Publié le 16 octobre 2025. La résistance des bactéries aux antibiotiques, un fléau mondial aux conséquences potentiellement mortelles, progresse à un rythme alarmant. Si les Pays-Bas affichent des chiffres d’usage des antibiotiques plus bas que la moyenne européenne, le phénomène de résistance n’épargne pas le pays, soulevant des questions sur les pratiques médicales et les modes de propagation.
L’adage de Nietzsche, « Ce qui ne me tue pas me rend plus fort », prend une tournure particulièrement inquiétante lorsqu’il s’applique aux bactéries pathogènes. Celles qui survivent à un traitement antibiotique acquièrent souvent une défense accrue contre le médicament, rendant les traitements futurs moins efficaces. L’abus d’antibiotiques favorise ainsi la prolifération de souches résistantes, menaçant à terme de rendre ces médicaments vitaux obsolètes.
Cette mise en garde n’est pas nouvelle. Alexander Fleming, découvreur de la pénicilline, avait déjà alerté il y a quatre-vingts ans des risques liés à l’utilisation excessive de ces substances. Ses craintes se voient aujourd’hui confirmées par un rapport récent de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui fait état d’une augmentation considérable de la résistance bactérienne à l’échelle planétaire, entraînant chaque année des millions de décès.
Aux Pays-Bas, la situation est moins dramatique qu’ailleurs, mais elle n’en demeure pas moins préoccupante. Les données de l’Agence européenne des maladies (ECDC) indiquent une recrudescence des bactéries résistantes. Un exemple frappant concerne le Staphylococcus aureus, dont la forme résistante à la méticilline (SARM) touche désormais plus de 2 % des cas, contre moins de 0,5 % il y a vingt-cinq ans.

Paradoxalement, la consommation d’antibiotiques aux Pays-Bas a légèrement diminué au cours des deux dernières décennies. Après une baisse significative durant la pandémie de COVID-19, probablement due à une moindre fréquentation des cabinets médicaux, l’usage est revenu au niveau de 2019. L’Institut néerlandais de la santé a recensé 3,4 millions d’utilisateurs l’année dernière.

Les médecins généralistes néerlandais se distinguent par une prescription d’antibiotiques nettement inférieure à celle de leurs homologues européens. Alors qu’ils dispensent en moyenne neuf doses pour mille habitants par jour, ce chiffre atteint près de 27 doses dans des pays comme la Grèce, soit trois fois plus.

Ce faible recours aux antibiotiques s’explique en partie par le système de santé néerlandais, comme le souligne Sabine de Greeff du Centre de contrôle des maladies infectieuses RIVM. « Aux Pays-Bas, il faut obligatoirement passer par son médecin généraliste avant de pouvoir être admis à l’hôpital. De plus, seuls les médecins sont habilités à prescrire des antibiotiques ; on ne peut pas s’en procurer directement en pharmacie. »
Malgré cette approche prudente, des disparités régionales persistent sur le territoire néerlandais. Dans les zones peu peuplées, comme l’est de la province de Groningue, plus de 20 % de la population a recours aux antibiotiques chaque année, contre seulement 16 % dans des agglomérations comme Utrecht. Outre l’état de santé des résidents, le profil des médecins généralistes jouerait également un rôle dans ces différences.

Des recherches ont révélé que les médecins plus expérimentés seraient plus enclins à prescrire des antibiotiques que leurs confrères plus jeunes, fraîchement sortis de formation. Un manque de concertation entre confrères pourrait également conduire un médecin à rédiger une ordonnance plus rapidement.
Ces derniers travaillent en majorité dans les petites communes, où le recours aux antibiotiques est plus fréquent, tandis que les médecins plus jeunes, moins nombreux dans ces zones, en prescrivent moins. « Heureusement, aux Pays-Bas, nous déployons de nombreux efforts pour promouvoir une utilisation judicieuse », assure Sabine de Greeff. « Nous fournissons notamment aux médecins généralistes des données sur leurs pratiques de prescription, afin qu’ils puissent ajuster leurs méthodes de travail. »
Cependant, la seule réduction de la consommation d’antibiotiques aux Pays-Bas ne suffira pas à endiguer la montée des bactéries résistantes, précise Sabine de Greeff. Il est tout aussi crucial, selon elle, de freiner la propagation de ces micro-organismes au sein du système de santé. « Par exemple, une personne soignée dans un hôpital à l’étranger peut introduire des bactéries résistantes sur le territoire néerlandais. Ces bactéries ne s’arrêtent pas aux frontières. »