Publié le 2025-10-15 12:19:00. L’ancien ministre socialiste José Luis Ábalos comparaît ce mercredi devant le juge de la Cour suprême dans une affaire de corruption qui pourrait mener à sa détention préventive. Cette comparution survient dans un contexte de tensions croissantes entre l’ex-ministre et son avocat, qui s’est soldé par une rupture.
- José Luis Ábalos est accusé de « revenus irréguliers et opaques », potentiellement issus de commissions sur la manipulation de marchés publics durant son mandat au ministère des Transports (2018-2021).
- Le juge enquête sur des soupçons de corruption élargis, incluant potentiellement des manipulations dans les travaux publics, et pas seulement les contrats de masques liés à la pandémie de COVID-19.
- Une audience post-comparution pourrait décider du maintien ou de l’aggravation des mesures restrictives actuelles (retrait de passeport, interdiction de quitter l’Espagne, comparaisons périodiques), pouvant aller jusqu’à la détention provisoire.
L’ancien dirigeant socialiste, qui en est à sa quatrième convocation devant le magistrat suprême, se retrouve dans une situation plus critique que jamais. Pour la première fois, le juge estime avoir recueilli des indices probants suggérant que M. Ábalos aurait perçu des « revenus irréguliers et opaques », présentés comme le fruit de commissions perçues suite à des manœuvres frauduleuses portant sur des marchés publics lorsqu’il était à la tête du ministère des Transports, entre 2018 et 2021. Suite à ces éléments, une audience est prévue à l’issue de sa déposition afin d’examiner la possibilité de modifier les mesures cautélaires qui pèsent actuellement sur lui, à savoir la confiscation de son passeport, l’interdiction de quitter le territoire espagnol et des présentations bimensuelles devant la Cour suprême. Une éventuelle détention préventive n’est donc plus à exclure.
La tension est d’autant plus vive que M. Ábalos est en conflit ouvert avec son avocat, José Aníbal Álvarez. Ce dernier se présentera devant le Tribunal suprême à la demande du juge, mais sans avoir préparé la déclaration aux côtés de son client. Les investigations menées, qui ont resserré l’étau autour de l’ancien ministre, ont également fragilisé sa relation avec son conseil. Avant l’été, l’avocat aurait envisagé un accord avec le parquet anti-corruption, proposant la collaboration de M. Ábalos en échange d’une peine réduite. Cette perspective s’est renforcée après que la Garde civile ait révélé que le réseau présumé de corruption ne se limitait pas aux contrats de masques, mais pourrait également englober une entreprise fondée sur la manipulation de marchés de travaux publics, impliquant outre Ábalos et son ancien conseiller Koldo García, l’ex-secrétaire à l’Organisation Santos Cerdán.
Malgré ces éléments, José Luis Ábalos maintient sa ligne de défense, clamant son innocence et refusant de s’incriminer, désavouant ainsi la stratégie de son avocat qui avait pourtant manifesté son intention de collaborer avec la justice auprès du parquet anticorruption. Ces derniers mois, un fossé encore plus profond s’est creusé entre l’ex-ministre et son conseil. Avant l’été, l’avocat aurait tenté, sans succès, de persuader M. Ábalos de renoncer à son siège de député au Groupe mixte du Congrès. Une telle démission aurait eu pour effet de dessaisir la Cour suprême de sa compétence et de renvoyer le dossier au juge de l’Audience Nationale, Ismael Moreno, en charge de la partie de l’« affaire Koldo » n’impliquant pas M. Ábalos. Bien qu’il n’ait jamais montré d’inclination à abandonner son mandat, synonyme de salaire, l’insistance de son avocat l’a amené à consulter d’autres juristes, dont Koldo García, provoquant un malaise certain chez son conseil et conduisant à une rupture totale des relations.
Lundi, l’ancien ministre a officiellement informé la Cour suprême de son renoncement à sa défense. Le lendemain, à la veille de sa déposition, il a sollicité auprès du tribunal la désignation d’un avocat commis d’office. Le juge Puente a interprété cette démarche comme une manœuvre dilatoire visant à obtenir une suspension de l’audience par une « fraude à la loi ». Par une ordonnance sévère rendue mardi, le juge a rejeté cette requête, exhortant M. Ábalos à se présenter devant la Cour suprême accompagné de son avocat actuel. « Il est impossible d’identifier, compte tenu du moment où ils se produisent et de l’absence totale de justification raisonnable qui les sous-tend, un objectif autre que celui de provoquer indûment la suspension d’audiences ou de comparutions opportunément programmées », a statué le magistrat instructeur.
Selon des sources proches de la défense interrogées par ce journal, l’avocat sera bien présent, comme l’exige le juge. Cependant, l’absence de préparation conjointe de la déclaration entre le conseil et son client rend l’issue de cette comparution imprévisible. José Luis Ábalos pourra user de son droit de ne pas répondre aux questions ou décider de s’expliquer face au juge et aux accusations. Quoi qu’il en soit, le juge lui a déjà signifié que l’audience sur les mesures conservatoires, prévue par l’article 505 du Code de procédure pénale, se tiendrait. À cette occasion, le parquet pourrait requérir la mise en détention provisoire de l’ancien dirigeant socialiste.