Perturbations dans la télésanté et préoccupations croissantes autour de l’IA dans la santé
Alors que la fermeture du gouvernement fédéral américain se prolonge, les prestataires de soins de santé naviguent dans des eaux troubles, notamment en ce qui concerne le remboursement des visites de télésanté pour les bénéficiaires de Medicare. Parallèlement, les avancées et les implications de l’intelligence artificielle (IA) dans le secteur de la santé soulèvent d’importantes questions sur la régulation et l’impact environnemental.
La crise actuelle des paiements de télésanté force les organisations à trouver des solutions. L’une d’elles a tenté d’intégrer les consultations à distance dans les plannings habituels, en modifiant simplement la ressource et le lieu de service. Cependant, cette approche semble avoir rencontré des obstacles majeurs. La décision a été prise sans une évaluation préalable des besoins en personnel, conduisant à une situation où, malgré la disponibilité de salles d’examen, le personnel nécessaire aux tâches administratives comme l’enregistrement ou l’admission manquait cruellement.
Une autre organisation a opté pour une stratégie plus prudente : honorer les visites de télésanté déjà programmées, mais sans en planifier de nouvelles. Elle accepte ainsi d’absorber les pertes financières générées par l’absence de remboursement. Une troisième approche consiste à proposer aux patients une consultation en personne à l’approche de leur rendez-vous de télésanté initialement prévu, dans l’un de ses centres de soins, ou à reporter cette visite en personne à une date ultérieure avec le même praticien. Si cette méthode peut s’avérer pertinente pour les soins primaires, elle pose problème pour les surspécialistes. Néanmoins, cet établissement note que peu de surspécialistes ont recours à la télésanté à l’heure actuelle.
Du point de vue du patient, la solution la moins perturbatrice consiste à maintenir les visites existantes tout en suspendant les nouvelles planifications. Il reste à observer combien d’autres organisations adopteront cette démarche, face aux contraintes imposées par Medicare sur la télésanté.
Par ailleurs, les débats s’intensifient autour de l’intelligence artificielle dans le domaine de la santé. L’opposition de l’administration américaine au contrôle privé des outils d’IA suscite des inquiétudes. Bien que le risque que de grands fournisseurs marginalisent les jeunes entreprises soit réel, leur nature compétitive et leur indépendance tendent à nuancer l’idée d’un « cartel » trop puissant. La Coalition for Health AI rassemble ainsi 3 000 partenaires issus de la haute technologie, des systèmes de santé, des groupes de spécialités médicales, des organismes de normalisation et même des startups, témoignant d’une volonté de collaboration large.
Le constat est clair : aucune organisation fédérale ne dispose des ressources nécessaires pour surveiller efficacement l’IA dans le secteur de la santé, laissant ce domaine largement non réglementé. L’attente d’une action de la part des élus et de leurs représentants crée un vide propice à de nombreux risques pour les patients. Compte tenu des priorités actuelles, il est peu probable que des avancées législatives interviennent dans un avenir proche.
Dans un autre registre, l’impact de l’IA sur la consommation d’énergie et les infrastructures est soulevé. L’IEEE (Institute of Electrical and Electronics Engineers), une organisation professionnelle reconnue mondialement œuvrant pour le progrès technologique « au bénéfice de l’humanité », a mis en lumière des estimations frappantes. Selon une infographie, l’utilisation quotidienne de ChatGPT par un utilisateur moyen, basée sur 25 requêtes, consomme autant d’énergie que le fonctionnement d’une ampoule LED de 10 watts pendant une heure. À l’échelle mondiale, cette utilisation annuelle équivaudrait à la production électrique annuelle de deux réacteurs nucléaires. Il est souligné que ces chiffres peuvent varier considérablement en fonction de l’intensité des requêtes. Si la tentation d’utiliser facilement ces outils est grande, une utilisation consciente et ciblée, privilégiant les bénéfices par rapport aux méthodes traditionnelles, devient de plus en plus nécessaire.
Une recherche publiée dans le JAMA Network Open explore quant à elle l’efficacité d’un chatbot hybride (combinant IA et règles prédéfinies) pour encourager la vaccination contre le pneumocoque. Bien que l’étude soit de petite taille (moins de 400 participants âgés de plus de 65 ans à Hong Kong), elle révèle que les patients ayant interagi avec le chatbot hybride, capable de fournir des réponses en temps réel, étaient plus enclins à se faire vacciner que ceux ayant reçu une intervention standard. Ces résultats, qui seront probablement similaires dans d’autres contextes et groupes d’âge, ouvrent des perspectives intéressantes.
Enfin, la question de la vie privée des utilisateurs de services en ligne reste une préoccupation majeure. La tendance générale est à une dévalorisation progressive de la vie privée, les données personnelles étant fréquemment achetées et vendues. La récente transaction de Facebook, impliquant le partage de données d’utilisateurs avec des tiers, a abouti à un dédommagement dérisoire de 34 $ par plaignant, illustrant une fois de plus la faible valorisation perçue de la vie privée.
Dans un contexte plus personnel, une discussion avec une ancienne collègue retraitée de l’industrie logicielle de la santé a mis en lumière les défis persistants liés à l’assurance maladie avant l’éligibilité à Medicare. Le désir de prendre sa retraite plus tôt se heurte souvent à la nécessité de conserver un emploi pour bénéficier d’une couverture santé, une situation partagée par des millions de travailleurs aux États-Unis, les contraignant parfois à rester dans des emplois peu épanouissants ou des situations relationnelles difficiles.
Lors d’un récent séjour à Chicago pour un événement sportif, une immersion dans le monde de la santé et de la technologie a permis d’assister à des manifestations adjacentes à la conférence Becker’s Health IT. Un événement particulièrement remarquable, organisé par Ambience Healthcare, a offert une atmosphère propice aux échanges approfondis sur la résolution de problèmes communs dans le domaine de la documentation ambiante. L’originalité de l’utilisation du nom « Phinéas Gage » pour un patient virtuel sur le site de l’entreprise a également été notée. Ces initiatives soulignent l’importance d’événements marketing créatifs pour engager le dialogue et favoriser l’innovation.