Publié le 2025-11-01 05:54:00. Une ancienne Miss Antioquia fait face à une plainte pénale pour incitation à la violence politique suite à une vidéo controversée. L’affaire soulève des questions sur les limites de la liberté d’expression et l’interprétation des déclarations dans le débat public.
Laura Gallego, ex-Miss Antioquia, est au cœur d’une polémique après la diffusion sur les réseaux sociaux d’une vidéo où elle tient des propos jugés violents et moqueurs à l’encontre de Daniel Quintero, ancien maire de Medellín, et du président Gustavo Petro. Cette séquence, où elle répond à la question « À qui donnez-vous la balle ? » par « À Daniel Quintero, et beaucoup pour Petro », a conduit à une plainte pénale pour incitation présumée à la violence politique.
La plainte, déposée par Daniel Quintero auprès du Bureau du Procureur général, réclame une enquête formelle, la conservation de la vidéo comme élément de preuve, l’identification des personnes impliquées et des mesures de protection. L’affaire met en lumière la tension entre la liberté d’expression et les potentielles dérives vers l’incitation à la haine ou à la violence.
Cependant, des voix juridiques s’élèvent pour tempérer la portée de l’accusation. L’avocat pénaliste Gustavo Moreno estime, dans une récente chronique d’opinion, que le dossier ne remplit pas les conditions requises pour caractériser le délit d’incitation à commettre un crime. Selon lui, l’article 348 du Code pénal colombien, qui punit l’incitation publique et directe à commettre un acte criminel spécifique, n’est pas applicable ici.
« La jurisprudence pénale a été claire en précisant que l’incitation n’est pas configurée avec des phrases ambiguës ou symboliques, mais avec des manifestations qui ont le potentiel réel d’inciter à la commission d’un crime spécifique », explique Maître Moreno. Il souligne que le droit pénal, en tant que « dernier recours », ne peut intervenir que lorsque le comportement dépasse les limites de la liberté d’expression et crée un danger concret pour les droits légaux protégés. L’analyse doit porter autant sur l’élément objectif (l’incitation spécifique) que sur l’élément subjectif (l’intention criminelle).
Pour l’avocat, la phrase de Laura Gallego, bien que publique, manque des éléments fondamentaux pour constituer une infraction pénale. La question posée avait un ton rhétorique et ne s’apparentait ni à un ordre ni à une exhortation directe à commettre un acte criminel. L’absence d’un destinataire spécifique et l’absence d’encouragement à un comportement criminel précis sont des points cruciaux.
Maître Moreno rappelle également que l’ex-reine de beauté a elle-même précisé que son propos était une métaphore politique, une manière figurative, bien qu’inappropriée, d’exprimer son désaccord. Cette clarification, selon l’avocat, démontre l’absence d’intention criminelle, élément déterminant dans toute analyse juridique.
« La fraude constitue le noyau de tout comportement punissable : la simple imprudence ou la légèreté verbale n’est pas punie, mais la volonté de commettre le délit », précise l’avocat. Par conséquent, en l’absence d’une volonté avérée de provoquer la commission d’un crime, le droit pénal ne peut légitimement intervenir.
L’avocat insiste sur le fait que l’État ne peut utiliser le droit pénal pour sanctionner des opinions, des discours inconfortables ou des manifestations impopulaires. Même les expressions qui peuvent choquer sont protégées par la liberté d’expression, à condition qu’elles n’impliquent pas une incitation claire et directe à la violence. « Le droit pénal n’a pas vocation à punir l’imprudence verbale ou l’émotivité des réseaux. Sa fonction est différente : intervenir uniquement en cas de dommage réel ou de menace sur les biens légaux », conclut-il.
En définitive, Maître Moreno estime que le délit d’incitation à commettre un délit n’est pas constitué dans ce cas. Il s’agirait d’une manifestation maladroite dans un contexte de polarisation politique, mais pas d’une incitation criminelle.