Le Conseil cantonal de Zurich a débattu de plusieurs initiatives populaires visant à répondre à la crise du logement qui agite la ville et le canton. Les propositions, émanant de la gauche comme de la droite, révèlent des visions diamétralement opposées : d’un côté, le Parti Socialiste (PS), les Verts et l’Alternative Gauche (AL) plaident pour davantage de logements à but non lucratif et une meilleure protection des locataires ; de l’autre, les partis bourgeois prônent une approche axée sur la propriété abordable et la libre initiative privée.
La séance de lundi a été marquée par l’examen de deux de ces initiatives. La première, nommée « Initiative Logement », lancée par les Verts, proposait la création d’une association cantonale du logement dotée de 500 millions de francs pour financer des logements abordables et soutenir les promoteurs à but non lucratif. L’idée s’inspire d’un dispositif déjà existant dans la ville de Zurich. Cependant, cette proposition a essuyé un revers immédiat. Le Conseil d’État et la majorité de la commission en charge de l’économie et des impôts (WAK) ont rejeté l’initiative au profit d’un contre-projet. Ce dernier vise à inscrire dans la Constitution l’obligation pour le Conseil d’État de soumettre des propositions d’amélioration du cadre légal pour la construction de logements dans un délai de trois ans.
Lors des débats, Markus Bopp (UDC) a vivement critiqué l’idée d’une intervention directe de l’État sur le marché immobilier, remettant même en question l’existence d’une véritable crise du logement : « Il y a des « points chauds » où il est difficile de trouver un appartement, mais il n’y a pas de crise du logement. » Il a ajouté que les 500 millions de francs proposés permettraient de construire seulement 500 appartements, une goutte d’eau face à l’enjeu. Doris Meier (PLR) a abondé dans ce sens, prônant la compétition et l’initiative privée plutôt que l’intervention étatique. Tina Deplazes (Le Centre) a également plaidé pour « plus de responsabilité personnelle ». Monica Sanesi Muri, porte-parole des Vert’libéraux, a qualifié la structure cantonale proposée de « monstre administratif », estimant qu’il n’y avait pas de défaillance du marché.
En réponse, Jasmin Pokerschnig (Verts) a affirmé que la crise était bien réelle, justifiant la nécessité de mécanismes pour contrer la hausse des prix. Rafael Mörgeli (PS) a critiqué les projets de construction actuels, jugés trop coûteux et visant l’investissement plutôt que le logement abordable, qualifiant le contre-projet de « rideau de fumée » incapable de créer le moindre mètre carré habitable à prix raisonnable. Les Verts ont également souligné que le canton pouvait déjà mettre en œuvre les améliorations de cadre légal sans recourir à une modification constitutionnelle.
Le Conseil cantonal a finalement voté l’adoption du contre-projet par 113 voix contre 59, un résultat qui présage un rejet de l’initiative. Les décisions finales sont attendues lors de la deuxième lecture dans quelques semaines, avant un possible recours au vote populaire.
L’« Initiative de protection du logement », portée par l’Association des locataires (MV) et les partis de gauche, a suscité un débat tout aussi animé. Elle vise à rendre plus difficiles les expulsions, à plafonner temporairement les loyers après rénovations ou reconstructions, et à permettre aux communes d’agir pour protéger les logements lors des procédures de permis de construire. Walter Angst, directeur général de la MV, a expliqué que l’objectif était de rendre la densification socialement acceptable et de réduire les effets de gentrification, notamment dans des cas comme celui du quartier Vita à Langnau am Albis où 284 locataires ont reçu un avis d’expulsion de la part de Zurich Assurances pour rénovation.
Face à cette initiative, les partis bourgeois ont exprimé de vives inquiétudes. Markus Bopp (UDC) l’a qualifiée de « frein à la rénovation », citant Bâle où un plafonnement des loyers après rénovation aurait découragé les travaux. Doris Meier (PLR) a estimé que l’initiative n’encouragerait pas la construction de nouveaux logements tout en complexifiant les rénovations. Monica Sanesi Muri (PVL) a alerté sur la dissuasion des investisseurs, tandis que Thomas Anwander (Le Centre) a dénoncé une « initiative de vol de pensions », les biens immobiliers appartenant souvent à des fonds de pension. La conseillère d’État Carmen Walker Späh (PLR) a critiqué une atteinte à la propriété et à la liberté économique.
Les défenseurs de l’initiative, comme Rafael Mörgeli (PS), ont souligné que les locataires étaient actuellement à la merci des sociétés immobilières et avaient besoin d’une protection accrue. Tobias Langenegger (PS) a défendu les expériences de Bâle et Genève, affirmant que la rénovation énergétique y retrouvait son rythme d’avant l’instauration de clauses de protection du logement.
Un contre-projet a été proposé par les partis bourgeois, visant à établir des règles claires pour les résiliations inévitables et à atténuer les difficultés sociales, notamment par des résiliations échelonnées et un préavis de douze mois pour la recherche de logement. Walter Angst a jugé que la protection contre le licenciement était déjà du ressort fédéral, tandis que Gianna Berger (AL) a qualifié ce contre-projet de « coup rapide pour ancrer l’initiative ». Donato Scognamiglio (PPE) a présenté une deuxième contre-proposition plus proche de l’initiative originelle.
Aucune opposition n’ayant été formulée quant à l’adoption des deux contre-projets, le débat a été interrompu. Comme pour l’« Initiative Logement », une deuxième lecture permettra au Conseil cantonal de se prononcer, avec une forte probabilité de rejet de l’initiative.
La suite de la séance devait être consacrée à la discussion de la première des deux initiatives déposées par l’association des propriétaires (HEV), intitulée « Initiative pour l’accession à la propriété ».