L’infection, un coupable oublié dans la maladie coronarienne ? Une étude japonaise relance le débat.
Et si le cœur de la maladie coronarienne se nichait ailleurs que dans le LDL, l’inflammation ou la seule malchance ? Une recherche pathologique menée au Japon vient jeter un nouveau pavé dans la mare, suggérant que les infections, et notamment la bactérie Chlamydia pneumoniae, pourraient jouer un rôle bien plus central que ce que l’on a longtemps admis dans les laboratoires de cathétérisme.
L’étude, portant sur des échantillons de plaques coronariennes prélevés sur des patients symptomatiques, a révélé la présence de Chlamydia pneumoniae dans 100 % des cas examinés. Qu’il s’agisse d’une maladie stable ou instable, la bactérie était systématiquement détectée, et ce, par des méthodes de confirmation tissulaire directe comme l’immunohistochimie et la PCR. Il ne s’agit donc pas ici d’une simple corrélation sérologique ou d’une détection marginale, mais d’une présence avérée au cœur des lésions artérielles.
Ces résultats, bien que troublants, ne sont pas entièrement nouveaux. Les décennies de recherches mécanistes ont déjà démontré comment cette bactérie peut initier un stress oxydatif, endommager les mitochondries et favoriser la migration des cellules musculaires lisses vasculaires, processus clés dans le développement de l’athérosclérose. Pourtant, l’hypothèse infectieuse a souvent été reléguée au second plan après des essais antibiotiques infructueux à des stades avancés de la maladie, qui ont conduit à un retour massif vers les statines et les stents.
Cependant, l’auteur de ces réflexions, un cardiologue expérimenté, avance un argumentaire solide : le moment et le contexte de l’intervention thérapeutique sont cruciaux. « Nous n’écartons pas l’hypothèse de la tuberculose parce que les antibiotiques à un stade avancé ne peuvent pas inverser les lésions cavitaires. Nous ne rejetons pas les antiviraux contre le VIH parce qu’ils ne fonctionnent pas dans la démence avancée due au SIDA. Le timing compte. Le ciblage est important. »
Ces nouvelles données pathologiques devraient servir de signal d’alarme pour relancer la recherche clinique. L’appel est lancé pour des essais ciblés sur les premiers stades de la maladie, utilisant des combinaisons thérapeutiques capables d’agir sur les différentes phases du cycle de vie de C. pneumoniae. L’amélioration des techniques d’imagerie non invasive pourrait également permettre de détecter les changements précoces, avant que les lésions ne deviennent irréversibles.
Bien que l’on ne puisse pas encore affirmer que Chlamydia pneumoniae soit la seule cause de la maladie coronarienne, les arguments en sa faveur sont désormais suffisamment probants pour justifier une réouverture du dossier. « J’affirme que les arguments sont suffisamment solides (et les enjeux suffisamment élevés) pour dire qu’abandonner l’hypothèse infectieuse sans procès équitable est une mauvaise science et une mauvaise médecine. »
L’heure est à l’action pour les concepteurs d’essais cardiovasculaires et les agences de financement. Les outils actuels, tant en matière de diagnostic que d’imagerie, sont bien plus performants qu’auparavant. Le prochain grand tournant en cardiologie, potentiellement aussi marquant que l’avènement des statines, pourrait bien résider dans une stratégie antimicrobienne. « Nous ne le saurons que si nous avons le courage de le tester correctement et rapidement. »