Publié le 12 février 2024 à 16h15. Le nouveau pacte européen sur l’asile suscite de vives critiques en Autriche, notamment de la part des autorités de la ville de Vienne qui craignent une surcharge financière et une répartition inégale des réfugiés.
- Les autorités viennoises dénoncent un manque d’implication des États et des municipalités dans l’élaboration du pacte.
- La répartition des réfugiés est jugée potentiellement inéquitable, avec un risque de surcharge pour certaines régions.
- Des organisations humanitaires et des associations mettent en garde contre une remise en question des principes fondamentaux de l’asile et des droits des migrants.
L’examen des plans nationaux de mise en œuvre du nouveau règlement d’asile européen (CEAS) s’est achevé jeudi, laissant derrière lui un concert de critiques. Outre les organisations humanitaires, la ville de Vienne s’élève contre les propositions actuelles, anticipant des coûts supplémentaires et une pression accrue sur ses services.
Le conseiller municipal chargé des affaires sociales, Pierre Hacker (SPÖ), a fustigé le ministre de l’Intérieur, estimant qu’il gaspillait une opportunité d’améliorer le système d’asile.
« Le pacte européen sur l’asile offre l’opportunité de faire certaines choses mieux que par le passé. Le ministre de l’Intérieur est sur le point de gaspiller cette opportunité. »
Pierre Hacker, conseiller municipal chargé des affaires sociales (SPÖ)
La principale critique porte sur le manque de consultation et d’implication des États et des municipalités dans le processus de réforme. Les résolutions des gouverneurs des États n’auraient pas été prises en compte, remettant en question le principe de partenariat entre le gouvernement fédéral et les régions. De plus, l’accord 15a, qui vise à uniformiser les soins de base aux réfugiés sur l’ensemble du territoire, est jugé insuffisant pour éviter les disparités régionales.
La conseillère municipale à l’intégration, Bettina Emmerling (Neos), salue l’instauration d’un ensemble de règles contraignantes au niveau européen, mais s’inquiète du transfert unilatéral de responsabilités financières du gouvernement fédéral vers les Länder, en particulier dans un contexte de tensions budgétaires.
Un autre point de friction concerne la répartition des réfugiés. Les autorités viennoises craignent que le gouvernement fédéral ne décide unilatéralement des lieux d’installation, sans tenir compte des capacités d’accueil locales. Cette approche pourrait aggraver les inégalités existantes et créer de nouvelles tensions.
Les changements proposés en matière de regroupement familial suscitent également de vives inquiétudes. La Croix-Rouge autrichienne a dénoncé la perspective de délais d’attente prolongés pour les familles, qualifiant cette situation d’« inhumaine » et de « privative de dignité ».
« Attendez maintenant plus longtemps pour pouvoir revoir ses parents. C’est inhumain et prive les familles de leur dignité. Maintenant seraient 5 000 procédures de retour au début après des mois de traitement. Cela prolongerait inutilement la séparation. »
Gerald Créateur, président de la Croix-Rouge autrichienne
La Diaconie Autriche a mis en garde contre une « rupture avec la tradition humanitaire autrichienne », soulignant que les valeurs fondamentales sur lesquelles le pays est fondé – dignité humaine, protection de la vie, liberté et État de droit – sont menacées par le projet de loi. Maria Katharina Moser, directrice de la Diaconie, a dénoncé la limitation du nombre de regroupements familiaux, la jugeant comme une ingérence massive dans le droit à la vie familiale.
Amnesty International Autriche a également exprimé son inquiétude, soulignant que les réfugiés reconnus pourraient être séparés de leur famille pendant une période maximale de trois ans.
Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a également analysé le projet et a exprimé des préoccupations concernant les changements apportés à la procédure frontalière, notamment la suppression de l’intervention du HCR dans les procédures aéroportuaires et l’absence de conseils juridiques obligatoires. Le HCR recommande « de toute urgence » de rétablir les conseils juridiques obligatoires dans la procédure à la frontière.
La Conférence de l’Association autrichienne du barreau (ÖRAK) et l’ÖGB (chambre syndicale autrichienne) ont également exprimé leurs réserves, critiquant notamment les réductions des services de base et le recul des droits de l’homme. L’Église évangélique a également dénoncé le projet de loi, le qualifiant de « tournant profond dans la politique autrichienne en matière de réfugiés et de migration ».
En réponse à ces critiques, le porte-parole du Parti populaire en matière de sécurité au Conseil national, Ernst Gödl, a souligné que le gouvernement fédéral et le ministre de l’Intérieur Gerhard Karner (ÖVP) avaient déjà pris des mesures pour alléger la charge du système d’asile. Il a justifié la suspension du regroupement familial, notamment en raison de la pression exercée sur les services viennois, qui ont dû recourir à des conteneurs pour accueillir les demandeurs d’asile.