Publié le 10 février 2026 07:54:00. Une nouvelle étude révèle comment le cancer de l’ovaire, particulièrement agressif, se propage rapidement dans la cavité abdominale en exploitant un mécanisme insoupçonné : le recrutement de cellules protectrices normalement bénéfiques.
- Les cellules cancéreuses de l’ovaire ne se propagent pas seules, mais en s’associant à des cellules mésothéliales.
- Cette collaboration permet aux cellules tumorales de pénétrer plus facilement dans les tissus environnants et de résister à la chimiothérapie.
- Bloquer ce processus de recrutement pourrait ouvrir la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques.
Le cancer de l’ovaire est la forme de cancer gynécologique la plus mortelle, et sa particularité réside dans le fait que le diagnostic est souvent posé tardivement, une fois que la maladie s’est déjà étendue. Une équipe de chercheurs de l’Université de Nagoya, au Japon, a récemment mis en lumière un mécanisme clé expliquant cette progression rapide, publié dans la revue Science Advances.
Contrairement à d’autres cancers, comme ceux du sein ou du poumon, les cellules cancéreuses de l’ovaire ne se propagent pas via le système sanguin. Elles se détachent de la tumeur initiale et se retrouvent dans le liquide abdominal, où elles sont entraînées par les mouvements naturels du corps et la respiration. Jusqu’à présent, on pensait qu’elles flottaient de manière isolée. Or, l’analyse de prélèvements de liquide abdominal chez des patientes atteintes de ce cancer a révélé une réalité surprenante : dans environ 60 % des cas, les cellules tumorales sont piégées au sein de structures sphériques hybrides, formées en collaboration avec des cellules mésothéliales.
Les cellules mésothéliales sont des cellules qui tapissent normalement la cavité abdominale et qui jouent un rôle protecteur. L’étude montre que les cellules cancéreuses les manipulent en libérant une protéine, le TGF-β1. Cette protéine stimule les cellules mésothéliales, les transformant et les dotant de prolongements pointus, appelés invadopodes, capables de percer les tissus environnants. Ainsi, les cellules mésothéliales agissent comme des éclaireuses, créant des voies d’accès pour les cellules cancéreuses, qui n’ont pas besoin de développer elles-mêmes des capacités invasives accrues.
Les chercheurs ont pu observer ce processus en temps réel grâce à une microscopie de pointe et l’ont confirmé par des expériences sur des modèles animaux ainsi que par des analyses génétiques approfondies. Ils ont également constaté que ces structures hybrides sont plus résistantes aux traitements de chimiothérapie et qu’elles envahissent les tissus plus rapidement une fois qu’elles atteignent la surface des organes abdominaux.
Le Dr Kaname Uno, chercheur à la faculté de médecine de l’Université de Nagoya et auteur principal de l’étude, explique :
« Les cellules cancéreuses n’ont pas nécessairement besoin de devenir plus invasives. Elles manipulent les cellules mésothéliales pour envahir les tissus. Les cellules cancéreuses subissent des changements génétiques et moléculaires minimes et se déplacent simplement à travers les ouvertures créées par les cellules mésothéliales. »
Le Dr Uno, qui a exercé en tant que gynécologue pendant huit ans avant de se consacrer à la recherche, a été particulièrement marqué par le cas d’une patiente diagnostiquée à un stade avancé de la maladie alors que ses examens de dépistage étaient normaux quelques mois auparavant. Cette expérience l’a motivé à comprendre pourquoi le cancer de l’ovaire progresse si rapidement.
Cette découverte ouvre de nouvelles perspectives thérapeutiques. Les traitements actuels se concentrent principalement sur les cellules tumorales, sans tenir compte du rôle joué par ces cellules « auxiliaires ». Les chercheurs suggèrent que bloquer le signal TGF-β1 ou empêcher la formation de ces agrégats cellulaires pourrait constituer une stratégie prometteuse. De plus, le suivi de ces structures dans le liquide abdominal pourrait permettre de mieux évaluer l’évolution de la maladie et la réponse aux traitements.

Les cellules cancéreuses (rouges) s’attachent aux cellules mésothéliales (vertes) et forment des sphères hybrides qui pénètrent dans le tissu abdominal environnant. Crédit : Uno et al., Science Advances 2026

Les cellules mésothéliales colorées en rouge (flèche rouge) pénètrent en premier dans les tissus environnants et créent des voies d’accès pour les cellules cancéreuses. Les cellules cancéreuses marquées en vert (flèches blanches) les suivent à travers ces ouvertures. Crédit : Uno et al., Science Advances 2026