Publié le 2025-11-05 12:07:00. Zohran Mamdani, jeune socialiste aux idées radicales, fait sensation aux États-Unis et brigue la mairie de New York. Son ascension fulgurante bouscule l’échiquier politique américain, entre espoirs d’une transformation sociale et craintes d’une dérive extrémiste.
- Zohran Mamdani, 34 ans, a surpris en remportant les primaires démocrates contre Andrew Cuomo, figure de l’establishment.
- Son programme affiche des propositions socialistes affirmées : gel des loyers, gratuité des transports et de la garde d’enfants, épiceries publiques.
- En cas de victoire, il deviendrait le premier maire musulman de New York et l’un des plus jeunes de l’histoire de la ville.
Dans la capitale mondiale de la finance, Zohran Mamdani déploie un programme socialiste sans fard. À 34 ans, son expérience politique se limite à cinq ans en tant que député à l’Assemblée de l’État, un parcours jugé court pour diriger l’un des plus grands budgets publics du pays. Alors que la ville se remet des attentats du 11 septembre et navigue dans des tensions liées à des actes d’antisémitisme et d’islamophobie exacerbés par la guerre à Gaza, Mamdani espère devenir le premier maire musulman de la Grosse Pomme.
Sa victoire lors des primaires démocrates en juin dernier fut un véritable coup de tonnerre. Mobilisant la frange gauche du parti, il a réussi à s’imposer face à Andrew Cuomo, ancien gouverneur et représentant de l’« establishment ». Une performance d’autant plus notable que la tradition voudrait que le parti soutienne le vainqueur des primaires dans une ville à forte dominance démocrate.
Cependant, le cas Mamdani déroge à la règle. Une partie de l’électorat démocrate, ainsi que l’ensemble des républicains, le perçoivent comme un extrémiste à contenir. Pour contrer sa montée en puissance, Andrew Cuomo a décidé de se présenter en candidat indépendant, dans le but de fédérer le vote « anti Zohran ». La pression exercée sur le maire sortant, Eric Adams, également indépendant et déjà empêtré dans des affaires de corruption, l’a finalement conduit à retirer sa candidature, favorisant ainsi les ambitions de Cuomo.
Zohran Mamdani, s’il accède à la mairie, entrera dans l’histoire. Il serait le premier maire musulman de New York, et par extension de toute grande ville nord-américaine. Il serait également le deuxième plus jeune, après Hugh J. Grant en 1889, alors âgé de 30 ans. Son programme, qualifié de radical par beaucoup, émane des Socialistes Démocrates d’Amérique, une branche du parti démocrate prônant des politiques telles que la réduction des peines de prison, des nationalisations d’envergure et une sortie de l’OTAN. Parmi ses propositions phares qui inquiètent les milieux économiques, figurent le gel des loyers, la gratuité de la garde d’enfants pour les moins de 5 ans, la gratuité des bus et la création d’épiceries publiques.
Son parcours politique n’a pas toujours été couronné de succès. Sa première incursion en politique s’est soldée par une défaite : alors délégué de classe à l’école, il avait promis des jus de fruits gratuits pour tous, mais n’a pas été élu.
Se relever en pleine crise
Son ascension politique s’inscrit dans un contexte particulièrement houleux pour la politique new-yorkaise et américaine. Le Parti démocrate et ses puissants soutiens financiers ont montré leurs limites, tant au niveau national avec des candidats comme Joe Biden et Kamala Harris, qu’à New York. Andrew Cuomo, favori des primaires, peinait à convaincre, échaudé par des scandales qui ont marqué son départ du poste de gouverneur. Eric Adams, le maire actuel, s’est quant à lui retrouvé affaibli par des accusations de corruption et son rapprochement avec Donald Trump.
De son côté, le retour de Donald Trump sur la scène politique nationale n’a fait qu’accentuer la polarisation du pays et profiter aux candidats issus des extrêmes, à l’image de Mamdani.

La campagne de Mamdani coïncide avec une crise profonde vécue par de nombreux New-Yorkais, confrontés à une ville devenue « de plus en plus impossible à vivre ». La criminalité, bien que moins prégnante qu’avant la pandémie, demeure une préoccupation majeure. La gestion de l’afflux massif de sans-papiers et, surtout, le coût prohibitif du logement pèsent lourdement sur les résidents. La lutte contre la « crise de l’abordabilité » est ainsi devenue le slogan rassembleur de Mamdani, résonnant auprès d’une large majorité d’électeurs.
Zohran Mamdani a su tirer parti de ces circonstances, tout en naviguant habilement entre ses propres contradictions. Critique virulent d’Israël, il a défendu la nécessité de « mondialiser l’Intifada » dans une métropole comptant la plus grande communauté juive des États-Unis. À 34 ans, malgré une expérience limitée d’élu, il se prépare à gérer une ville de neuf millions d’habitants, d’une complexité extrême, dotée d’un budget de 115 milliards de dollars. Se présentant comme un dandy à l’image soignée, issu de l’élite de l’Upper West Side, il promeut des idées quasi marxistes. Musulman pratiquant, il prie le matin dans une mosquée du Bronx et se déclare dans l’après-midi fervent défenseur des droits des personnes LGBTQ+. Autrefois militant réclamant des coupes dans le budget de la police et la dénonçant comme « raciste » lors des manifestations suivant le meurtre de George Floyd, il a dû amender certaines de ses positions.
À New York, bastion du progressisme, ce mélange d’idéaux et de positions a trouvé un écho favorable. Mamdani a particulièrement excellé dans l’utilisation des réseaux sociaux, cultivant une image accessible et sympathique, véhiculant des messages clairs et directs. Son dynamisme et son discours disruptif ont su mobiliser une jeunesse de plus en plus active et polarisée – à l’instar du soutien croissant à Donald Trump. Il a également réussi à réunir une armée de 75 000 volontaires, un chiffre sans précédent, qui ont sillonné la ville porte à porte pour promouvoir le candidat socialiste.
Membre de la « Gauche caviar »
Né en Ouganda de parents indiens, Zohran Mamdani est le fils d’un professeur d’université et cinéaste engagé à gauche. La famille a immigré à New York alors qu’il avait sept ans. Il a été éduqué dans des établissements privés, s’immergeant dans l’élite culturelle et académique de la ville, incarnant ainsi une version américaine de la « gauche caviar ».
Il n’avait pas encore dix ans lorsque les attentats du 11 septembre 2001 ont frappé les tours jumelles. Cet événement a déclenché une vague d’islamophobie aux États-Unis, qui, parallèlement aux actes antisémites, s’est intensifiée avec les répercussions de la guerre à Gaza.
Ces tensions n’ont pas entravé l’ascension de Mamdani à New York. Au contraire, elles ont contribué à en faire une figure politique nationale, perçue par Donald Trump et ses partisans comme l’incarnation parfaite du « cauchemar multiculturel et marxiste » qu’ils attribuent au Parti démocrate.