Publié le 10 février 2026 à 03h51. Des tests génétiques commercialisés auprès de futurs parents promettent de sélectionner des embryons pour des caractéristiques comme l’intelligence ou la taille, mais les experts mettent en garde contre leur manque de fiabilité et les risques éthiques qu’ils posent.
- Des entreprises proposent des tests génétiques pour évaluer le « potentiel » des embryons, allant au-delà du dépistage des maladies héréditaires.
- La recherche démontre que ces prédictions sont extrêmement incertaines et que les avantages potentiels sont minimes, tandis que les risques pour les individus et la société sont réels.
- Des préoccupations éthiques importantes sont soulevées, notamment le risque de discrimination et d’aggravation des inégalités sociales.
De plus en plus de futurs parents sont tentés par des tests génétiques qui leur promettent de choisir l’embryon le plus susceptible de donner naissance à un enfant intelligent, grand ou en bonne santé. Ces tests, encore peu répandus en Australie, sont proposés par plusieurs entreprises aux États-Unis, comme Génomique du noyau, qui a lancé une campagne publicitaire à New York avec le slogan « Have your best baby » (« Ayez le meilleur bébé »). La société affirme pouvoir sélectionner jusqu’à 2 000 caractères sur les embryons, incluant la couleur des yeux, le quotient intellectuel (QI), la calvitie et la prédisposition à des maladies comme Alzheimer ou les maladies cardiaques.
Jusqu’à présent, les tests génétiques préimplantaires se concentraient sur la détection de maladies héréditaires monogéniques, c’est-à-dire liées à un seul gène, comme la mucoviscidose. Ces nouveaux tests, en revanche, tentent de prédire des caractères complexes influencés par des milliers de gènes interagissant entre eux. Ils génèrent des « scores de risque polygénique » pour chaque embryon, évaluant le risque théorique de développer certaines maladies ou de présenter des traits spécifiques.
Cependant, une étude menée par un groupe de chercheurs, dont les résultats ont été publiés, remet en question la validité de ces prédictions. Les chercheurs ont évalué ces scores de risque en utilisant les mêmes critères que ceux appliqués à tout test de dépistage médical et ont conclu qu’ils sont extrêmement incertains. Il est impossible d’évaluer les bénéfices de la prédiction de maladies à apparition tardive avant des décennies, et les modélisations mathématiques suggèrent des avantages infimes, de l’ordre de quelques points de QI ou de 1 à 3 centimètres de taille.
Les scientifiques soulignent que ces scores sont basés sur des études menées sur des populations d’aujourd’hui, qui ont grandi dans des environnements très différents de ceux des générations futures. Les facteurs liés à l’éducation, à la nutrition, aux soins de santé et au mode de vie ont un impact considérable sur le développement d’un enfant, et ces éléments ne peuvent pas être pris en compte par les tests génétiques. Choisir un embryon en fonction d’un score génétique légèrement supérieur pour le QI, tout en ignorant ces influences avérées, revient à prédire la hauteur d’une plante uniquement à partir de sa graine, sans tenir compte du sol, de la lumière du soleil ou de l’eau.
De plus, le phénomène de la pléiotropie, où un seul gène peut influencer plusieurs caractères, ajoute une complexité supplémentaire. Par exemple, la sélection d’un embryon avec un potentiel éducatif plus élevé pourrait involontairement augmenter le risque de trouble bipolaire, comme le suggèrent certaines recherches.
En Australie, les directives du National Health and Medical Research Council recommandent les tests génétiques préimplantaires uniquement pour prévenir des maladies génétiques graves. L’utilisation de scores de risque polygénique pour la sélection d’embryons ne correspond pas à ces directives et se situe dans une zone grise réglementaire. Néanmoins, des futurs parents australiens peuvent envoyer des échantillons à l’étranger pour analyse.
Au-delà des questions scientifiques, des préoccupations éthiques majeures sont soulevées. Cette technologie rappelle les mouvements eugénistes du passé, qui ont conduit à la stérilisation forcée et aux atrocités nazies. La sélection d’embryons en fonction de caractéristiques comme l’intelligence ou la couleur de la peau risque d’enraciner la discrimination et d’aggraver les inégalités sociales.
Les experts mettent également en garde contre la paralysie décisionnelle que peuvent engendrer ces tests. Face à des scores de risque polygénique pour des dizaines de conditions et de caractéristiques, les parents peuvent se retrouver face à des choix impossibles, remettant en question leurs décisions pendant des années ou renonçant à transférer un embryon.
Il existe une ironie cruelle : les couples qui recourent à la fécondation in vitro (FIV) uniquement pour tester le score de risque polygénique, et non pour des problèmes de fertilité, réduisent leurs chances d’avoir un bébé en bonne santé. La FIV comporte des risques, tels qu’un risque accru d’hypertension artérielle pendant la grossesse et un accouchement prématuré. De plus, la biopsie d’un embryon pour analyser son ADN peut également affecter l’issue de la grossesse, comme le montrent certaines études.
En conclusion, les experts soulignent que le « meilleur » enfant n’est pas celui qui a le score génétique le plus élevé, mais un enfant né dans une famille aimante, ayant accès à une bonne nutrition, à l’éducation et aux soins de santé. Ces facteurs environnementaux ont bien plus d’influence sur le développement d’un enfant que de minuscules variations de l’ADN.
Je tiens à remercier le Dr Genia Rozen de l’Université de Melbourne, qui a co-écrit notre recherche et a contribué à cet article.