Le groupe Rien, pilier de la scène dub des années 90, signe son grand retour avec « Messager », un album vibrant où la voix d’exception de Joly Joseph vient sublimer les compositions du collectif. Disponible depuis le 26 septembre 2025 chez Effets discordants/Plus sage, cet opus marque une collaboration prometteuse.
Avec « Messager », Rien ne fait dans la demi-mesure. L’album s’ouvre sur le lumineux « Make You Cry », où Joly Joseph, anciennement du groupe Dub Bergers, pose d’emblée l’ambiance avec sa tessiture vocale en falsetto. Soutenu par une rythmique percutante, une basse profonde et une guitare incisive, le morceau révèle un Joly Joseph agile, capable d’arpenter les chemins du chant singjay, dans la pure tradition d’un Prince Loin I. « Les histoires qui font mal sortent les plus belles chansons », pourrait-on dire de ce titre qui bascule ensuite en une exploration dub savamment orchestrée, mêlant orgue envoûtant et cuivres éclatants.
« Messager » monte en puissance avec des titres aux allures de hymnes, rappelant la force brute de Peter Tosh dans « I Am Tha I Am ». C’est l’esprit de « rockers style » qui imprègne « Messager », un morceau où le message prend une dimension presque spirituelle :
« Je suis un Messager, je fais ce pour quoi je suis fait
On m’a appris l’amour dans les bras de ma mère
Et par les mots de mon père, j’ai grandi. »
La voix unique de Joly Joseph confère une profondeur inégalée à ces paroles, faisant de ce titre un message fort et universel.
« Tomorrow » aborde avec une lucidité déconcertante l’avenir qui nous attend. L’orgue y tisse une mélodie aérienne sur laquelle glissent les mots empreints de sagesse de Joly Joseph. Les chœurs rappellent l’urgence de « State of Emergency » d’Impulsion d’acier, soulignant la nécessité d’agir face à un système devenu obsolète et oppressif pour les plus démunis. Le message est clair :
« Ne laisse aucune peur te paralyser
Nulle hésitation ne te démoralise
Écoute ton cœur quand il t’avertit
Entre rêve et réalité. »
« Sunshine Drop » nous transporte dans une dimension mystique, puisant son inspiration dans les percussions nyabinghi chères à Ras Michael et Ossie, figures emblématiques du mouvement Rastafari. Une ligne de basse enveloppante et une flûte hypnotique viennent parfaire cette immersion sonore. Le titre, baigné d’effets dub subtils, évoque la puissance des créations des années 70 et promet un voyage sensoriel intense.
Avec « Trouble I See », Rien retrouve l’atmosphère feutrée des années 70. Le morceau, volontairement dépouillé en paroles, met en lumière la puissance intrinsèque du verbe et de la musique, cette formule chère au reggae : « Mot + Son = Puissance ».
« Call I A Dreamer » est une pure merveille. Un orgue soul/funk s’entremêle à des envolées vocales sublimes de Joly Joseph, créant un morceau ensorcelant et magnétique. En seulement 2 minutes 13, le titre captive et laisse l’auditeur en suspens, subjugué par la ferveur du chanteur :
« On me traite de fou, on me traite de clown
Les chiens aboient, mais la caravane passe
Quand on me traite de rêveur. »
Rien n’épargne pas pour autant la critique de « Babylone ». « Riverside » rend un hommage vibrant et émouvant à Steve Maia Caniço, jeune homme tragiquement décédé lors de la Fête de la Musique 2019 à Nantes. Le morceau, imprégné d’un rythme typique du reggae UK, retrace la panique qui a mené à la noyade de plusieurs personnes dans la Loire, dont Steve, devenu depuis un symbole de la lutte contre les violences policières.
« Beaucoup de gens sont venus danser (…) Soudain, tout a basculé.
Les danseurs se sont dispersés dans la fumée
Quatorze sont tombés, mais treize se sont relevés
Au mauvais endroit au mauvais moment. »
« No Water » déploie une basse puissante, presque tellurique, pour aborder la question existentielle de nos vies. Dans cette course effrénée, avons-nous su préserver l’essentiel ? Les chœurs ajoutent une profondeur méditative à ce titre conscient qui pousse à la réflexion, sans pour autant faire oublier l’envie de danser.
« L’homme a fait de sa vie une course
Mais cette course est sans fin.
L’homme a fait de son monde une prison
Mais nul ne peut échapper à l’enfer. »
L’album se conclut avec « Take A Draw », une invitation à la légèreté dans un style plus dansant, flirtant avec le Rub-a-Dub et le dancehall des débuts. Joly Joseph, dans une veine rappelant Yellowman période « Junjo » Lawes, narre l’histoire du groupe sous les volutes d’une fumée bien connue. Un morceau idéal pour faire monter l’ambiance lors de sessions live ou de Sound System.
« Messager » est plus qu’un album, c’est une déclaration. Un message à faire passer, un appel à l’éveil, porté par la synergie parfaite de Rien et Joly Joseph. Un disque à s’offrir sans tarder pour tous les amateurs de dub et de reggae roots.
Crédits :
Chant, mixage et artwork : Joly Joseph
Basse : Matthieu Bablée (*), Usine d’Oresta (#)
Batterie et percussions : Jean Christophe Wauthier (*)
Guitare : Alex Raux (*), Julien d’Oré (#)
Orgue et synthé : Vincent Erdeven (*)
Saxophone, flûte, synthé et percussions : Éric Sèvret (*)
Enregistrement et mixage : Dr Charter
Mastering : Alex Psaroudakis
(*) Ils l’ont fait – (#) Ton aigu
Album : Messager
Artiste : Rien
Label : Effets discordants / Plus sage
Distribution : Bande à part
Date de sortie : 26 septembre 2025
Pistes : Make You Cry, Messager, Tomorrow, Sunshine Drop, Trouble I See, Call I A Dreamer, Riverside, No Water, Take A Draw.
En hommage à Steve Maia Caniço (26/05/1995 – 22/06/2019).