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La réaction contre le festival de comédie de Riyad en Arabie Saoudite, brièvement expliquée

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Quand le rire rencontre le pouvoir : la controverse du festival de comédie saoudien

Riyad a accueilli un événement sans précédent ce mois-ci : le premier festival de comédie du royaume, attirant des stars américaines comme Dave Chappelle, Kevin Hart, Pete Davidson et Bill Burr. Tandis que les organisateurs le décrivent comme le plus grand festival de comédie au monde, orchestré par le gouvernement saoudien pour attirer les investissements et redorer son blason, l’initiative soulève un tollé dans le milieu artistique. Des critiques pointent du doigt une hypocrisie flagrante, accusant ces humoristes de servir de paravent à un régime aux graves accusations en matière de droits humains.

Organisé et financé par le gouvernement saoudien, ce festival ambitieux visait à accueillir plus de 50 comédiens internationaux pour des spectacles de stand-up, des sketchs et de l’improvisation. L’objectif affiché : stimuler l’économie locale et améliorer l’image internationale du royaume. Cependant, le bilan du régime en matière de droits humains a rapidement jeté une ombre sur l’événement.

Des figures comme Marc Maron, David Cross et Atsuko Okatsuka ont vivement dénoncé la participation de leurs confrères. Ils les accusent de prêter main-forte à un régime impliqué dans des « crimes contre l’humanité », leur permettant ainsi de « donner un visage amusant à leurs enfants », une formule sarcastique pour dénoncer la stratégie de communication saoudienne.

Le paradoxe est d’autant plus frappant que plusieurs des comédiens présents se sont souvent plaints de restrictions à la liberté d’expression aux États-Unis. Dave Chappelle, par exemple, a plaisanté sur scène, affirmant : « Il est plus facile de parler ici qu’en Amérique. » Une déclaration qui sonne faux aux oreilles d’Abdallah Aloudh, directeur principal de la lutte contre l’autoritarisme au Centre pour la démocratie au Moyen-Orient. Selon lui, la liberté d’expression est loin d’être garantie dans le royaume. Une loi antiterroriste stipule que remettre en question la sagesse du roi ou du prince héritier constitue un acte de terrorisme. Parallèlement, une loi sur la « lutte contre la cybercriminalité » criminalise toute forme de remise en cause de la valeur publique ou de la tranquillité sociale. Ces textes ont conduit à l’emprisonnement de milliers de personnes, y compris Abdulrahman al-Sadhan, un ancien travailleur humanitaire condamné à 20 ans de prison pour avoir partagé des blagues sur le gouvernement saoudien sur Twitter.

L’émission « Today, Explained » a décrypté les coulisses de cet événement. L’animateur Noel King s’est entretenu avec Seth Simons, journaliste et critique spécialisé dans l’industrie de la comédie. Comment l’Arabie Saoudite a-t-elle réussi à attirer autant d’artistes ? « Je ne sais pas exactement, mais je sais qu’ils ont travaillé avec WME, la méga agence de talents, et avec Bruce Hills, qui a été pendant des années responsable de Juste pour rire, le grand festival d’humour de Montréal », explique Simons. L’argent a également joué un rôle crucial. Le comédien Tim Dillon a révélé sur son podcast s’être vu offrir 375 000 dollars. Il avait même osé évoquer la présence d’« esclaves » en Arabie Saoudite et l’assassinat d’un journaliste critique, avant d’être licencié pour ses propos : « Nous, les comédiens, nous détournons le regard. Ils nous paient assez pour détourner le regard. »

Les comédiens ayant participé au festival ont tenté de présenter leur venue comme un « échange culturel », apportant la comédie à des publics « qui n’ont pas beaucoup d’humour de stand-up ». Ils ont affirmé ne pas avoir eu à s’autocensurer, bien qu’ils aient apparemment signé un contrat interdisant de critiquer le gouvernement ou la religion saoudiens. Des témoignages font état de la présence de femmes et de jeunes dans le public, suggérant que les représentations ne s’adressaient pas uniquement à la famille royale. Bill Burr et d’autres auraient même osé des blagues « assez torrides », se déclarant très bien traités. Chris Distefano aurait affirmé que « personne ne l’a traitée aussi bien aux États-Unis que les Saoudiens l’ont traitée ». Les vidéos publiées par les organisateurs montrant les artistes couverts de fleurs et reçus sur un tapis rouge témoignent de l’effort déployé pour les faire se sentir comme des célébrités.

La réaction critique, venant de personnalités établies comme Marc Maron, a été notable. Mais quelle sera la portée de cette controverse à long terme ? « Dans un mois, est-ce que nous nous soucierons de ce que Pete Davidson a fait en Arabie Saoudite ? », s’interroge Simons. Il souligne que d’autres comédiens devraient s’exprimer, rappelant des épisodes récents où certains humoristes ont multiplié les interventions controversées, notamment sur des sujets transphobes ou lors de la reprise de tournées en pleine pandémie. « On a vu des niveaux de racisme qui auraient été scandaleux il y a six ans et qui sont désormais normaux dans les podcasts de ces comédiens », constate-t-il. Si des figures plus progressistes ne font pas davantage de vagues, « beaucoup d’entre eux veulent simplement rester dans leur voie et ne pas faire d’histoires ».

Néanmoins, le tollé actuel est significatif, même parmi les fans sur les réseaux sociaux et les forums dédiés. Reste à voir si cette affaire marquera durablement les esprits dans un flux d’informations constant et parfois décevant.

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