Publié le 12 octobre 2025. La Malaisie, dans sa fonction de présidence de l’ASEAN, compte mettre à l’ordre du jour du prochain sommet à Kuala Lumpur la question des élections générales prévues au Myanmar. Kuala Lumpur souhaite que ces élections soient transparentes et invite les pays membres à envoyer des observateurs.
- La Malaisie soulève la question des élections au Myanmar lors du 47e sommet de l’ASEAN.
- Elle appelle à des élections libres, équitables et transparentes, avec la participation de toutes les parties prenantes.
- Une visite du ministre malaisien des Affaires étrangères au Myanmar a précédé cette annonce.
Le ministère malaisien des Affaires étrangères a confirmé que le projet d’organisation des élections générales au Myanmar et l’invitation à des observateurs électoraux de l’ASEAN figureront parmi les points discutés lors du 47e sommet de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est. Cette initiative s’inscrit dans le cadre de la présidence malaisienne de l’organisation régionale pour l’année 2025.
Le ministre des Affaires étrangères malaisien, Datuk Seri Mohamad Hasan, a insisté sur la nécessité pour le Myanmar d’organiser ses prochaines élections générales de manière libre, équitable, transparente et crédible, en garantissant l’implication de toutes les formations politiques et de l’ensemble des acteurs concernés sur le territoire.
« En tant que pays président de l’ASEAN, cette question sera soulevée et discutée par les États membres de l’ASEAN lors du prochain sommet à Kuala Lumpur », a précisé le ministère dans un communiqué diffusé vendredi dernier.
Cette déclaration vient clarifier certaines informations médiatiques. Contrairement à des reportages suggérant que la Malaisie enverrait une équipe d’observateurs pour les élections controversées prévues par étapes à partir du 28 décembre 2025, le ministère n’a pas fait référence à ces spéculations émanant des médias officiels birmans.
Visite diplomatique au Myanmar
Cette prise de position intervient à la suite d’une visite de travail d’une journée effectuée par Mohamad Hasan à Nay Pyi Taw le 9 octobre. Durant cette visite, il s’est entretenu avec plusieurs hauts responsables birmans, dont le général Min Aung Hlaing, président de la Commission d’État pour la paix et la sécurité (SSPC) et président par intérim du Myanmar, ainsi qu’avec le Premier ministre U Nyo Saw et le ministre des Affaires étrangères U Than Swe.
C’est au cours de ces rencontres que la SSPC aurait invité les États membres de l’ASEAN à dépêcher des observateurs électoraux. L’invitation spécifique adressée à la Malaisie a été transmise à la Commission électorale malaisienne (SPR).
Il est confirmé que la SSPC envisage d’organiser les élections générales le 28 décembre.
Un scrutin sous haute tension
La perspective de ces élections suscite de vives critiques, notamment de la part de nombreux pays occidentaux qui les considèrent comme une manœuvre destinée à légitimer le régime militaire en place via des partis politiques sous son contrôle. Le Myanmar est plongé dans une crise profonde depuis le coup d’État militaire de 2021, qui a renversé le gouvernement élu d’Aung San Suu Kyi et déclenché une insurrection armée, plaçant une grande partie du pays sous l’autorité de la junte.
La Malaisie et le Myanmar sont tous deux membres de l’ASEAN. L’organisation a d’ailleurs interdit la participation des chefs militaires birmans à ses réunions depuis 2022, en raison de leur non-respect d’une feuille de route de paix en cinq points préalablement convenue par le général en chef.
La Malaisie, actuellement à la présidence tournante de l’ASEAN, supervise un bloc qui comprend également Brunei, le Cambodge, l’Indonésie, le Laos, les Philippines, Singapour, la Thaïlande et le Vietnam.
Le déroulement du vote au Myanmar s’annonce dans un contexte de guerre civile intense, marqué par l’interdiction des principaux groupes d’opposition et une nouvelle législation électorale favorisant les partis soutenus par l’armée. Les médias officiels ont rapporté l’inscription de cinquante-sept partis politiques, dont six prévoient de présenter des candidats à l’échelle nationale.
Mise en œuvre du Consensus en cinq points
Au-delà de la question électorale, Mohamad Hasan a également réaffirmé l’importance cruciale de la mise en œuvre du Consensus en cinq points de l’ASEAN (5PC). Ce dernier appelle notamment à la cessation des violences, à la distribution de l’aide humanitaire et à un dialogue inclusif avec toutes les parties prenantes au Myanmar.
Le ministre malaisien a exprimé la disponibilité de la Malaisie à œuvrer pour la création d’un environnement neutre et propice à un tel dialogue.
Selon le communiqué du ministère des Affaires étrangères malaisien, Mohamad Hasan a également transmis au président de la SSPC et au ministre des Affaires étrangères les attentes des différentes parties prenantes au Myanmar. Ces attentes sont le résultat de rencontres que la Malaisie a organisées avec divers groupes du pays depuis qu’elle a pris la présidence de l’ASEAN plus tôt cette année.