Publié le 12 février 2024 à 10h30. L’Ukraine se prépare à organiser des élections présidentielles et un référendum sur un éventuel accord de paix avec la Russie, sous la pression des États-Unis qui conditionnent leur soutien à un dénouement rapide du conflit avant l’élection présidentielle américaine de novembre.
- L’Ukraine envisage des élections et un référendum avant le 15 mai, à la demande de l’administration américaine.
- Le président Zelensky prévoit d’annoncer officiellement ces consultations le 24 février, anniversaire de l’invasion russe.
- Des défis logistiques et juridiques importants subsistent, notamment l’organisation du vote en temps de guerre et la modification de la législation ukrainienne.
Dans un contexte d’usure sociale après plus de deux ans de conflit, l’Ukraine se trouve face à un calendrier électoral ambitieux, dicté en partie par les impératifs politiques américains. Selon des sources ukrainiennes et occidentales citées par le Financial Times, Washington exerce une pression croissante sur Kiev pour conclure des négociations de paix et organiser des élections avant le mois de mai. L’objectif affiché est de parvenir à un accord avant que la campagne électorale américaine ne monopolise toute l’attention politique.
Le président Volodimir Zelensky devrait officialiser la tenue des élections et du référendum le 24 février, date anniversaire du début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie. Un responsable occidental familier avec le processus a souligné que l’organisation de ces consultations est perçue par les Ukrainiens comme intrinsèquement liée à la réélection de Zelensky.
Le calendrier fixé par Kiev et Washington est extrêmement serré et sa faisabilité dépend de plusieurs facteurs, notamment des progrès significatifs dans les pourparlers de paix et de la position de Vladimir Poutine concernant le statut du Donbass et de la centrale nucléaire de Zaporijjia. L’intensification des attaques russes contre les infrastructures critiques ukrainiennes ou une nouvelle avancée des forces russes dans le sud-est pourraient également compromettre le processus.
L’administration Trump a déjà posé des délais similaires dans le passé, sans toujours les respecter, mais la pression sur l’Ukraine ne cesse de croître à l’approche des élections américaines. Zelensky a récemment déclaré que les États-Unis souhaitent une résolution rapide du conflit, affirmant :
« Ils disent qu’ils veulent tout faire avant juin… pour que la guerre finisse »
Volodimir Zelensky, président ukrainien
. Malgré cette pression, le président ukrainien a réaffirmé sa détermination à ne pas faire de concessions territoriales :
« L’Ukraine maintiendra ses positions »
Volodimir Zelensky, président ukrainien
.
L’organisation d’un scrutin en temps de guerre pose des défis juridiques considérables. Le Parlement ukrainien doit modifier la législation en mars et avril pour autoriser la tenue d’élections nationales pendant la loi martiale, actuellement en vigueur. Selon Olha Aivazovska, présidente du conseil de SOUTIEN, une organisation spécialisée dans la gouvernance démocratique, la simple préparation technique d’un tel scrutin nécessiterait au moins six mois.
L’administration américaine conditionne le maintien de ses garanties de sécurité à Kiev à la conclusion d’un accord de paix, qui impliquerait vraisemblablement le transfert définitif du Donbass à Moscou. Zelensky a indiqué que les États-Unis et l’Ukraine étaient parvenus à un accord sur ces garanties et qu’il serait prêt à les signer avec Donald Trump, même si la Maison Blanche insiste sur le fait que cet engagement est subordonné au succès des négociations de paix avant la date limite.
Des experts et des responsables électoraux mettent en garde contre les risques d’une précipitation du calendrier. Le vote se déroulerait en présence de centaines de milliers de soldats déployés et de millions de déplacés, ce qui pourrait remettre en question la légitimité du résultat. Aivazovska a souligné :
« Si nous faisons les choses mal… si nous nous précipitons, les dommages causés à l’intégrité présente et future de notre processus démocratique seront énormes. Et cela sera considéré comme illégitime »
Olha Aivazovska, présidente du conseil de SOUTIEN
.
Les autorités ukrainiennes espèrent mobiliser au moins la moitié de l’électorat inscrit avant la guerre pour garantir la reconnaissance internationale du résultat et éviter toute contestation, notamment de la part de Moscou, quant à la validité du processus.