Publié le 2025-11-03 11:14:00. Une étude récente met en lumière les liens complexes entre les troubles alimentaires, l’insomnie, les troubles de l’humeur et le fonctionnement de la mémoire chez de jeunes femmes. Les résultats soulignent des profils distincts selon les pathologies, avec des corrélations significatives entre ces différentes sphères psychologiques.
- L’insomnie et les symptômes affectifs (dépression, anxiété) sont particulièrement marqués chez les patientes atteintes de boulimie nerveuse (BN) et d’anorexie nerveuse (AN), dépassant significativement ceux des témoins sains.
- Le fonctionnement de la mémoire est altéré, notamment chez les patientes souffrant de BN et d’AN, avec des difficultés rapportées dans le rappel et l’oubli.
- L’anxiété et le stress apparaissent comme les principaux facteurs prédictifs de la gravité des troubles alimentaires, tandis que la dépression et certains aspects cognitifs contribuent également de manière significative.
Des profils distincts de symptômes
L’étude a analysé les caractéristiques sociodémographiques de différentes cohortes de participantes. Aucune différence significative n’a été constatée concernant l’âge moyen entre les groupes. En revanche, l’indice de masse corporelle (IMC) variait comme attendu : les groupes atteints d’anorexie nerveuse (AN) et de boulimie nerveuse (BN) présentaient un IMC inférieur, tandis que le groupe souffrant de crises de boulimie et d’excès de poids (BED) montrait un IMC plus élevé que les témoins sains. Toutes les participantes étaient des femmes. Le tabagisme et la consommation d’alcool étaient plus fréquents chez les femmes du groupe BED.
Les comparaisons effectuées à l’aide de différentes échelles psychométriques (Échelle d’insomnie de Bergen – BIS, Échelle d’anxiété et de dépression DASS-21, Questionnaire sur le fonctionnement de la mémoire – MFQ, Questionnaire d’examen des troubles alimentaires – EDE-Q) ont révélé des différences notables.
Insomnie et humeur : un fardeau lourd pour certaines
La sévérité de l’insomnie était la plus élevée chez les patientes atteintes de BN, suivies par celles atteintes d’AN, puis par le groupe BED. Ces trois groupes présentaient des scores d’insomnie significativement plus élevés que le groupe de contrôle. De même, le groupe BN cumulait les symptômes les plus sévères de dépression, d’anxiété et de stress, dépassant là encore les témoins sains. Ces troubles affectifs étaient plus marqués chez les patientes BN que chez celles atteintes d’AN et de BED.
Fonctionnement de la mémoire : une perception altérée
Le fonctionnement global de la mémoire, tel que perçu par les participantes, était le moins bon chez les patientes BN et AN, et le meilleur chez les témoins sains. Le groupe BED se situait en position intermédiaire. Cette tendance se retrouvait dans les différents sous-domaines de la mémoire évalués.
Troubles alimentaires : des comportements variés
Les scores globaux de l’EDE-Q, reflétant la psychopathologie des troubles alimentaires, étaient les plus élevés chez les patientes BN, suivies par les AN, puis le groupe BED, tous étant supérieurs aux témoins sains. Plus spécifiquement, les groupes AN et BN manifestaient davantage de préoccupations liées au contrôle de l’alimentation, à l’apparence corporelle et au poids, tandis que le groupe BED présentait les scores les plus élevés en ce qui concerne les épisodes de frénésie alimentaire.
Les interconnexions entre les symptômes
Des analyses de corrélation ont exploré les liens entre ces différents symptômes au sein de chaque groupe. Chez les patientes atteintes d’anorexie nerveuse (AN), une forte interdépendance entre l’anxiété et le stress a été observée, ces deux symptômes étant également fortement corrélés à la sévérité globale des troubles alimentaires. La dépression montrait aussi une corrélation positive avec la sévérité des troubles alimentaires, bien que moins marquée que pour l’anxiété et le stress. Le fonctionnement de la mémoire était modérément associé à l’anxiété, au stress et à la sévérité des troubles alimentaires.
Dans le groupe souffrant de troubles alimentaires (incluant AN, BN et BED), une analyse de régression linéaire a révélé que l’insomnie, la dépression, l’anxiété et certains aspects du fonctionnement de la mémoire (notamment la capacité de rappel spontané) étaient des prédicteurs significatifs de la sévérité globale des troubles alimentaires. Ces résultats suggèrent que la diminution de l’utilisation de stratégies mnésiques, en particulier le rappel spontané, est fortement liée à la détresse affective et aux comportements alimentaires désordonnés.