Publié le 13 octobre 2025. Alors que le secteur de la construction traverse une crise profonde, une nouvelle politique gouvernementale de sécurité industrielle, perçue comme punitive, suscite l’inquiétude des entreprises. Des amendes potentiellement exorbitantes et des sanctions administratives lourdes pourraient aggraver la fragilité du secteur, selon des élus de l’Assemblée nationale.
- Le gouvernement propose d’imposer des amendes représentant jusqu’à 5 % des bénéfices d’exploitation, avec un minimum de 3 milliards de wons (environ 2 millions d’euros), aux entreprises de construction multipliant les accidents graves.
- Des députés estiment que cette approche « axée sur la punition » pourrait être fatale aux petites et moyennes entreprises du secteur, déjà affaiblies par une récession économique.
- Le gouvernement reconnaît la nécessité d’ajuster le système d’amendes, tout en réaffirmant sa détermination à améliorer la sécurité sur les chantiers.
La proposition gouvernementale, dévoilée récemment, vise à renforcer la sécurité du travail dans le bâtiment par des mesures coercitives significatives. Cette initiative, critiquée par certains membres du Parti du pouvoir du peuple lors d’un audit parlementaire, inclut des sanctions allant de la radiation à la suspension d’activité, en passant par des amendes substantielles et des restrictions de participation aux appels d’offres publics. L’objectif affiché est de réduire drastiquement le nombre d’accidents industriels.
Le député Lee Jong-wook a vivement dénoncé ces mesures lors d’une séance d’audit devant la commission des terres, des infrastructures et des transports de l’Assemblée nationale le 13 octobre. Il a qualifié la politique de sécurité du gouvernement de « mesures axées sur la punition » et a jugé le plancher de 3 milliards de wons pour les amendes « excessif ».
« Les accidents ne peuvent pas être complètement éradiqués avec des mesures visant à tuer les entreprises de construction comme celle-ci, et c’est pratiquement une condamnation à mort pour les petites et moyennes entreprises de construction avec de faibles bénéfices d’exploitation. »
Lee Jong-wook, député du Parti du pouvoir du peuple
Selon M. Lee, la crise actuelle du secteur de la construction n’est pas uniquement due à la hausse des taux d’intérêt et aux difficultés de financement, mais aussi aux politiques gouvernementales jugées trop strictes en matière de sécurité industrielle. L’industrie de la construction, pilier de l’économie nationale représentant environ 15 % du Produit Intérieur Brut (PIB), a vu ses investissements décliner de manière continue depuis 2021. Le taux de croissance réel s’est établi à -3,8 % l’année dernière, le niveau le plus bas en une décennie, et les prévisions pour l’année en cours s’annoncent encore plus sombres, avec une chute attendue de -8,3 %, rappelant la crise financière asiatique.
La situation est d’autant plus préoccupante que 486 entreprises du secteur ont fermé leurs portes depuis septembre, soit une moyenne de deux faillites par jour. Près de la moitié (44 %) des entreprises de construction auraient même des difficultés à honorer le paiement de leurs intérêts. Dans ce contexte, l’application de sanctions administratives jugées excessives par le gouvernement, suite à des accidents industriels, génère une « anxiété généralisée sur les sites ». Des projets d’envergure ont déjà été suspendus chez de grands noms comme POSCO E&C (103 sites) et DL Construction (44 sites).
Le député Lee a par ailleurs souligné que cette politique punitive entraînait des conséquences sociales négatives, comme des suppressions d’emplois et l’abandon des travailleurs âgés de plus de 65 ans, afin de réduire les risques d’accidents. Il a rappelé qu’il était « impossible de réduire complètement les accidents à zéro », même dans les pays les plus développés, et que l’approche actuelle ne résoudrait pas le problème à la racine.
Les « mesures globales de sécurité du travail » annoncées par le ministère du Travail le mois dernier prévoient, en cas de catastrophes graves répétées, des amendes pouvant aller jusqu’à 5 % du bénéfice d’exploitation, soit un minimum de 3 milliards de wons, indépendamment de l’importance des bénéfices réalisés. Les entreprises responsables d’au moins trois décès par an seraient systématiquement concernées. La mise en œuvre de ces mesures nécessitera une révision législative, un processus que le gouvernement et le parti majoritaire entendent mener à bien cette année, après la création d’un comité de délibération.
Face à ces critiques, le ministre du Territoire, de l’Infrastructure et des Transports, Kim Yun-deok, a admis que la récession du secteur de la construction était multifactorielle, citant notamment l’augmentation des prix. S’il a reconnu que la sécurité était une préoccupation sociétale majeure, il a également concédé que le problème ne pouvait être réglé par la seule application de sanctions.
« Nous ferons des efforts pour garantir que la détermination du gouvernement à corriger les accidents industriels n’entraîne pas une contraction du secteur de la construction. »
Kim Yun-deok, ministre du Territoire, de l’Infrastructure et des Transports
Le ministre a laissé entendre que des discussions sont en cours avec le ministère du Travail pour ajuster le système d’amendes, ouvrant la porte à un possible assouplissement des pénalités.