Publié le 2025-10-15 04:01:00. Une sombre affaire de sirops contre la toux contaminés au diéthylène glycol (DEG) a causé la mort d’au moins 23 enfants dans le district de Chhindwara, en Inde. Cette tragédie met en lumière de graves lacunes dans le contrôle de la qualité des médicaments et soulève des questions sur la sécurité des produits pharmaceutiques distribués dans le pays.
- Au moins 23 enfants ont perdu la vie après avoir consommé un sirop contre la toux potentiellement mortel.
- Le produit incriminé, le sirop Coldrif, est fabriqué par la société Sresan Pharmaceuticals, dont la licence a été révoquée.
- La contamination par le diéthylène glycol (DEG), un toxique industriel, a été identifiée comme la cause principale des décès, entraînant des défaillances rénales aiguës chez les jeunes victimes.
L’alerte a été donnée début septembre, mais l’identification de la cause des décès a tardé, faute d’autopsies réalisables sans l’accord des familles. Les analyses menées par les autorités sanitaires du Tamil Nadu ont rapidement révélé la présence alarmante de diéthylène glycol (DEG) dans des échantillons du sirop Coldrif. Ce composé chimique, souvent utilisé dans l’industrie mais hautement toxique pour l’homme, peut provoquer de graves lésions rénales, hépatiques et neurologiques.
L’enquête a révélé des pratiques de production d’une légèreté effarante au sein de Sresan Pharmaceuticals. Plutôt que de s’approvisionner en propylène glycol, un ingrédient inoffensif et couramment utilisé dans les sirops, auprès de fournisseurs pharmaceutiques certifiés, l’entreprise se fournissait en propylène glycol de qualité industrielle auprès de négociants en produits chimiques et de peinture. Les grades industriels, moins coûteux, sont fréquemment contaminés par des substances dangereuses comme l’éthylène glycol et le DEG. Pire encore, aucun chimiste qualifié ne supervisait la production, et les matières premières n’étaient pas soumises aux contrôles de qualité nécessaires. Les analyses sur les victimes ont confirmé la présence de DEG en concentration massive, certains lots de Coldrif contenant plus de 48 % de cette substance, soit 500 fois la limite autorisée. Les inspections ont également révélé 39 violations critiques et 325 infractions majeures à la loi sur les médicaments et les cosmétiques, allant d’infestations parasitaires à des équipements défectueux, en passant par une ventilation inexistante.
Cette tragédie s’inscrit dans un contexte plus large de préoccupations relatives à la surveillance des entreprises pharmaceutiques en Inde. Un rapport de 2024 du contrôleur et auditeur général de l’Inde a mis en évidence des lacunes importantes et persistantes dans les inspections et les tests de routine au Tamil Nadu. Entre 2016 et 2021, seulement environ deux tiers des contrôles prévus ont été effectués, et à peine la moitié des échantillons attendus ont été collectés et analysés.
Face à l’ampleur du drame, des mesures ont été prises. Dans le Madhya Pradesh, le médecin qui a prescrit le sirop Coldrif aux enfants, Praveen Soni, fait l’objet de poursuites. Plusieurs responsables sanitaires locaux et régionaux ont été suspendus ou mutés, tandis que le propriétaire de Sresan Pharma, Ranganathan Govindan, en fuite depuis septembre, a été arrêté et mis en examen pour falsification, mise en danger de la sécurité des enfants et homicide involontaire. Parallèlement, dans le Rajasthan, plusieurs décès d’enfants et plus de 30 hospitalisations ont été attribués par les parents à un autre sirop, le dextrométhorphane de Kaysons Pharma, qui avait échoué à de multiples reprises aux tests de qualité avant d’être finalement suspendu. Le département de la santé de l’État a toutefois par la suite disculpé Kaysons, imputant les décès à des surdoses d’enfants.
En réponse à ces événements, plusieurs gouvernements d’États ont interdit la vente et la distribution de sirops contre la toux destinés aux enfants. L’affaire a même été portée devant la Cour suprême dans le cadre d’un recours collectif demandant une enquête du gouvernement central et un contrôle national de la sécurité des médicaments, mais la requête a été rejetée par le juge en chef de l’Inde.
Ces incidents rappellent de précédents drames impliquant des sirops contre la toux fabriqués en Inde et exportés, contaminés par du diéthylène glycol ou de l’éthylène glycol, qui ont causé la mort de plus de 100 personnes en Gambie, au Cameroun et en Ouzbékistan en 2022 et 2023. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a confirmé avoir été informée par le gouvernement indien de la présence de trois sirops contaminés, dont des lots de Coldrif, mais a précisé qu’aucun n’avait été officiellement exporté. L’OMS collabore actuellement avec les autorités indiennes pour réduire les risques sanitaires associés à ces produits, notamment en ce qui concerne la distribution informelle et les exportations.