Home Santé Gérard Araud – Pourquoi la chute du régime iranien n’est pas l’objectif de Trump

Gérard Araud – Pourquoi la chute du régime iranien n’est pas l’objectif de Trump

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La répression sanglante des manifestations en Iran coïncide avec une tentative américaine de négociation avec Téhéran, une situation paradoxale qui soulève des questions sur les véritables objectifs de Washington et les chances de succès de ces pourparlers.

Les forces de sécurité iraniennes ont une fois de plus réprimé avec une brutalité extrême les aspirations à la liberté de la population, exaspérée par l’autoritarisme, la corruption et l’incompétence du régime. Des dizaines de milliers d’Iraniens courageux auraient perdu la vie dans ces affrontements. Malgré son impopularité, le pouvoir iranien a démontré sa capacité à se maintenir en place par la force.

C’est dans ce contexte explosif que l’administration américaine a entamé des discussions avec Téhéran, visant à obtenir des restrictions strictes sur l’enrichissement d’uranium et le programme balistique iranien, ainsi qu’un arrêt de son soutien aux groupes armés régionaux, notamment le Hezbollah libanais et les Houthis au Yémen.

Pour faire pression, les États-Unis ont déployé une importante force navale et aérienne au Moyen-Orient, capable d’intervenir militairement contre un pays dont les défenses aériennes ont été affaiblies par des opérations israéliennes en juin dernier.

La haine légitime que suscite le régime iranien pourrait laisser espérer un échec des négociations et une intervention militaire américaine visant à le renverser. Cependant, cette perspective se heurte à des réalités complexes.

L’administration Trump, rappelle-t-on, n’a jamais affiché un intérêt particulier pour la promotion de la démocratie. Au contraire, elle s’est montrée réticente à l’idée d’un « changement de régime », citant les expériences désastreuses en Irak, en Libye et en Syrie, qui, selon elle, ont conduit au chaos, à la guerre civile et au terrorisme. La stabilité est, à ses yeux, une priorité.

L’Iran, avec ses 90 millions d’habitants, sa diversité ethnique et l’absence d’une alternative politique crédible, ne peut qu’être conscient de cette approche. Il est donc peu probable que Donald Trump s’engage dans une voie qui contredit ses analyses et ses convictions.

Le président américain avait initialement encouragé les Iraniens à manifester, laissant même entendre une possible intervention militaire, avant de revenir sur ses déclarations et de les abandonner à leur sort, reprenant les formulations officielles de son gouvernement.

Même en cas de volte-face idéologique de la part de Donald Trump, la mise en œuvre d’une intervention militaire s’avère difficile. Un déploiement de troupes au sol étant exclu, une campagne aérienne, quelle que soit son ampleur, aurait peu de chances de renverser un régime qui a déjà résisté à douze jours de frappes israéliennes précises et efficaces, démontrant ainsi sa résilience.

Il est probable que les bunkers et abris ont été reconstruits et renforcés, que les opposants ont été arrêtés ou exécutés, et que les dirigeants se sont dispersés à travers le pays. Les États-Unis seraient-ils capables de les traquer et d’affaiblir significativement les Gardiens de la Révolution, garants de la survie du régime ? Rien ne garantit que cela conduirait à l’instauration de la liberté. Une guerre ne se gagne pas uniquement par des moyens aériens, et le scénario le plus probable serait une série de bombardements qui ne feraient qu’aggraver les souffrances de la population.

Le refus de Donald Trump de s’engager dans un conflit militaire prolongé laisse plutôt présager une série de frappes limitées dans le temps et leur nombre. Il n’est même pas certain qu’il aille jusqu’à cette extrémité. Les monarchies du Golfe, qui ont accès à la Maison Blanche, s’y opposent par crainte de représailles de la part de l’Iran, leur voisin immédiat, et d’une éventuelle déstabilisation de la région, à l’image de la Syrie. Le président turc Erdogan partage également cette position. L’état-major américain, quant à lui, hésite à recommander une intervention sans objectif réaliste clairement défini. Israël, enfin, n’a pas oublié les tirs de missiles sur Tel-Aviv.

Donald Trump, malgré ses déclarations fracassantes, n’est pas un joueur imprudent. Il a besoin de la certitude d’une victoire rapide, sans pertes et avec des bénéfices concrets. Une attaque contre l’Iran ne répond pas à ces critères.

En revanche, rien n’empêche Téhéran de proposer un accord qui renouvelle, plus ou moins, les concessions qu’il avait acceptées en 2015 concernant son programme nucléaire. Le fait que Donald Trump ait dénoncé cet accord en 2018 ne l’empêcherait pas de le réadopter en 2026, sous une nouvelle forme. Le président américain a déjà réalisé des revirements plus spectaculaires…

Quoi qu’il en soit, que ce soit par des frappes plus ou moins intenses ou par un accord nucléaire, rien ne laisse présager, à court terme, la chute d’un régime certes affaibli, mais dont le renversement n’est ni l’objectif des Américains, ni peut-être même à leur portée.

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