Publié le 13 octobre 2025. Après une semaine de turbulences financières mondiales déclenchées par des menaces tarifaires américaines, les marchés ont connu un répit ce lundi. Un retournement diplomatique de Donald Trump, apaisant les tensions avec la Chine, a suffi à rassurer les investisseurs et à stimuler une reprise prudente.
- Les marchés boursiers mondiaux ont amorcé une reprise ce lundi 13 octobre, après avoir subi une perte de plus de 2 000 milliards de dollars vendredi.
- Ce rebond est directement lié à un assouplissement du discours de Donald Trump concernant la Chine, passant de menaces de taxes de 100% à des déclarations rassurantes.
- Malgré ce soulagement, des inquiétudes subsistent quant à la paralysie partielle du gouvernement américain et aux résultats à venir des grandes banques.
La fin de semaine dernière avait été marquée par un vendredi particulièrement houleux sur les marchés financiers internationaux. Les menaces de Donald Trump d’imposer des taxes douanières de 100% sur les produits chinois avaient provoqué une onde de choc, entraînant une perte de valeur de plus de 2 000 milliards de dollars pour les bourses mondiales. Ce lundi, cependant, un vent d’optimisme a soufflé grâce à une volte-face du président américain. Déclarant que « tout ira bien » et que les États-Unis « ne veulent pas nuire à la Chine », Donald Trump a semble-t-il réussi à calmer les ardeurs des investisseurs et à raviver leur appétit pour le risque.
La réaction de la Chine avait initialement été ferme, le pays affirmant « ne pas avoir peur » d’une guerre commerciale. Cependant, la volonté affichée de privilégier « le dialogue et la coopération » a renforcé l’idée que les deux puissances privilégient toujours une résolution négociée de leurs différends.
Cette accalmie a permis une reprise des marchés ce lundi, bien que le rythme soit modéré. Le Columbus Day, un jour férié aux États-Unis, a entraîné la fermeture du marché des bons du Trésor, réduisant ainsi la liquidité mondiale.
Bourses et monnaies en nette reprise
Les contrats à terme sur les actions américaines affichaient une tendance haussière : le Dow Jones progressait d’environ 1%, le S&P 500 de 1,4% et le Nasdaq de 1,9%. Parmi les valeurs technologiques, Nvidia et AMD gagnaient plus de 3%, tandis qu’Apple et Meta affichaient une hausse supérieure à 1%. Le dollar, qui avait grimpé vendredi, s’est replié ce lundi. Au Brésil, la monnaie américaine baissait de 0,73% pour s’établir à 5,46 R$, tandis que le contrat à terme de l’Ibovespa (l’indice boursier brésilien) progressait de 0,98% à 141 745 points.
Cette tendance haussière s’est également manifestée sur les marchés des matières premières, avec une hausse du pétrole Brent (+1,6%) et du minerai de fer (+1,13% à Dalian), signe que la confrontation commerciale ne devrait pas dégénérer de manière incontrôlable. En Europe, le STOXX 600 a avancé de 0,4%, soutenu par le secteur minier. Les marchés asiatiques, encore sous le coup des turbulences de vendredi, ont cependant clôturé en baisse.
Comment la tourmente a débuté
Les tensions entre les États-Unis et la Chine s’étaient intensifiées vendredi 10 octobre. Le gouvernement chinois avait annoncé de nouvelles restrictions sur l’exportation de terres rares, des minéraux essentiels à la production de semi-conducteurs, de véhicules électriques et d’équipements militaires. En réponse, Donald Trump avait menacé d’imposer des taxes de 100% sur les importations chinoises et de renforcer les contrôles sur l’exportation de logiciels critiques, ce qui avait alerté les marchés mondiaux.
Selon une analyse de Goldman Sachs, cette escalade pourrait s’apparenter davantage à une tactique de négociation qu’à un changement structurel de politique. La banque note que les tarifs annoncés par Trump n’entreraient en vigueur qu’après la réunion de l’APEC, prévue début novembre, au cours de laquelle une rencontre entre les deux dirigeants est envisagée. Cet élément laisse une marge de manœuvre pour un apaisement.
Le ministère chinois du Commerce (MOFCOM) avait quant à lui réaffirmé sa disponibilité au dialogue, expliquant que sa politique d’exportation était une réponse aux restrictions américaines et non une escalade délibérée.
« L’aboiement de Trump est pire que sa morsure »
Le mouvement de vendredi avait entraîné la plus forte baisse des marchés depuis avril, avec une chute de 2,7% pour le S&P 500 et de 3,5% pour le Nasdaq. JPMorgan a attribué cette dégringolade aux ventes automatiques de fonds à effet de levier et de stratégies systématiques, qui avaient investi environ 26 milliards de dollars en actions à la clôture.
Malgré cela, le marché estime qu’une marge de reprise existe. Matthew Ryan, stratège en chef chez Ebury, a résumé ce sentiment : « Nous l’avons vu trop souvent. Le marché est sereinement convaincu que les aboiements de Trump sont plus sévères que ses morsures. »
La paralysie gouvernementale reste une préoccupation
Même si un soulagement s’est fait sentir ce lundi, les investisseurs restent attentifs aux risques qui dépassent le cadre du conflit commercial. La fermeture partielle du gouvernement américain, qui devrait entraîner un retard de paiement des fonctionnaires à partir du 15 octobre, demeure une source d’inquiétude.
Goldman Sachs souligne que, en l’absence de nouvelles données économiques, le marché devient de plus en plus dépendant de l’actualité politique, ce qui accentue la volatilité. Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a déclaré ce lundi à *Fox Business* que « cela devient grave. Cela commence à affecter l’économie réelle », alors que la grève entrait dans son 13ème jour.
Par ailleurs, cette semaine marque le début de la saison des résultats des grandes banques américaines, notamment JPMorgan, Goldman Sachs, Citi et Bank of America. Les annonces attendues pourraient fournir des indications précieuses sur l’état du crédit et de la consommation.
Et au Brésil ?
Le répit mondial et la hausse des matières premières contribuent à une ouverture positive du marché brésilien. Cependant, le scénario national demeure complexe. La détérioration des finances publiques, la fragilité du crédit aux entreprises et les sorties de capitaux étrangers continuent de peser sur les taux d’intérêt réels et futurs.
Ce mardi 14 octobre, le ministre des Finances, Fernando Haddad, participera à une audition au Sénat concernant la proposition d’extension de l’exonération de l’impôt sur le revenu pour les salaires jusqu’à 5 000 R$. Cette mesure, déjà adoptée à l’unanimité par la Chambre des députés, est suivie de près par les investisseurs.
Les prochains jours à l’agenda
Les jours à venir permettront de déterminer si le geste de Donald Trump n’était qu’un repli tactique ou le prélude à une trêve durable avec la Chine. Pour les marchés, la question cruciale est de savoir si les taxes de 100% seront effectivement appliquées le 1er novembre, ou si la déclaration « tout ira bien » n’est qu’un nouvel épisode du style imprévisible du président américain.
Bien que les résultats des grandes banques puissent insuffler un nouvel élan à la Bourse – les attentes étant relativement basses, ce qui pourrait favoriser de bonnes surprises –, la volatilité reste un facteur dominant. Les analystes de JPMorgan préviennent que, malgré le redressement du marché, « après l’augmentation de la volatilité implicite et réalisée vendredi, les portefeuilles ciblés sur la volatilité vont réduire leur levier. Cet ajustement devrait se traduire par environ 30 milliards de dollars de ventes d’actions dans les prochains jours. » Le scénario global demeure donc incertain.