Home Divertissement Comment les arbres envahissants remodèlent le sol forestier et modifient l’occupation des amphibiens par des effets directs et indirects : le cas du jacquier – Biology News

Comment les arbres envahissants remodèlent le sol forestier et modifient l’occupation des amphibiens par des effets directs et indirects : le cas du jacquier – Biology News

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Publié le 21 février 2026 à 05:03:00. L’expansion rapide du jacquier, un arbre originaire d’Inde, transforme en profondeur les sols forestiers de l’Atlantique brésilien, avec des conséquences directes et indirectes sur les populations d’amphibiens qui y vivent. Une étude récente révèle comment cette espèce envahissante remodèle les écosystèmes et affecte la biodiversité.

  • La densité du jacquier réduit l’épaisseur de la litière de feuilles et la densité des arthropodes, modifiant ainsi l’habitat des amphibiens.
  • Trois espèces d’amphibiens réagissent différemment à la présence du jacquier, en fonction de leurs besoins écologiques spécifiques.
  • L’étude souligne l’importance de contrôler la propagation des espèces envahissantes pour préserver la biodiversité des forêts tropicales.

Dans un contexte mondial de plus en plus marqué par les invasions biologiques, une équipe de chercheurs s’est penchée sur l’impact d’un arbre qui, paradoxalement, est également apprécié pour ses fruits : le jacquier (Artocarpus heterophyllus). Largement répandu dans la forêt atlantique brésilienne, cet arbre envahissant ne se contente pas de modifier l’apparence des paysages forestiers, il agit également comme un agent de transformation silencieux du monde microscopique du sol.

La litière de feuilles, cette couche épaisse de matière organique qui recouvre le sol forestier, est un habitat vital pour de nombreuses créatures. Elle offre abri et nourriture à d’innombrables invertébrés et constitue un espace de vie essentiel pour les amphibiens qui dépendent d’environnements humides et abrités. Mais que se passe-t-il lorsque le jacquier s’installe en populations denses ? Simplifie-t-il cet habitat complexe ? Et quelles sont les conséquences pour les amphibiens qui y vivent ?

Pour répondre à ces questions, des chercheurs ont mené une étude approfondie dans la réserve biologique de Duas Bocas au Brésil. Ils ont installé 30 points d’échantillonnage le long de trois sentiers présentant différents niveaux de densité de jacquiers, avec quatre sous-quadrats par point. Ils ont méticuleusement mesuré la densité des jacquiers, la profondeur de la litière de feuilles et évalué la densité et la diversité des arthropodes en collectant des échantillons de litière et en les analysant en laboratoire. L’étude s’est également concentrée sur trois espèces d’amphibiens foliares aux stratégies écologiques distinctes : la crucifère Rhinella, une espèce répandue et tolérante ; Haddadus binotatus, qui dépend directement des microhabitats humides pour son développement ; et Proceratophrys schirchi, un prédateur embusqué associé aux forêts préservées.

Pendant 15 mois, des recherches nocturnes ont été menées à l’aide de techniques de type clôture pour enregistrer les données de présence des espèces. Les chercheurs ont ensuite utilisé des modèles statistiques sophistiqués – des modèles mixtes linéaires généralisés (GLMM), des modèles d’occupation et des modèles d’équations structurelles (SEM) – pour analyser les données et comprendre les relations complexes entre la densité du jacquier, les caractéristiques de l’habitat et la présence des amphibiens.

Les résultats de l’analyse révèlent que la densité du jacquier a un effet significatif sur la structure de la surface forestière. Plus précisément, une forte densité de jacquiers est associée à une litière de feuilles plus fine et à une diminution de la densité des arthropodes. Ces changements affectent différemment les trois espèces d’amphibiens étudiées. La crucifère Rhinella, espèce opportuniste, semble même bénéficier de la présence du jacquier, tandis que Haddadus binotatus, plus sensible aux perturbations, voit son habitat se réduire. Proceratophrys schirchi, quant à lui, est affecté indirectement par la diminution de la profondeur de la litière de feuilles et de la diversité des arthropodes, qui constituent sa source de nourriture.

La modélisation par équations structurelles a permis de confirmer que les effets de l’invasion du jacquier se propagent à travers des mécanismes structurels et trophiques, modifiant la structure du microhabitat et la disponibilité des proies. Ces résultats mettent en évidence l’importance des effets indirects et en cascade des invasions biologiques sur les communautés animales.

Cette étude souligne la nécessité de contrôler la propagation des espèces envahissantes comme le jacquier dans les zones forestières protégées. Elle met également en évidence l’importance de maintenir la quantité et la qualité de la litière de feuilles, ainsi que la complexité des microhabitats du sol forestier, pour préserver la stabilité des populations d’amphibiens et la résilience globale des écosystèmes tropicaux. Les résultats de cette recherche ont été publiés dans la revue Biological Invasions.

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