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La recherche ouvre de nouvelles voies pour traiter l’asthme et d’autres maladies inflammatoires

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Publié le 2025-10-23 18:35:00. Des chercheurs américains remettent en question des décennies de compréhension de l’asthme et d’autres maladies inflammatoires, suggérant que les coupables pourraient être des molécules différentes de celles initialement identifiées.

  • De nouvelles molécules, baptisées « pseudo-leucotriènes », pourraient être responsables de l’inflammation à l’origine de l’asthme.
  • Ces « pseudo-leucotriènes » sont générés par un processus d’oxydation différent de celui des leucotriènes traditionnellement accusés.
  • Cette découverte ouvre la voie à de nouvelles approches thérapeutiques pour l’asthme et potentiellement pour des maladies neurologiques inflammatoires.

Pendant longtemps, la communauté scientifique a attribué à des molécules appelées « leucotriènes » le rôle principal dans le déclenchement de l’asthme. Ces composés, libérés par les globules blancs en réponse à des irritants ou des allergènes, sont connus pour provoquer le rétrécissement des voies respiratoires, rendant la respiration difficile. Des médicaments existants visent d’ailleurs à bloquer la cascade moléculaire initiée par ces leucotriènes.

Cependant, une équipe de l’Université Case Western Reserve suggère que ces leucotriènes pourraient ne pas être les seuls, ni même les principaux, acteurs de cette inflammation. « Nous avons identifié des molécules de structure similaire, mais générées par une voie chimique entièrement différente dans le corps », explique Robert Salomon, chercheur principal et professeur de chimie. « Nous pensons que ces molécules, que nous nommons ‘pseudo-leucotriènes’, pourraient être les véritables instigatrices de la cascade inflammatoire à l’origine de la maladie. »

Les « flammes » de l’oxydation en cause

Si la formation des leucotriènes est régulée par des enzymes transformant les lipides (molécules grasses), les pseudo-leucotriènes découverts par le professeur Salomon et son équipe résultent de l’ajout d’oxygène aux lipides, un processus induit par des molécules instables appelées radicaux libres. « Le processus impliquant les radicaux libres s’apparente à une explosion ou à un incendie », décrit Robert Salomon, qui est également professeur d’ophtalmologie. « C’est comme lorsque l’oxygène réagit avec un combustible pour produire des flammes. Ce processus peut facilement devenir incontrôlable. »

Chez les personnes souffrant d’asthme, il pourrait y avoir un déficit en enzymes et en molécules antioxydantes, normalement chargées de neutraliser et de détruire ces radicaux libres. Les leucotriènes et leurs substituts agirait ensuite en se logeant dans un récepteur, à la manière d’une clé dans une serrure, déclenchant une série de réactions qui mènent au rétrécissement des bronches. Les traitements actuels, comme le Singulair, agissent en bloquant ce récepteur, empêchant ainsi l’action des leucotriènes.

« La véritable portée de cette découverte réside dans la possibilité de traiter ces maladies avec des médicaments qui ciblent le processus des radicaux libres ou qui le modèrent, plutôt que des médicaments qui bloquent simplement le récepteur », souligne le professeur Salomon. Cette nouvelle approche pourrait également avoir des implications pour le traitement d’autres maladies inflammatoires, y compris des affections neurologiques telles que la maladie de Parkinson et la maladie d’Alzheimer.

L’inflammation : un mécanisme à double tranchant

Il est important de noter que toute inflammation n’est pas néfaste. Le corps humain utilise l’inflammation pour diriger les globules blancs vers les zones blessées afin de favoriser la guérison, et ce processus joue également un rôle dans la mémoire et le développement.

Actuellement, certains médicaments initialement conçus pour l’asthme sont utilisés, bien que hors AMM (Autorisation de Mise sur le Marché), pour traiter des maladies neurologiques. Cependant, ces traitements pourraient potentiellement interférer avec les effets bénéfiques des leucotriènes.

« Si les molécules responsables du problème ne sont pas les leucotriènes, mais ces autres composés », précise Robert Salomon, « un traitement plus approprié consisterait simplement à stopper la formation de ces nouvelles molécules, plutôt que de perturber un système potentiellement utile. »

L’étude et ses implications

Forts de décennies d’expérience dans l’étude de l’oxydation des lipides et de leur intuition chimique, Salomon et son équipe ont postulé l’existence des pseudo-leucotriènes. Ils ont ensuite réussi à synthétiser ces molécules en laboratoire afin de développer des méthodes pour les détecter.

L’étude a porté sur des échantillons d’urine de patients atteints d’asthme, qu’il soit léger ou sévère, comparés à des échantillons provenant de personnes non malades. Les chercheurs ont constaté que les pseudo-leucotriènes étaient non seulement présents dans l’urine des patients asthmatiques, mais que leur concentration était directement corrélée à la gravité de la maladie. Les personnes atteintes d’asthme sévère, voire léger, présentaient des niveaux quatre à cinq fois plus élevés que les participants témoins.

Les chercheurs suggèrent que ces pseudo-leucotriènes pourraient constituer un nouveau biomarqueur pour évaluer la gravité de la maladie et suivre l’efficacité des traitements. Ils prévoient d’étendre leurs recherches pour déterminer si ces molécules sont également impliquées dans d’autres affections respiratoires, comme le virus respiratoire syncytial (VRS) et la bronchiolite chez les nourrissons, ainsi que dans la maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC).

Les National Institutes of Health des États-Unis ont soutenu cette recherche, dont les résultats préliminaires sont disponibles en ligne avant publication dans le Journal d’allergie et d’immunologie clinique.

Parmi les collaborateurs de cette étude figuraient Mikhail Linetsky (professeur-chercheur en chimie) et Masaru Miyagi (professeur de pharmacologie) de la Case Western Reserve School of Medicine, ainsi que des étudiants diplômés. À l’Université de Tolède, Sailaja Paruchuri (professeur de physiologie et pharmacologie) et Lakshminarayan Teegala (professeur adjoint de physiologie et pharmacologie) ont participé. Au Cleveland Clinic Children’s Hospital, Fariba Rezaee (professeure associée de pédiatrie et médecin membre du Center for Pulmonary Medicine) a également contribué.

Source :

Référence du journal :

Liu, S.-Y., et al. (2025). Radical-induced lipid oxidation produces a torrent of lipid-derived leucotriene-like agonists in severe asthma. Journal of Allergy and Clinical Immunology. doi.org/10.1016/j.jaci.2025.09.027

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