurlevent par Emerald Fennell, qui sort en salles vendredi, suscite la controverse avant même sa sortie. La réalisatrice britannique, connue pour son esthétique particulière, a choisi de ne porter à l’écran que la première moitié du roman gothique d’Emily Brontë, laissant de côté l’exploration des traumatismes générationnels qui caractérise la seconde partie de l’œuvre. Le film se distingue par une approche visuelle très marquée, où chaque détail – des jaunes d’œufs cassés à la texture de la peau d’escargot – est conçu pour créer une expérience sensorielle intense.
Fennell a anticipé les critiques en publiant des citations tirées du film, qui soulignent son intention de proposer une interprétation personnelle plutôt qu’une adaptation fidèle. Elle a ainsi déclaré :
« Je ne peux pas dire que je fais Les Hauts de Hurlevent, ce n’est pas possible. Ce que je peux dire, c’est que j’en fais une version. »
Emerald Fennell, réalisatrice
Cette déclaration témoigne d’une volonté assumée de s’éloigner de l’œuvre originale et de créer un film qui se revendique davantage de l’histoire du cinéma que de la littérature.
L’utilisation de guillemets autour du titre du film, un procédé stylistique tombé en désuétude depuis les années 1960, est une référence explicite à l’esthétique des affiches de films du milieu du XXe siècle. Fennell a ainsi créé un univers visuel riche en clins d’œil à des œuvres telles que Autant en emporte le vent (1939) et Peau d’âne (1970), qu’elle a présentés à son équipe de tournage comme sources d’inspiration. La costumière Jacqueline Durran a créé une garde-robe somptueuse pour le film, avec plus de 50 tenues pour le personnage de Cathy, incarnée par Margot Robbie, inspirées du style flamboyant et décomplexé de cette époque.
L’adaptation hollywoodienne de 1939, réalisée par William Wyler, semble, paradoxalement, plus fidèle à l’esprit du roman original que la version de Fennell. Les costumes ostentatoires et l’approche romantique de Wyler semblent mieux rendre compte de la passion dévorante qui anime les personnages de Brontë. Fennell, en revanche, privilégie une esthétique plus provocatrice et une exploration des thèmes de la sexualité et du désir.
Durran explique son approche :
« Quand on me demande pourquoi les costumes sont d’une telle manière, j’ai vraiment du mal à répondre. C’est une sorte de raison instinctive et émotionnelle. »
Jacqueline Durran, costumière
Fennell renchérit :
« Ce n’est pas lié à l’époque, c’est lié à la vérité émotionnelle. »
Emerald Fennell, réalisatrice
En fin de compte, Fennell ne cherche pas à recréer le Yorkshire du XIXe siècle, mais à proposer une vision personnelle et audacieuse des Hauts de Hurlevent, un film pour les cinéphiles plutôt que pour les amateurs de littérature. Le résultat est peut-être superficiel, mais il attire indéniablement l’attention.
(« Les Hauts de Hurlevent » est distribué par Warner Bros., qui fait partie de Warner Bros. Discovery, la société mère de CNN.)