Publié le 27 décembre 2025. Une nouvelle étude révèle le rôle clé d’une protéine, IRF7, dans le développement de l’athérosclérose, ouvrant la voie à de potentielles thérapies ciblant directement la paroi des artères pour prévenir les crises cardiaques et les accidents vasculaires cérébraux.
- Des chercheurs ont identifié IRF7 comme un facteur clé qui modifie le comportement des cellules musculaires lisses vasculaires, les transformant en cellules inflammatoires.
- Cette transformation accélère la progression de la plaque d’athérosclérose et augmente le risque de rupture, conduisant à des événements cardiovasculaires.
- L’inhibition d’IRF7 chez des souris a permis de réduire la taille des plaques, de stabiliser leur structure et de diminuer l’inflammation sans affecter le taux de cholestérol.
L’athérosclérose, principale cause de crises cardiaques et d’accidents vasculaires cérébraux, est désormais reconnue comme une maladie inflammatoire chronique, et non plus simplement comme un dépôt de cholestérol. Si les cellules immunitaires, notamment les macrophages, ont été largement étudiées, de nouvelles recherches mettent en lumière le rôle central des cellules musculaires lisses vasculaires dans le développement des plaques. Ces cellules présentent une capacité d’adaptation remarquable, pouvant soit stabiliser la plaque, soit contribuer à l’inflammation et à la dégradation des tissus. Cependant, les mécanismes moléculaires qui déterminent cette orientation restaient jusqu’à présent mal compris.
Une équipe de chercheurs de l’Université médicale navale et de plusieurs institutions partenaires a identifié un facteur de transcription lié au système immunitaire, IRF7 (Interferon Regulatory Factor 7), comme un acteur majeur dans ce processus. Leur étude, publiée dans la revue Precision Clinical Medicine (https://doi.org/10.1093/pcmedi/pbaf039), démontre qu’IRF7 induit la transformation des cellules musculaires lisses en cellules inflammatoires de type macrophage au sein des plaques artérielles. Cette transition accélère la progression de la maladie et fragilise les plaques, augmentant ainsi le risque de rupture et d’événements cardiovasculaires.
Pour parvenir à ces conclusions, les chercheurs ont combiné le séquençage de l’ARN unicellulaire avec des modèles de traçage de lignée cellulaire, permettant de cartographier l’évolution des cellules musculaires lisses au cours du développement de la plaque. Leurs analyses ont révélé que ces cellules ne suivent pas un seul chemin de différenciation, mais divergent en différents états, certains ressemblant à des macrophages. Une sous-population spécifique s’est avérée particulièrement pro-inflammatoire et s’étendait au fur et à mesure de la progression de la maladie.
L’analyse du réseau de régulation génique a permis d’identifier IRF7 comme le principal régulateur transcriptionnel contrôlant cette transition pathogène. La modélisation informatique a prédit que la suppression d’IRF7 éloignerait les cellules musculaires lisses de l’état inflammatoire. Ces prédictions ont été confirmées par des expériences sur des souris, chez lesquelles l’inhibition spécifique d’Irf7 dans les muscles lisses a conduit à des plaques d’athérosclérose plus petites, contenant moins de tissus lipidiques et nécrotiques, et présentant des coiffes fibreuses plus épaisses et riches en collagène, signes d’une stabilité accrue.
Il est important de souligner que les effets bénéfiques de l’inhibition d’IRF7 ont été observés sans modification des taux de lipides sanguins, ce qui suggère un rôle direct de cette protéine au sein de la paroi vasculaire. L’analyse des données transcriptomiques issues de plaques humaines a corroboré ces résultats, montrant une expression élevée d’IRF7 dans les lésions instables et avancées, où elle était fortement corrélée à l’accumulation de macrophages et à l’inflammation.
« Nos résultats remettent en question l’idée reçue selon laquelle les cellules musculaires lisses sont de simples composants structurels passifs des plaques athéroscléreuses »,
Un des auteurs principaux de l’étude
« Nous montrons que ces cellules peuvent activement acquérir des propriétés inflammatoires sous le contrôle d’IRF7, contribuant directement à la vulnérabilité des plaques. En identifiant IRF7 comme un régulateur central de ce processus, nous fournissons une explication mécaniste plus claire de la manière dont l’inflammation chronique se développe dans la paroi vasculaire et pourquoi certaines plaques sont plus susceptibles de se rompre que d’autres. »
Les traitements actuels contre l’athérosclérose se concentrent principalement sur la réduction du cholestérol, mais de nombreux patients restent à risque en raison d’une inflammation persistante de la plaque. L’identification d’IRF7 comme un moteur de la reprogrammation inflammatoire des cellules musculaires lisses ouvre de nouvelles perspectives thérapeutiques, axées sur la paroi vasculaire elle-même. Cibler IRF7 ou les voies en aval pourrait empêcher les cellules musculaires lisses d’adopter un état inflammatoire nocif, stabilisant ainsi les plaques sans perturber le métabolisme lipidique ou la réponse immunitaire. Ces stratégies pourraient compléter les traitements existants et réduire le risque résiduel de crise cardiaque et d’accident vasculaire cérébral lié à la rupture de la plaque.
Source:
Référence du journal :
Cai, R., et coll. (2025) IRF7 orchestre le changement de phénotype inadapté des cellules musculaires lisses dans l’athérosclérose. Precision Clinical Medicine. DOI : 10.1093/pcmedi/pbaf039. https://academic.oup.com/pcm/article/9/1/pbaf039/8405692