Zurich s’est réveillée mercredi soir au son d’une tendance aussi déroutante qu’efficace : le « Pudding mit Gabel », ou manger du pudding à la fourchette. Sur la Chinawiese, près de 300 jeunes se sont rassemblés, non pas pour un concert ou un pique-nique traditionnel, mais pour partager un dessert autour d’un rite insolite.
L’initiative, dont les origines remontent à l’Allemagne, a rapidement traversé les frontières pour s’inviter en Suisse. L’idée est simple, voire absurde : apporter son propre pudding et le déguster avec une fourchette, en lieu et place de la traditionnelle cuillère. Loin d’être une simple farce, ce phénomène, apparu sur Tik Tok, rassemble désormais des centaines d’adolescents dans les grandes villes allemandes, de Munich à Hambourg, et commence à séduire la jeunesse helvète.
Au-delà du caractère ludique et décalé, les participants soulignent la dimension sociale de cet événement. Il s’agit avant tout de créer un moment de partage et d’expérience commune, loin des artifices du marketing ou des contraintes du quotidien. Cette aspiration à la proximité et à l’appartenance est particulièrement significative à une époque marquée par l’incertitude, comme le souligne Claus-Christian Carbon, professeur de psychologie à l’Université d’Otto Friedrich à Bamberg : « À une époque où beaucoup est difficile et tendu, de tels événements à faible seuil créent un espace pour l’insouciance. » De plus, la raréfaction des lieux de rencontre classiques pour les jeunes et la hausse du coût des activités de loisirs contribuent à l’attrait de ces rassemblements gratuits et décalés.
Cette tendance n’est pas sans précédent. Elle s’inscrit dans la lignée des « flashmobs » apparus au début des années 2000, des événements de masse apparemment spontanés qui visent à créer une rupture éphémère dans le cours normal des choses. Que ce soit les actions de groupe figées, les danses soudaines en public, les trajets en métro sans pantalon ou les batailles d’oreillers géantes, toutes ces initiatives partagent une même logique : la création d’un non-sens communautaire. L’organisation d’un événement comme le « Storm Area 51 » en 2019, qui avait attiré des centaines de personnes au Nevada sans objectif concret mais dans une ambiance festive, illustre bien cette dynamique.
Le « Pudding mit Gabel » semble ainsi incarner cette même idée : il ne faut pas grand-chose pour se rassembler. Un dessert, une fourchette, un compte à rebours, et une bonne dose de curiosité suffisent à créer une expérience collective mémorable. L’événement zurichois n’est d’ailleurs pas lié à une marque particulière, ce qui explique la diversité des puddings partagés. D’autres rencontres de ce type sont d’ores et déjà annoncées à travers la Suisse, signe que cette tendance absurde, mais profondément humaine, est bien partie pour perdurer.