Publié le 2025-10-09 14:00:00. L’administration américaine actuel, face à une résurgence de la rougeole, envisage une révision du calendrier vaccinal, notamment en questionnant la pertinence des vaccins combinés comme le ROR. Cette démarche suscite de vives inquiétudes parmi les experts en santé publique.
- Jim O’Neill, haut responsable du ministère de la Santé et des Services sociaux (HHS) et directeur par intérim des Centers for Disease Control and Prevention (CDC), a plaidé pour le développement de vaccins monovalents distincts afin de remplacer le vaccin ROR actuel.
- Des experts, comme Jason Schwartz de la Yale School of Public Health, s’alarment d’une telle décision, craignant une complication logistique, une hausse des coûts et, surtout, une baisse de la couverture vaccinale.
- Les fabricants de vaccins et de nombreux professionnels de santé soulignent l’absence de preuves scientifiques justifiant une telle scission, rappelant l’efficacité et la simplicité des vaccins combinés, dont le ROR, utilisés depuis des décennies.
L’administration Trump, dans le cadre de son examen continu des vaccins, se penche sur le vaccin combiné contre la rougeole, les oreillons et la rubéole (ROR). Cette réévaluation survient alors que les États-Unis traversent la pire épidémie de rougeole depuis plusieurs décennies. Jim O’Neill, par le biais d’une publication sur X (anciennement Twitter), a explicitement appelé les fabricants à développer des vaccins monovalents pour remplacer les injections combinées actuelles. Il a également fait référence à un article de Donald Trump datant du 26 septembre, qui préconisait de ne pas utiliser certains médicaments comme le Tylenol, les vaccins « mixtes », et de repousser la vaccination contre l’hépatite B de la naissance à l’âge de 12 ans.
L’objectif principal des vaccins combinés est de simplifier le schéma vaccinal pour les enfants, réduisant ainsi le nombre de piqûres et le nombre de visites médicales nécessaires. La sécurité et l’efficacité de ces formulations sont soutenues par des décennies de recherche. Jason Schwartz, professeur agrégé à la Yale School of Public Health, qualifie la séparation des vaccins de « remarquablement compliquée, longue et coûteuse, mais surtout inutile ». Il souligne que l’ajout de visites supplémentaires pour administrer des vaccins individuels rendrait le processus plus onéreux et complexe pour les parents, augmentant le risque que les enfants ne complètent pas leur schéma vaccinal. Il avance que si toutes les vaccinations infantiles étaient administrées séparément, un nourrisson de six mois nécessiterait déjà 20 visites chez le pédiatre pour être entièrement couvert.
Paul Offit, directeur du Vaccine Education Center de l’hôpital pour enfants de Philadelphie et co-inventeur d’un vaccin contre le rotavirus, renchérit, affirmant que diviser les vaccins « ne sert à rien ». Il mentionne également les coûts déjà élevés associés aux programmes de vaccination. Certains vaccins, comme celui contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche (DTaP), sont intrinsèquement combinés et ne peuvent être séparés. Bien que des vaccins monovalents contre la rougeole, les oreillons et la rubéole aient été approuvés dans les années 1960, seuls les vaccins combinés ROR sont actuellement disponibles aux États-Unis. Les fabricants actuels, Merck et GSK, ont tous deux indiqué ne trouver aucune preuve scientifique publiée soutenant la séparation de ces vaccins, soulignant leur rôle dans la facilitation et la réduction des coûts de la vaccination. La création de nouveaux vaccins monovalents exigerait de nouveaux essais cliniques contrôlés par placebo, un processus jugé « inimaginable » par Schwartz étant donné l’existence de vaccins sûrs et efficaces. Angela Rasmussen, virologue à l’Université de la Saskatchewan, considère qu’une telle démarche serait « incroyablement contraire à l’éthique », exposant les nourrissons à des maladies potentiellement mortelles et ne recevant probablement aucune approbation de comités d’éthique ou de réglementation.
Une réunion du comité consultatif du CDC sur les pratiques de vaccination (ACIP), initialement prévue les 22 et 23 octobre, a été reportée sine die. Cette incertitude quant à l’avenir des recommandations vaccinales est préoccupante. Schwartz note que l’ACIP pourrait exprimer un souhait pour des vaccins monovalents, mais qu’aucun vaccin monovalent approuvé n’est actuellement disponible pour recommandation. Lors de la réunion de septembre, une discussion sur le report de la première dose du vaccin contre l’hépatite B (actuellement recommandée à la naissance) avait été entamée mais également reportée. Cette modification potentielle affecterait les vaccins combinés, car les doses plus tardives d’hépatite B sont souvent administrées dans ce cadre. Paul Offit s’inquiète que de telles décisions puissent être motivées par des « conceptions anti-vaccinales » plutôt que par des données scientifiques. Il rappelle que la question de la séparation du ROR a déjà été traitée et résolue par l’ACIP il y a plus de deux décennies, lorsqu’il en était membre (1998-2003). Cette période coïncide avec la publication de l’étude rétractée d’Andrew Wakefield, qui alléguait un lien entre le vaccin ROR et l’autisme sans aucune preuve. Wakefield avait déposé une demande de brevet pour un vaccin monovalent contre la rougeole avant la publication de son étude, un conflit d’intérêts non révélé. L’ACIP avait alors voté à l’unanimité contre toute modification de la recommandation du ROR, s’appuyant sur des études épidémiologiques n’ayant montré aucune relation entre vaccination et autisme.
Plus récemment, en septembre, l’ACIP a voté en faveur de la suppression de la recommandation du vaccin combiné ROR et varicelle, une décision qui a été officialisée par le CDC. Ces changements engendrent déjà de la confusion auprès des patients et dans les cabinets pédiatriques. Jason Schwartz souligne que la complexité et la confusion « nuisent gravement aux efforts de vaccination », tant pour les patients et leurs familles que pour les professionnels de santé. Angela Rasmussen ajoute que rendre le processus plus confus, coûteux et long est un obstacle à la vaccination, et que la disponibilité de nombreux vaccins monovalents pourrait entraîner une baisse de l’accès et un gaspillage, ce qui, selon elle, servirait les intérêts des mouvements anti-vaccins.