Publié le 20 février 2026 à 09h38. Face à l’incertitude quant à l’engagement américain envers la sécurité européenne, les pays riverains de la mer Baltique renforcent leur coopération militaire et leur surveillance maritime, offrant un modèle potentiel pour l’avenir de l’OTAN.
- Les nations baltes investissent dans des technologies de surveillance et des patrouilles maritimes pour contrer les menaces sous-marines et les activités suspectes.
- La crise au Groenland et les déclarations de Donald Trump ont mis en lumière les doutes sur la fiabilité de la protection américaine.
- Cette coopération régionale pourrait inspirer d’autres pays européens à prendre davantage de responsabilités en matière de sécurité.
L’adhésion des pays baltes à l’OTAN, initialement motivée par la crainte d’une Russie agressive, prend une tournure inattendue. L’allié le plus puissant, les États-Unis, apparaît désormais comme une source potentielle d’instabilité, notamment suite à la crise diplomatique autour du Groenland et aux remises en question de l’engagement américain envers la défense européenne. La Russie, quant à elle, continue de représenter une présence perturbatrice dans la région.
Conscients de leur vulnérabilité, les États baltes ont lancé une série d’initiatives pour sécuriser leurs eaux. Alors que Washington semble se désengager de ses responsabilités en matière de défense européenne, ces efforts pourraient servir de modèle pour l’avenir de l’Alliance atlantique.
En janvier, la Finlande a annoncé son intention de collaborer avec d’autres pays baltes pour créer un centre de surveillance maritime. Helsinki y voit un moyen d’accroître sa capacité d’intervention dans sa zone maritime et sa zone économique exclusive, une mesure jugée raisonnable face aux enjeux.
L’explosion des gazoducs Nord Stream 1 et 2 en septembre 2022, dans les zones économiques exclusives de la Suède et du Danemark, a pris la région par surprise. Si des experts avaient déjà alerté sur la vulnérabilité des infrastructures sous-marines, la complaisance avait fini par l’emporter. Le sabotage des Nord Stream, suivi de l’apparition de la « flotte fantôme » russe, conçue pour contourner les sanctions pétrolières, et la rupture mystérieuse de deux câbles et d’un pipeline en 2023, ont exacerbé les tensions.
Les États riveraux de la mer Baltique – à l’exception de la Russie – ont intensifié leur coopération. Face à la multiplication des incidents impliquant des câbles sous-marins menaçant l’approvisionnement énergétique et les communications internet, et à la présence quotidienne de navires fantômes, ils ont amélioré le partage d’informations et mis en place un outil d’intelligence artificielle baptisé Nordic Warden, destiné à détecter les anomalies autour des infrastructures sous-marines. Leurs marines et garde-côtes ont également renforcé leurs patrouilles et lancé des inspections de navires, une tâche complexe en raison du droit maritime international qui garantit la liberté de navigation.
Au début de l’année dernière, ils ont même créé un service conjoint de patrouille maritime pour assurer la protection des câbles et des pipelines de jour comme de nuit. Bien que cette patrouille, nommée Sentinelle Baltique, soit officiellement une initiative de l’OTAN, elle est mise en œuvre par les pays riverains eux-mêmes.
Pour Erkki Tori, conseiller à la sécurité nationale estonienne, 2023 a marqué un tournant. Il affirme que la « flotte fantôme » russe n’opère pas seulement en mer Baltique, mais également dans d’autres eaux. Il souligne que le droit maritime actuel, bien que contraignant, autorise certaines actions et que l’échange d’expériences avec d’autres pays est essentiel.
Cette même approche – agir dans le respect du droit international – s’applique à la protection des câbles et des pipelines sous-marins.
« Les mécanismes internationaux existants n’ont pas été conçus pour faire face à ce type de situation, mais nous essayons néanmoins d’agir dans le respect de l’État de droit »
Erkki Tori, conseiller à la sécurité nationale estonienne
Les initiatives prises par les pays de la mer Baltique semblent inspirer d’autres nations. La marine française a intercepté en janvier un pétrolier russe suspecté de naviguer sous pavillon frauduleux au large de l’Espagne et du Maroc. Il s’agissait de la deuxième intervention de ce type en quelques mois.
Les pays de la mer Baltique démontrent ainsi ce que les États membres de l’OTAN peuvent accomplir en travaillant ensemble et avec leurs voisins. Ceci est d’autant plus important que la capacité de l’Alliance à fonctionner est remise en question. Comme l’a déclaré la Première ministre danoise, Mette Frederiksen, l’OTAN cesserait d’exister si les États-Unis décidaient d’attaquer un autre pays membre.
Bien que Donald Trump puisse reconsidérer son approche vis-à-vis du Groenland (même si Mette Frederiksen reste prudente à ce sujet, comme elle l’a souligné lors de la Conférence de Munich sur la sécurité), la question de savoir si les États-Unis soutiendront leurs alliés européens en cas d’attaque, conformément à l’article 5 du traité de l’OTAN, reste ouverte. Trump avait déclaré en mars dernier :
« S’ils ne paient pas, je ne les défendrai pas »
Donald Trump
, faisant référence à ses alliés européens. Quelques mois plus tard, les États membres s’étaient engagés à consacrer 5 % de leur PIB à la défense et aux domaines connexes.
Les citoyens européens tirent leurs propres conclusions sur la nécessité de réinventer l’OTAN à l’ère d’un engagement militaire américain en déclin. En Suède, seulement un quart de la population estime que les États-Unis viendraient à son secours en cas d’attaque. Au Royaume-Uni, 51 % des personnes interrogées pensent qu’il est peu probable que les États-Unis interviennent pour défendre les États baltes en cas d’agression russe.
C’est pourquoi des initiatives comme la coopération maritime des pays de la mer Baltique sont cruciales. Elles démontrent que l’OTAN peut survivre et même prospérer à long terme. La formation de groupes plus restreints permet aux pays de l’OTAN de prendre en charge leur propre sécurité, indépendamment de l’OTAN et des États-Unis, sans pour autant affaiblir l’Alliance.
La coopération localisée observée entre les pays de la mer Baltique offre un aperçu de l’avenir de l’OTAN.
Elisabeth Braw est chercheuse principale au sein du groupe de réflexion Atlantic Council et auteure de Adieu la mondialisation : Le retour d’un monde divisé et le dilemme du défenseur : identifier et dissuader l’agression de la zone grise.