Publié le 12 octobre 2025, 11h14. Une traumatologue de Grenade, connue sur les réseaux sociaux sous le pseudonyme de « The Geek Traumatologist », tire la sonnette d’alarme sur une pathologie osseuse qui pourrait toucher la moitié de la population espagnole. Elle souligne l’importance cruciale de la prévention dès le plus jeune âge pour la santé de nos squelettes.
- La moitié de la population espagnole risque de développer des os fragiles.
- La prévention passe par une accumulation de masse osseuse avant 30 ans.
- Le mode de vie moderne (sédentarité, écrans, stress) fragilise les os.
La docteure Inès Moreno Sánchez, diplômée de l’Université de Grenade, s’est fait connaître grâce à ses vidéos virales sur Instagram, où elle décrypte la médecine avec une approche accessible. Dans une interview accordée au journal IDEAL, elle met en garde contre l’ostéopénie et l’ostéoporose, des affections qui semblent toucher une part croissante de la population, et pas seulement les personnes âgées.
« En Espagne, la moitié de la population est sur le point d’avoir des os plus fragiles qu’une promesse électorale », constate-t-elle avec une pointe d’humour noir. Elle explique que la masse osseuse atteint son pic vers 30 ans, tel un compte en banque qu’il faut alimenter tôt pour en disposer plus tard. « Après 35 ans, on ne gère que ce qu’on a. Le problème est que nous avons échangé 10 000 ans d’évolution en courant et en grimpant aux arbres contre des canapés, des écrans et de l’anxiété. »
Interrogée sur le rôle du lait dans la santé osseuse, la médecin rappelle que la capacité à digérer le lactose à l’âge adulte est une adaptation évolutive précieuse. « C’était de la survie pure et simple », explique-t-elle, soulignant que cette mutation a conféré un avantage considérable en période de disette. Si environ trois quarts des Espagnols tolèrent le lait, le véritable enjeu réside dans le déficit d’apport en calcium. « Les gens ont arrêté de boire du lait parce qu’un influenceur leur a dit que c’était mauvais », regrette-t-elle.
La sédentarité précoce est une autre source d’inquiétude majeure. La docteure Moreno Sánchez dénonce la condition des jeunes générations : « Nous élevons la première génération d’enfants dotés d’une colonne vertébrale d’employé de bureau. La moitié des garçons de 15 ans ont déjà souffert de maux de dos. » Les longues heures passées assis à l’école et devant les écrans, combinées à un manque d’activité physique, impactent directement le développement physique.
Le stress chronique et les appareils électroniques sont également identifiés comme des ennemis redoutables. Le cortisol, hormone du stress, est décrit comme une « kryptonite pour le tissu osseux ». Il inhibe la formation osseuse et accélère sa destruction, créant un cercle vicieux avec la douleur. « Un tiers des patients souffrant de douleurs chroniques souffrent d’ostéoporose », révèle-t-elle, illustrant comment l’anxiété et le stress affectent physiquement le corps.
Chez les femmes, le risque de fragilisation osseuse augmente considérablement après 40 ans, notamment avec l’arrivée de la ménopause. La chute des taux d’œstrogènes, qui jouent un rôle protecteur pour les os, dérègle l’équilibre entre destruction et formation osseuse. « Les œstrogènes sont les gardes du corps de vos os », illustre la médecin. Si le risque d’ostéoporose est sept fois plus élevé chez les femmes, elle rappelle que la majorité des femmes ménopausées ne développent pas la maladie, signe que des facteurs protecteurs existent.
Concernant la supplémentation, la docteure Moreno Sánchez met en garde contre les dérives marketing. Elle confirme que l’association de calcium et de vitamine D est efficace pour réduire le risque de fractures et ralentir la perte de masse osseuse. Cependant, elle insiste : « Les suppléments de calcium uniquement ne préviennent pas les fractures et peuvent augmenter le risque cardiovasculaire. » La vitamine D est indispensable à l’absorption du calcium, comparant l’absence de l’une à l’absence d’essence pour une voiture de sport. Elle privilégie les apports nutritionnels : « La vraie nourriture bat toujours les pilules. »
Pour une bonne santé osseuse, la médecin préconise des habitudes concrètes. Alimentairement, elle cite les sardines en conserve avec arêtes, les fromages affinés, le yaourt grec, le lait entier (pour ceux qui le tolèrent), les amandes et les brocolis. Côté exercice, les exercices de force sont recommandés, tout comme la marche quotidienne de 30 minutes et les exercices d’équilibre. L’exposition au soleil (30 minutes par jour), l’absence de tabagisme, une consommation d’alcool modérée et le maintien d’un poids santé sont également essentiels. « L’ostéoporose n’est pas une fatalité. C’est évitable à 100% si nous commençons maintenant », conclut-elle, rappelant qu’il n’est jamais trop tard pour adopter de saines habitudes.