Publié le 21 février 2026 05:57:00. Une expérimentation menée à Singapour démontre qu’une approche innovante basée sur la libération de moustiques mâles porteurs d’une bactérie naturelle pourrait réduire significativement la propagation de la dengue, une maladie virale transmise par les moustiques. Les résultats, publiés dans le New England Journal of Medicine, révèlent une diminution notable du nombre de moustiques et des cas de dengue dans les zones traitées.
- Le nombre de moustiques sauvages a diminué de 77 % dans les zones où des moustiques mâles infectés par la bactérie Wolbachia ont été relâchés.
- Les habitants des quartiers concernés ont vu leur risque de contracter une dengue symptomatique diminuer d’environ 70 %.
- L’étude, randomisée et de deux ans, ouvre la voie à de nouvelles stratégies de lutte contre cette maladie tropicale.
La dengue, un virus transmis par les moustiques Aedes aegypti, affecte chaque année des millions de personnes à travers le monde. Les symptômes varient d’une fièvre proche de la grippe à des complications graves telles que des hémorragies et une défaillance organique. Face à l’urgence de trouver des solutions durables, des chercheurs de Singapour ont exploré une approche originale basée sur l’utilisation de la bactérie Wolbachia.
Le projet Wolbachia – Singapour a mis au point une technique consistant à infecter des moustiques mâles de l’espèce Aedes aegypti avec la bactérie Wolbachia, naturellement présente chez de nombreux insectes. Ces moustiques mâles, qui ne se nourrissent pas de sang humain, sont ensuite relâchés dans l’environnement. Lorsqu’ils s’accouplent avec des femelles sauvages non porteuses de la bactérie, les œufs pondus ne sont pas viables, ce qui conduit à une diminution progressive de la population de moustiques. Cette méthode, combinée à la technique des insectes stériles (IIT-SIT), est appelée technique des insectes incompatibles médiés par Wolbachia.
L’étude a été menée dans 15 grandes zones résidentielles de Singapour, divisées aléatoirement en deux groupes. Huit zones ont bénéficié de lâchers bihebdomadaires de moustiques mâles infectés par Wolbachia pendant 24 mois, de mi-2022 à fin 2024. Les sept zones restantes ont servi de groupe témoin, sans aucun lâcher.
Pour évaluer l’efficacité de cette approche, les chercheurs ont utilisé deux méthodes complémentaires. Ils ont capturé et compté les moustiques femelles sauvages à l’aide d’un équipement spécifique. Parallèlement, ils ont analysé les données nationales de santé afin d’identifier les résidents ayant consulté un médecin et reçu un diagnostic positif de dengue.
Les résultats sont encourageants. Dans les zones où les moustiques ont été relâchés, le nombre de femelles sauvages a diminué d’environ 77 %, passant de 0,18 moustique par piège à 0,041. Cette réduction de la population de moustiques s’est traduite par une baisse significative des infections par la dengue. Après six mois ou plus, seulement 6 % des habitants des zones traitées ont été testés positifs à la dengue, contre 21 % dans les zones témoins. L’exposition aux moustiques porteurs de Wolbachia a ainsi réduit le risque de dengue d’environ 71 à 72 % sur une période de trois à douze mois.
Les méthodes traditionnelles de lutte contre les moustiques, telles que l’élimination des sites de reproduction et l’utilisation de répulsifs, peuvent être efficaces à court terme, mais elles ne parviennent souvent pas à réduire durablement les cas de dengue. De plus, les insecticides chimiques présentent des risques potentiels pour la santé humaine, la biodiversité et l’environnement. La méthode Wolbachia offre une alternative prometteuse, car la bactérie empêche le virus de la dengue de se multiplier à l’intérieur des moustiques, les rendant moins aptes à propager la maladie.
Les chercheurs estiment que cette méthode pourrait compléter les stratégies de lutte anti-moustiques conventionnelles et les programmes de vaccination pour mieux contrôler la propagation de la dengue et d’autres maladies transmises par les moustiques Aedes. Plus d’informations sur le projet Wolbachia – Singapour.