L’œuvre de Virginia Woolf, Orlando, prend vie sur les planches du Teatro Studio Melato de Milan dans une adaptation théâtrale audacieuse. La pièce, portée par une performance intense d’Anna Della Rosa, explore les thèmes de l’identité, du temps et de l’amour à travers le récit singulier d’un protagoniste qui traverse les siècles et les genres.
L’histoire, initialement esquissée par Woolf dans son journal en octobre 1927 et achevée en mai 1928, suit le destin d’un jeune noble du XVIe siècle à qui l’on prédit de ne jamais vieillir. Ce don extraordinaire le propulse dans une succession d’aventures qui s’étendent sur des siècles, culminant en une transformation inattendue : un changement de sexe spontané. Woolf, figure féministe engagée, insufflait déjà ses convictions dans ses romans, sondant avec acuité les mystères de l’âme humaine et cherchant à briser les conventions narratives traditionnelles.
La pièce, mise en scène par Andrea De Rosa, s’appuie sur une nouvelle traduction du roman par Nadia Fusini, enrichie de passages tirés de la correspondance entre Woolf et Vita Sackville-West, sa compagne. Anna Della Rosa incarne Orlando avec une énergie captivante, passant d’une description initiale, fragmentée et introspective, à une expression physique et vocale de plus en plus électrique. Elle ne se contente pas d’interpréter les pensées du personnage, mais aussi de donner corps aux sensations du monde qui l’entoure, aux parfums, aux émotions, transformant le chêne central de la scène en un réceptacle de poésie.
« Tu me manques la vie… », lance-t-elle dans un appel désespéré, évoquant la solitude affective. La transition d’Orlando vers son identité féminine est présentée avec une légèreté naturelle, une célébration de l’amour sous toutes ses formes et de l’ambiguïté vitale. L’actrice module sa voix et son expression pour rendre crédibles les nuances du désir.
Le metteur en scène a choisi de se concentrer sur l’essentiel, en utilisant un décor minimaliste dominé par un chêne symbolique. Des feuilles, évoquant des pages d’écriture ou de poésie, tombent progressivement, recouvrant Orlando comme un cocon protecteur. La musique souligne les moments clés de l’existence du personnage, notamment la description poignante de la fonte des eaux de la Tamise, préfigurant le bouleversement émotionnel qui s’ensuit.
Orlando, produit par TPE-Teatro Piemonte Europa, avec les décors de Giuseppe Stellato, les lumières de Pasquale Mari, le son de GUP Alcaro et les costumes d’Ilaria Ariemme, est à découvrir au Teatro Studio Melato de Milan jusqu’au 22 février.