Publié aujourd’hui à 13h13. L’intelligence artificielle (IA) suscite une vague d’inquiétudes sur les marchés financiers, certains craignant une nouvelle bulle spéculative similaire à celle de l’Internet. Alors que les fonds d’investissement alertent sur une possible surchauffe, nous avons interrogé les IA elles-mêmes sur les risques et consulté un expert financier pour évaluer la situation.
- Une majorité de gestionnaires de fonds perçoit des signes de surchauffe sur les actions liées à l’IA.
- L’interconnexion croissante entre les géants de la tech amplifie le risque d’une correction en cascade.
- Pour les investisseurs suisses, diversifier en privilégiant les valeurs nationales pourrait être une stratégie de mitigation.
Les valorisations astronomiques atteintes par des entreprises comme Nvidia, Microsoft ou OpenAI, propulsées par la révolution de l’IA, alimentent les craintes d’une bulle spéculative. Les parallèles avec l’éclatement de la bulle Internet en 2000, qui avait causé des pertes substantielles, refont surface. Une étude de Bank of America révèle que 54 % des gestionnaires de fonds interrogés estiment qu’une bulle s’est formée autour des actions d’intelligence artificielle. Des voix multiples s’élèvent pour prévenir d’un dégonflement prochain de cette bulle.
Face à cette inquiétude, nous avons sollicité l’avis de deux intelligences artificielles, Gemini et ChatGPT, sur les risques encourus par le marché et leurs conseils aux investisseurs particuliers. Leurs analyses ont été mises en parallèle avec celles de Dominik Schmidlin, responsable de la stratégie de placement à la Banque Cantonale de Saint-Gall (SGKB).
Une bulle à double tranchant ?
Selon les algorithmes interrogés, l’inquiétude est légitime, mais il ne s’agit pas d’une bulle d’IA pure et simple. Des indicateurs tels que des valorisations élevées et une forte concentration sur quelques titres suggèrent une surchauffe. Cependant, ces valorisations s’appuient également sur des investissements concrets dans les puces, les centres de données et les infrastructures électriques, marquant une différence notable avec la bulle Internet de 2000, où la spéculation primait souvent sur la réalité économique. Les IA suggèrent qu’il s’agirait plutôt d’une bulle partielle.
Dominik Schmidlin tempère également les craintes d’une bulle démesurée, soulignant que les valorisations actuelles sont, dans une large mesure, soutenues par des revenus réels. Il rappelle qu’à l’époque des « point-com », une simple mention de « .com » suffisait à faire grimper la valorisation d’une entreprise. L’expert se montre néanmoins critique envers la valorisation d’OpenAI, estimée à environ 500 milliards de dollars, étant donné que l’entreprise ne dégage pas encore de bénéfices concrets. En revanche, il considère la forte hausse du cours de l’action Nvidia comme justifiée.
Les catalyseurs d’une possible explosion
L’IA identifie les mauvaises performances financières comme un risque majeur. Une déception concernant les prévisions de bénéfices pourrait entraîner un retrait rapide des investisseurs, notamment si la croissance des centres de données IA venait à ralentir, impactant à son tour les fabricants de puces. De plus, l’IA met en garde contre l’étroite interconnexion entre les entreprises technologiques américaines, citant l’investissement de 100 milliards de dollars de Nvidia dans OpenAI (Chat-GPT) comme un exemple. Une crise chez l’un des acteurs majeurs pourrait ainsi se propager rapidement.
Dominik Schmidlin partage largement cette analyse. Il estime que le risque de contagion est aujourd’hui plus élevé qu’en 2000, en raison des liens étroits entre les entreprises. Si la croissance venait à ralentir, les cours boursiers en pâtiraient inévitablement. Bien qu’aucun signe de mauvaises performances ne soit actuellement observé chez les grands noms de la tech américaine, l’expert souligne le danger potentiel d’une correction significative, estimée par l’IA entre 15 et 25 % et potentiellement jusqu’à 30 % pour les marchés américains, en fonction de la durée de la bulle.

La valorisation d’OpenAI, l’entreprise derrière le populaire ChatGPT, est estimée à environ 500 milliards de dollars, malgré l’absence actuelle de bénéfices significatifs pour la société dirigée par Sam Altman.
Photo : Franck Robichon (Keystone/EPA)
Impacts aux États-Unis et en Suisse
Selon l’IA, la Suisse, grâce à la diversification de son économie, notamment dans le secteur pharmaceutique, serait moins vulnérable que les États-Unis face à une correction du secteur technologique. Cependant, le pays helvétique ne serait pas totalement épargné par les répercussions d’un choc mondial.
Dominik Schmidlin confirme cette analyse : « Si les États-Unis toussent, nous tousserons avec eux », une récession américaine entraînant une baisse des actions suisses, notamment en raison du poids des entreprises technologiques américaines dans les principaux indices boursiers. La correction devrait cependant être moins sévère en Suisse. Certaines entreprises suisses pourraient toutefois être plus durement touchées, comme ABB, qui fournit des centres de données aux États-Unis.
Stratégies pour les investisseurs
L’IA suggère de réduire l’exposition aux valeurs technologiques américaines et de réorienter les investissements vers des fonds indiciels passifs (ETF) sous-évalués, des entreprises de logiciels d’IA plutôt que de matériel, et des investissements hors des États-Unis.
Schmidlin ne recommande pas un désinvestissement immédiat de toutes les valeurs technologiques américaines, mais conseille de prendre des bénéfices et de les réinvestir, par exemple, dans des actions suisses solides comme Swisscom, BKW ou Sika. Il mentionne également les actions suisses versant des dividendes d’environ 3 %, ainsi que les fonds immobiliers, comme des alternatives intéressantes dans le contexte actuel des taux d’intérêt.
L’expert se montre cependant sceptique quant à la pertinence d’investir dans des fonds indiciels sous-évalués ou des logiciels d’IA. Les fonds dits « value » n’ont pas démontré de performances convaincantes ces cinq dernières années. Dans l’hypothèse d’un krach, les éditeurs de logiciels d’IA verraient leur valeur diminuer, mais dans une moindre mesure que les fabricants de matériel. Schmidlin privilégie une approche plus prudente en misant sur d’autres secteurs économiques.
IA : Un conseiller financier fiable ?
Les analystes financiers et les professionnels de l’investissement utilisent de plus en plus l’IA pour traiter de grandes quantités de données. Cependant, son aptitude à fournir des conseils d’investissement personnalisés aux particuliers est sujette à débat. Si l’IA peut fournir des informations de base pertinentes, elle peut parfois s’égarer dans des détails techniques complexes. Dominik Schmidlin déconseille de se fier aveuglément aux conseils d’investissement spécifiques de l’IA, soulignant son potentiel à générer des solutions irréalistes. Une comparaison directe révèle des divergences notables entre les recommandations de l’IA et celles d’un expert humain.