La France sous tension budgétaire pourrait pousser la BCE à assouplir sa politique monétaire. Face à une conjoncture économique incertaine et à des risques géopolitiques persistants, les marchés financiers anticipent une possible nouvelle baisse des taux directeurs, alors que Paris s’engage dans un processus budgétaire potentiellement volatil.
Dans un contexte économique marqué par une croissance qui peine à décoller et un risque désinflationniste grandissant, la Banque Centrale Européenne (BCE) pourrait être amenée à renforcer son soutien à l’économie. Les indicateurs économiques, notamment les indices d’enquête attendus ce mardi, soulignent la fragilité de la reprise dans la zone euro. Cette situation, combinée à un euro qui pourrait continuer à s’apprécier, alimente les pressions baissières sur les taux.
Les facteurs externes, tels qu’un ralentissement de la croissance aux États-Unis et en Chine, pèseraient également sur les perspectives économiques européennes, renforçant le scénario d’une politique monétaire plus souple. À ces éléments s’ajoutent des incertitudes géopolitiques persistantes. La situation en France, les tensions commerciales internationales ravivées par des déclarations américaines, le conflit prolongé avec la Russie et les débuts laborieux des plans budgétaires allemands créent un environnement complexe.
Si la croissance ne montre pas d’accélération significative, si l’euro se renforce et si le prix du pétrole recule, les arguments en faveur d’une, voire de deux, baisses de taux de la BCE pourraient rapidement gagner du terrain. Bien que ce ne soit pas le scénario principal envisagé, ces risques sont jugés suffisants pour dissuader les marchés d’anticiper une nouvelle réduction imminente des taux par la BCE.
La France, point sensible des marchés financiers
Le paysage politique français constitue un risque majeur pour les marchés. Le Premier ministre Gabriel Attal doit présenter son programme de gouvernement au Parlement, lançant ainsi le processus budgétaire qui s’étirera jusqu’à la fin de l’année. L’opposition, tant à l’extrême droite qu’à l’extrême gauche, a déjà déposé des motions de censure, laissant planer la menace de nouvelles élections législatives anticipées d’ici la fin de l’année. La probabilité de ce scénario est estimée à plus de 60 % par les marchés de paris.
Les partis de centre-gauche auraient accepté une trêve budgétaire, mais au prix de concessions sur la mise en œuvre de la réforme des retraites. Ce contexte politique tendu offre des opportunités continues de déstabilisation gouvernementale. L’écart de rendement entre les obligations d’État françaises et les Bunds allemands, actuellement autour de 83 points de base, pourrait ainsi se maintenir à un niveau élevé, reflétant ce risque politique persistant.
À cela s’ajoute le risque d’une dégradation de la note de crédit de la France. Après l’abaissement par Fitch en septembre, Moody’s et S&P rendront leur verdict ce mois-ci et en novembre respectivement. Les agences de notation surveilleront attentivement la dynamique politique entourant les réformes, notamment celle des retraites, auparavant considérée comme un gage de stabilité.
Les indicateurs économiques du jour
Ce mardi, l’attention se portera sur plusieurs publications économiques clés. Au Royaume-Uni, un rapport sur l’emploi, qualifié de relativement accommodant, a déjà été publié. Pour la zone euro, les chiffres de production industrielle de l’Allemagne, attendus en légère hausse, ainsi que l’indicateur synthétique de la zone euro seront scrutés. Aux États-Unis, l’indice de confiance des consommateurs, pour lequel aucune donnée officielle n’est disponible, sera particulièrement suivi. Le consensus prévoit une quasi-stabilité pour le chiffre de septembre.
Du côté des intervenants, Jerome Powell, président de la Réserve fédérale américaine, s’exprimera sur les perspectives économiques et la politique monétaire. En termes d’émissions obligataires, plusieurs enchères sont prévues : les Pays-Bas proposeront 2,5 milliards d’euros de dette à 6 ans, le Royaume-Uni une syndication d’environ 8 à 10 milliards de livres sterling, et l’Italie mettra aux enchères 8,5 milliards d’euros de BTP. L’Allemagne proposera enfin 5,5 milliards d’euros de Schatz à 2 ans.