Publié le 19 octobre 2025 15:20:00. Près d’un quart des jeunes adultes américains disent recourir au cannabis ou à l’alcool pour trouver le sommeil, selon une étude récente. Cette pratique, plus répandue chez les femmes et les personnes non-blanches, soulève des questions quant à ses répercussions sur la qualité du repos et la santé mentale.
- Environ 22 % des jeunes adultes américains (19-30 ans) consomment du cannabis ou de l’alcool pour s’endormir.
- Le cannabis est l’aide au sommeil la plus fréquemment citée par ce groupe d’âge.
- Les femmes et les personnes s’identifiant comme un autre genre sont plus susceptibles d’utiliser du cannabis pour dormir, tandis que les jeunes adultes noirs sont plus nombreux à utiliser l’alcool.
Une nouvelle étude, menée par une équipe de recherche de l’Institut de Recherche Sociale (ISR) de l’Université du Michigan, met en lumière des habitudes de consommation préoccupantes chez les jeunes adultes aux États-Unis. L’analyse, portant sur un panel national suivi sur le long terme dans le cadre du programme « Monitoring the Future », révèle que près de 22 % des individus âgés de 19 à 30 ans déclarent utiliser du cannabis ou de l’alcool afin de faciliter leur endormissement. Ces données se concentrent spécifiquement sur l’initiation du sommeil, et non sur la satisfaction générale du sommeil ou les performances diurnes.
Les résultats indiquent que le cannabis est plus couramment employé que l’alcool dans ce but. Des disparités notables apparaissent selon les groupes démographiques : les femmes sont presque deux fois plus susceptibles que les hommes de recourir au cannabis pour s’endormir, une tendance encore plus marquée chez les personnes s’identifiant à un autre genre, qui l’utilisent plus de quatre fois plus fréquemment. Parallèlement, les jeunes adultes noirs sont trois fois plus susceptibles que leurs pairs blancs de consommer de l’alcool pour dormir, une observation qui, selon les chercheurs, mérite une attention particulière quant aux freins d’accès aux soins, à la stigmatisation et à la qualité des services de santé disponibles.
L’alcool, bien qu’il puisse réduire le temps d’endormissement (latence du sommeil), fragmente significativement la seconde moitié de la nuit. Cela se traduit par des réveils plus fréquents et un sommeil moins consolidé, affectant ainsi la sensation de repos au réveil. Le sommeil paradoxal, étape cruciale pour la consolidation de la mémoire et les rêves, est particulièrement ciblé par les effets de l’alcool. Un retard ou une suppression précoce de cette phase peut entraîner des effets de rebond plus tard dans la nuit, avec des réveils répétés et un sommeil plus léger.
Megan E. Patrick, professeure chercheuse à l’ISR et directrice de cette analyse, souligne que « l’utilisation de ces substances pour s’endormir peut avoir l’effet inverse, car elles peuvent interférer avec la capacité de rester endormi et avec la qualité du sommeil ». Des groupes cliniques spécialisés alertent également sur le manque de preuves solides concernant l’efficacité du cannabis comme traitement du sommeil, pointant du doigt des risques tels que la somnolence diurne et une vigilance altérée. Les données issues d’études en laboratoire et d’enregistrements portables montrent des changements minimes ou inconsistants dans les phases de sommeil après consommation de cannabis peu avant le coucher, sans amélioration notable de la qualité du sommeil chez la majorité des adultes en bonne santé.
Patrick ajoute que « l’utilisation régulière et à long terme de ces substances pour s’endormir peut entraîner des problèmes de sommeil plus graves et un risque accru de troubles liés à l’usage de substances ». Un facteur clé est le développement de la tolérance, qui pousse à augmenter les doses pour obtenir le même effet, créant ainsi un cercle vicieux de consommation croissante et de sommeil de plus en plus léger et perturbé. Les substances peuvent certes réduire l’éveil initial, mais elles perturbent l’homéostasie corporelle, l’équilibre interne qui régule les cycles veille-sommeil. Le métabolisme de l’alcool durant la nuit, par exemple, entraîne une augmentation de l’activité sympathique et du rythme cardiaque, expliquant les sursauts d’éveil ressentis tard dans la nuit par certains consommateurs. Le cannabis, quant à lui, peut modifier l’architecture du sommeil, c’est-à-dire la proportion et la séquence des différentes phases nocturnes, conduisant à un sommeil moins reposant malgré une durée totale au lit apparemment normale.
Face à ces constats, les experts recommandent de privilégier la thérapie cognitivo-comportementale pour l’insomnie (TCC-I), une approche non médicamenteuse reconnue pour son efficacité dans le traitement des troubles du sommeil persistants. La TCC-I est une thérapie structurée visant à restructurer les habitudes et les pensées liées au sommeil, en encourageant un temps de coucher régulé, des heures de réveil constantes et des stratégies pour gérer les inquiétudes nocturnes. Elle s’attaque aux schémas comportementaux qui entretiennent l’insomnie, là où les médicaments et les substances chimiques sont souvent inopérants. Les bénéfices de cette thérapie peuvent perdurer plusieurs mois, réduisant ainsi la dépendance à des produits chimiques pour favoriser le sommeil.
Les auteurs de l’étude précisent que ces résultats ne signifient pas que toute personne consommant du cannabis ou de l’alcool au coucher développera une insomnie ou une dépendance. Ils soulignent cependant qu’une part significative de jeunes adultes cherchent à résoudre leurs problèmes de sommeil par eux-mêmes via ces substances, alors que des alternatives prouvées existent. Les professionnels de santé sont ainsi encouragés à aborder conjointement les questions de sommeil et de consommation de substances chez cette tranche d’âge. Des conseils brefs peuvent aider à comprendre les effets à court terme, tels qu’un sommeil plus léger après la consommation d’alcool ou une vigilance fluctuante après le cannabis.
Les jeunes adultes souffrant de difficultés d’endormissement la plupart des nuits pendant plus de deux semaines devraient consulter un professionnel de santé pour discuter de la TCC-I, des stratégies de soulagement immédiat et d’un suivi adapté. Un dépistage de l’anxiété, de la dépression ou des troubles du rythme circadien pourrait également révéler des facteurs sous-jacents potentiellement corrigeables qui miment les symptômes de l’insomnie. Pour ceux qui consomment déjà des substances au coucher, une démarche de réduction des risques implique de diminuer la fréquence, d’éviter les mélanges et de maintenir des horaires de sommeil réguliers, y compris les week-ends. L’objectif est de passer d’un endormissement rapide mais peu qualitatif à un sommeil plus profond et réparateur, dans le cadre d’un plan de santé réaliste.
L’étude est publiée dans la revue JAMA Pédiatrie.