L’inquiétude monte aux États-Unis quant aux dangers du cancer liés à la consommation d’alcool. Désormais, plus de la moitié des Américains reconnaissent que boire régulièrement augmente le risque de développer cette maladie, un net recul par rapport à l’automne dernier, selon une étude de l’Annenberg Public Policy Center (APPC) de l’Université de Pennsylvanie. Cette prise de conscience accrue coïncide avec la diffusion récente d’alertes sanitaires officielles.
L’enquête, menée entre le 30 janvier et le 10 février 2025 auprès de plus de 1 700 adultes américains, révèle que 56 % des personnes interrogées estiment que la consommation régulière d’alcool accroît le risque de cancer à long terme. Un chiffre en forte hausse par rapport aux 40 % enregistrés en septembre 2024. Parallèlement, le pourcentage de ceux qui pensent que l’alcool n’a aucun impact sur ce risque diminue (16 % contre 20 %), tout comme celui des personnes ne sachant pas répondre (26 % contre 40 %).
Cette évolution s’inscrit dans le contexte de la publication, le 3 janvier 2025, d’un avis du chirurgien général américain, le Dr Vivek Murthy. Ce dernier recommandait notamment de faire figurer sur les bouteilles d’alcool un avertissement stipulant que leur consommation augmente le risque d’au moins sept types de cancer, dont le cancer du sein, du côlon et du foie. Bien que cet avertissement n’ait pas été le seul rapport récent sur le sujet, il semble avoir eu un impact significatif sur la perception du public.
Près de trois personnes sur dix (29 %) ayant lu ou entendu parler de rapports récents sur l’alcool et la santé se disent désormais moins enclines à accepter un verre lors d’une occasion sociale. « Nos données suggèrent que la synthèse scientifique du Surgeon General, démontrant que la consommation d’alcool augmente le risque de cancer, a gagné du terrain », a commenté Kathleen Hall Jamieson, directrice de l’APPC. « L’intervention du Surgeon General rappelle que ce que les responsables de la santé communiquent sur la science peut influencer les comportements. »
Plus largement, 48 % des répondants affirment avoir été exposés à au moins un rapport sur l’impact de l’alcool sur la santé. Parmi eux, 46 % identifient spécifiquement le rapport du Surgeon General, bien qu’une proportion similaire (44 %) n’ait pas su préciser la source de leur information. D’autres rapports ont pourtant été publiés ces derniers mois, mais semblent avoir eu moins de retentissement médiatique et public.
En décembre 2024, les Académies nationales des sciences, de l’ingénierie et de la médecine (NASEM) ont examiné les liens entre consommation modérée d’alcool et divers impacts sur la santé, y compris le cancer. Si ce rapport confirme un risque accru de cancer du sein, il met également en balance des effets positifs et négatifs sur d’autres pathologies. Un autre rapport fédéral, publié le 14 janvier 2025 par la Substance Abuse and Mental Health Services Administration, a rappelé que même une consommation modérée d’alcool présentait des risques pour la santé, notamment des maladies du foie, des cancers et des blessures.
Concernant la définition de la consommation modérée, fixée à un verre par jour pour les femmes et jusqu’à deux pour les hommes, l’enquête révèle que près de la moitié des personnes ayant lu ou entendu parler d’un rapport estiment que celui-ci indique des effets nocifs (47 %). Un quart (25 %) considère que les effets sont à la fois nocifs et positifs, tandis qu’une personne sur cinq (20 %) reste incertaine.
Malgré la prise de conscience accrue, le rapport de l’APPC souligne que 61 % des personnes interrogées déclarent que ces informations n’influencent pas leur décision d’accepter ou non un verre lors d’une occasion sociale. Seuls 29 % se disent moins enclins à boire, et un faible pourcentage (9 %) affirme au contraire être plus susceptible d’accepter une proposition. Parmi ce dernier groupe, la majorité (73 %) se dit également plus susceptible d’accepter un second verre.
L’enquête ASAPH (Annenberg Science and Public Health Knowledge) de l’APPC s’est appuyée sur un panel représentatif de 1 716 adultes américains. Les données ont été collectées entre le 30 janvier et le 10 février 2025. La marge d’erreur d’échantillonnage est de ± 3,4 points de pourcentage au niveau de confiance de 95 %. L’équipe de recherche comprenait, outre Kathleen Hall Jamieson, Laura A. Gibson, Shawn Patterson Jr., Patrick E. Jamieson et Ken Winneg.