Publié le 7 février 2026 22:41:00. L’avenir des grands projets d’infrastructure péruviens, notamment la Nouvelle Autoroute Centrale et l’Autoroute Santa Rosa, est incertain après des accusations de corruption et une réévaluation des coûts, menaçant des investissements massifs et la coopération avec la France.
- Provías Nacional a annulé son contrat d’assistance technique avec PMO Vías, une entreprise impliquée dans des controverses de corruption, mais assure que l’accord bilatéral avec la France reste en vigueur.
- Le gouvernement péruvien réexamine les coûts et les modalités de financement de ces mégaprojets, face à une pression budgétaire croissante.
- PMO Vías conteste la décision de Provías Nacional, affirmant qu’elle met en péril la stabilité des engagements pris et le bon déroulement des travaux.
Une onde de choc a traversé le secteur des infrastructures péruviennes ce jeudi, suite à l’annonce d’une possible rupture unilatérale de l’accord de coopération avec la France concernant la construction de la Nouvelle Autoroute Centrale et de l’ Autoroute Santa Rosa. Provías Nacional, l’agence gouvernementale chargée des projets routiers, a déclaré avoir mis fin à son contrat d’assistance technique avec PMO Vías, mais a rapidement cherché à rassurer en affirmant que l’accord intergouvernemental avec la France restait valide.
Selon des sources proches du dossier, l’Exécutif péruvien aurait décidé de revoir en profondeur ces accords en raison d’une augmentation inattendue des coûts et de difficultés à trouver un financement adéquat. Cette décision intervient dans un contexte de vigilance accrue du ministère de l’Économie et des Finances (MEF), qui s’inquiète de l’impact budgétaire de projets jugés trop ambitieux.
La crise a été déclenchée par une lettre officielle de Provías Nacional notifiant l’annulation définitive du contrat avec la société EGIS, responsable de l’assistance technique pour ces travaux, notamment le pont d’accès au nouvel aéroport Jorge Chávez. Cependant, Provías Nacional a ensuite nuancé cette annonce, précisant que la rupture ne concernait que l’assistance technique privée et non l’accord bilatéral avec la France.
Clarification de Provías Nacional
La directrice exécutive de Provías Nacional, Claudia Dávila Moscoso, a clarifié la situation lors d’une interview à RPA, expliquant que la décision portait sur la résiliation du contrat avec l’entreprise EGIS, qui fournissait une assistance technique via le bureau PMO Vías. Elle a souligné que cette entreprise ne représente pas le gouvernement français et n’est pas l’exécutant des travaux.
Selon Mme Dávila Moscoso, cette mesure fait suite à une alerte du Bureau du Médiateur concernant des sanctions et des disqualifications imposées à EGIS par des organisations internationales telles que la Banque mondiale et la Banque interaméricaine de développement, en raison de pratiques frauduleuses et de corruption.
« Ce qui a été résolu, c’est le contrat avec cette entreprise EGIS, puisqu’elle a effectivement une présence mondiale »,
Claudia Dávila Moscoso, directrice exécutive de Provías Nacional
Elle a ajouté que l’ambassade de France avait été sollicitée pour proposer une autre entreprise disposant des qualifications techniques et de l’éthique nécessaires pour mener à bien ces projets.
Un document officiel de Provías Nacional, daté du 3 février dernier et signé par Mme Dávila Moscoso, confirme que la rupture du contrat avec PMO Vías n’était pas arbitraire, mais motivée par des constatations de corruption et de pratiques illégales au niveau international.
La position de PMO Vías
PMO Vías a publié une déclaration contestant fermement la version de Provías Nacional, affirmant que l’agence gouvernementale a bien décidé de rompre unilatéralement l’accord de gouvernement à gouvernement signé en mai 2021.
Selon PMO Vías, cette décision est juridiquement infondée, car elle repose sur des événements antérieurs à la signature de l’accord et survenus dans des pays autres que le Pérou, sans qu’il existe de décisions judiciaires ou arbitrales à ce sujet.
« Cette action de la Provías Nacional met en danger la stabilité des engagements établis entre les parties et le travail commun depuis près de cinq ans »,
PMO Vías, dans un communiqué
L’entreprise a rejeté toute accusation de corruption et s’est réservé le droit de saisir les instances nationales et internationales pour défendre ses intérêts. Elle estime que cette décision menace le développement de projets clés au moment où les mégaprojets sont sur le point d’être attribués.
Contexte économique et avenir des mégaprojets
Cette controverse intervient dans un contexte de préoccupations fiscales croissantes. La ministre de l’Économie et des Finances, Denisse Miralles, a récemment souligné que le coût total du portefeuille de projets financés par le biais d’accords de gouvernement à gouvernement représente 8,9 % du produit intérieur brut du Pérou.
La Nouvelle Autoroute Centrale à elle seule est estimée à environ 24 milliards de soles (environ 6,3 milliards d’euros), un montant que le gouvernement cherche à financer par de nouveaux mécanismes, tels que les partenariats public-privé, afin de réduire sa dépendance aux ressources publiques.
Malgré cette réévaluation financière, Provías Nacional assure que le départ d’EGIS n’aura pas d’impact sur le calendrier ni sur l’exécution des projets en cours. L’agence souligne que les contrats pour des travaux tels que l’Autoroute Santa Rosa ont été signés avec d’autres entreprises internationales, sans l’implication de PMO Vías, et que les flux d’investissement et les délais fixés ne devraient donc pas être affectés par cette crise de confiance.