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«Zombosomes» : une nouvelle hypothèse sur l’origine de la maladie de Parkinson

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Mis à jour le 11 février 2026 à 18h05. Une nouvelle étude suédoise remet en question les théories établies sur l’origine de la maladie de Parkinson, suggérant un mécanisme de propagation cérébrale différent de celui longuement admis.

  • Des chercheurs de l’Université d’Uppsala ont identifié des « zombosomes », de minuscules vésicules issues des astrocytes, comme vecteurs potentiels de la protéine alpha-synucléine, un marqueur clé de la maladie de Parkinson.
  • Cette découverte contredit l’hypothèse dominante selon laquelle l’alpha-synucléine se propage du système nerveux entérique (l’intestin) au cerveau via le nerf vague.
  • Les zombosomes pourraient également jouer un rôle dans la propagation d’autres protéines mutées impliquées dans d’autres maladies neurodégénératives, comme la maladie d’Alzheimer.

Depuis plus de vingt ans, la théorie de Braak, formulée en 2005 par le neurologue Heiko Braak de l’Université de Francfort, a dominé la recherche sur la maladie de Parkinson. Cette théorie postulait que la maladie se développe progressivement, avec une accumulation d’alpha-synucléine (une forme anormale de la synucléine, une protéine naturellement présente dans le corps) qui se propage de l’intestin au cerveau. Les observations de Braak sur dix patients avaient révélé une chaîne ininterrompue de neurones affectés par ces accumulations, suggérant une progression bien définie en six stades.

Cependant, cette théorie a commencé à être remise en question. Le professeur Mario Zappia, de l’Université de Catane et président de la Société italienne de neurologie, souligne que « certaines personnes âgées atteintes de synucléinopathie de stade 6, c’est-à-dire le maximum, peuvent ne présenter aucun signe de Parkinson et que la relation entre les stades de Braak et la gravité clinique n’a pas toujours été respectée ». En septembre dernier, Alberto Espay, de l’Université de Cincinnati, avait déjà publié un article dans le Journal de la maladie de Parkinson, critiquant l’idée d’une propagation de la maladie à partir de l’intestin, qu’il qualifie de « neuro-mythologie de la maladie de Parkinson ». Espay affirmait que la théorie de Braak avait confondu la diffusion centripète de l’alpha-synucléine avec la gravité de la maladie.

L’étude suédoise, publiée dans Cell Reports, apporte désormais de nouvelles preuves pour étayer ces critiques. Les chercheurs d’Uppsala ont découvert que l’alpha-synucléine ne se propage pas principalement via le nerf vague, mais plutôt à bord des zombosomes. Ces structures cellulaires, issues des astrocytes (les cellules de soutien du cerveau), sont dépourvues de noyau mais possèdent les mécanismes nécessaires pour se déplacer dans le cerveau. Elles peuvent incorporer de petites quantités d’alpha-synucléine et la transporter sur de longues distances.

Les astrocytes, véritables « charognards » du système nerveux, tentent de dégrader l’alpha-synucléine mutée, mais sans toujours y parvenir. Les zombosomes pourraient donc représenter une tentative de s’en débarrasser. Malheureusement, ces « taxis cellulaires » transportent également leur contenu toxique jusqu’au cerveau, où une seule protéine anormale peut déclencher une réaction en chaîne similaire à celle observée dans les maladies à prions. Les chercheurs ont retrouvé des traces de zombosomes dans le striatum, une zone cérébrale fortement impliquée dans la maladie de Parkinson, chez les trois patients étudiés.

Les recherches menées sur des organoïdes humains – des cultures cellulaires tridimensionnelles reproduisant l’architecture et la fonctionnalité des organes – suggèrent que les zombosomes pourraient également transporter et propager d’autres protéines mutées, comme la protéine tau impliquée dans la maladie d’Alzheimer. Cela ouvre de nouvelles perspectives sur les mécanismes communs aux maladies neurodégénératives.

Il est important de noter que les zombosomes ne sont pas un phénomène isolé. Les chercheurs suédois soulignent leur similarité structurelle avec d’autres types de vésicules cellulaires impliquées dans divers processus biologiques, tels que l’échange de messages cellulaires, les métastases tumorales et la régulation de la coagulation sanguine.

Le professeur Zappia conclut que « il serait opportun de comprendre la fonction des zombosomes dans des conditions physiologiques ». Il souligne également le rôle des astrocytes dans le nettoyage du cerveau, notamment pendant le sommeil, et leur capacité à réparer les dommages à la barrière hémato-encéphalique. Si les zombosomes pouvaient transporter l’aquaporine-4, une protéine impliquée dans la régulation de l’équilibre hydrique du cerveau, ils pourraient contribuer à une réparation plus rapide des lésions cérébrales.

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