Publié le 26 février 2026 01:19:00. Une seule nuit d’exposition aux bruits de la circulation routière, même à des niveaux courants en milieu urbain, peut suffire à perturber le système cardiovasculaire et à induire un stress physiologique, selon une nouvelle étude allemande. Ces résultats confirment l’impact négatif du bruit sur la santé cardiaque et plaident pour des réglementations plus strictes.
- Une étude menée auprès de 74 adultes en bonne santé a révélé que le bruit de la circulation nocturne altère la fonction des vaisseaux sanguins, augmente la fréquence cardiaque et perturbe le sommeil.
- Des modifications des protéines sanguines liées à l’inflammation et au stress ont été observées chez les participants exposés au bruit.
- Les chercheurs soulignent la nécessité d’une planification urbaine qui protège le sommeil et la santé cardiovasculaire, notamment en réduisant le trafic nocturne et en améliorant l’isolation phonique des bâtiments.
L’exposition chronique au bruit de la circulation est depuis longtemps suspectée d’augmenter le risque d’hypertension artérielle et de maladies cardiaques. Cette nouvelle recherche apporte des preuves concrètes de l’impact physiologique immédiat d’une seule nuit d’exposition, même à des niveaux sonores considérés comme typiques pour les personnes vivant près des routes. L’étude, publiée dans la revue Recherche cardiovasculaire, met en évidence des mécanismes biologiques clés qui pourraient expliquer ce lien.
Les participants à l’étude ont été exposés à différentes intensités de bruit de circulation routière pendant leur sommeil, dans le cadre d’une expérience en double aveugle. Les résultats ont montré que même une exposition modérée (30 ou 60 épisodes de bruit par nuit) était suffisante pour réduire la dilatation des vaisseaux sanguins, un indicateur de leur bon fonctionnement. Le taux de dilatation induit par le flux était de 9,35 % pour le groupe témoin, contre 8,19 % et 7,73 % respectivement pour les groupes exposés à 30 et 60 incidents sonores nocturnes.
L’analyse des échantillons sanguins a révélé des changements dans la signalisation de l’interleukine et la chimiotaxie chez les participants les plus affectés, des processus impliqués dans les réponses inflammatoires et de stress. Selon le professeur Andreas Daiber, chef du groupe de recherche en cardiologie moléculaire au centre médical universitaire de l’université Johannes Gutenberg et coordinateur du consortium européen de recherche environnementale MARKOPOLO :
« Ce sont des voies biologiques clés similaires que nous trouvons modifiées par le bruit dans de multiples études d’exposition chez la souris, ce qui signifie que nous pouvons désormais expliquer les mécanismes pathologiques moléculaires induits par le bruit chez l’homme par des connaissances mécanistiques précliniques. »
L’étude a également constaté une augmentation de la fréquence cardiaque moyenne des participants d’environ 1,23 battements par minute en cas d’exposition au bruit, ainsi qu’une diminution de la qualité du sommeil et du repos perçu. Le Dr Omar Hahad, auteur principal de l’étude, explique :
« Même lorsque nous dormons, notre corps écoute toujours. L’activation répétée des réponses au stress nuit après nuit peut aider à expliquer pourquoi les personnes exposées au bruit de la circulation à long terme présentent des taux plus élevés d’hypertension artérielle et de maladies cardiaques. Protéger notre sommeil en luttant contre la pollution sonore devrait faire partie de notre réflexion sur la prévention des maladies cardiovasculaires dans les villes du monde entier. »
Les chercheurs recommandent de réduire l’exposition au bruit dans les chambres, par exemple en s’éloignant des routes ou en utilisant des fenêtres à isolation phonique. Ils soulignent également l’importance de mesures structurelles et sociétales, telles que la réduction du trafic nocturne, l’utilisation de revêtements routiers plus silencieux et une meilleure isolation des bâtiments. Le professeur Thomas Münzel, président du groupe de travail sur l’environnement et la durabilité de la Société européenne de cardiologie, estime que :
« Le bruit des transports devrait être formellement reconnu dans les futures lignes directrices de pratique clinique sur la prévention cardiovasculaire en tant que facteur de risque cardiovasculaire indépendant et non traditionnel. »
Selon les estimations récentes de l’Agence européenne pour l’environnement, plus de 150 millions de personnes en Europe sont exposées à long terme à des niveaux de bruit nocifs provenant des transports (plus de 55 décibels Lil), le trafic routier étant la principale source d’exposition. Agence européenne pour l’environnement