Une chercheuse catalane, pionnière dans le traitement des allergies médicamenteuses, brise les plafonds de verre à Harvard
Depuis les années 1990, la médecin et chercheuse Mariana Castells Guitart œuvre au sein de l’École de Médecine de Harvard aux États-Unis. Elle dirige notamment le Centre de Désensibilisation et d’Hypersensibilité aux Médicaments ainsi que le Centre de Mastocytose au sein du prestigieux hôpital Brigham and Women’s. Ses protocoles de désensibilisation ont profondément modifié la prise en charge des allergies aux médicaments, en particulier chez les patients atteints de cancer. Son travail sur la mastocytose a également contribué à de nouveaux diagnostics et traitements pour cette maladie rare.
Mariana Castells préfère parler de «double X » plutôt que de « femmes ». Elle explique que cette terminologie met en évidence une différence minime – une seule lettre – entre les chromosomes XX et XY. Elle souligne que nous sommes tous des Homo sapiens, et que les différences biologiques, bien que réelles, sont infimes et ne peuvent justifier des inégalités d’opportunités, de salaires ou de leadership. Elle a consacré 35 ans à démontrer, par des données à l’appui, que les personnes « double X » possèdent le même talent, la même capacité et la même ambition de faire de la science au plus haut niveau.
Née à Barcelone dans une famille traditionnelle, son parcours vers une chaire à Harvard est exceptionnel. Elle a grandi dans un environnement où le rôle des femmes était traditionnellement défini par la maternité et le soin du foyer. Quitter la maison pour étudier la médecine, puis s’installer aux États-Unis, n’était pas prévu. Elle admet que les probabilités qu’une jeune fille de son milieu devienne professeure à Harvard et reçoive un doctorat honoris causa de l’Université Miguel Hernández étaient minces. Cependant, sa curiosité, sa persévérance et la recherche de modèles, même à distance, lui ont permis de surmonter ces obstacles.
Elle n’a jamais eu de mentor féminin en chair et en os durant sa formation. Elle a dû trouver l’inspiration dans les livres, notamment auprès de figures comme Marie Curie, la seule femme à avoir reçu deux prix Nobel, qui lui a rappelé l’importance de comprendre plutôt que de craindre, d’être curieux des idées plutôt que des personnes, et de se concentrer sur l’avenir plutôt que sur le passé. Jane Goodall, avec son approche respectueuse des animaux et son insistance à suivre son propre jugement, a également été une source d’inspiration.
Mariana Castells valorise également le rôle du sport, citant Kathrine Switzer, la première femme à avoir couru le marathon de Boston. Elle admire la ténacité de Switzer, qui a continué à courir malgré les tentatives de la faire sortir de la course en 1967, consciente que son geste pouvait ouvrir la voie à d’autres femmes. Cette combinaison de persévérance, de dignité et de sens de l’histoire est, pour elle, un modèle fantastique pour la science.