Publié le 14 octobre 2025. Aldi déclenche une guerre des prix sur le pain en proposant une miche à 99 centimes. Cette offensive tarifaire contraint Migros, Coop, Lidl et Denner à suivre le mouvement, engendrant des inquiétudes parmi les artisans boulangers.
- Aldi met en vente son pain « Pfünderli » (environ 500g) à 99 centimes, se positionnant comme le fournisseur le moins cher de Suisse.
- En réponse, Migros et Coop annoncent des baisses de prix significatives sur leurs pains mi-blanc et Ruchbrot, les ramenant à 1 franc.
- D’autres discounters comme Lidl et Denner ont également ajusté leurs tarifs sur le pain et les produits de boulangerie.
L’offensive d’Aldi vise à alléger le budget des ménages, le discounter affirmant vouloir rendre accessible cet aliment de base. « Le pain est un aliment de base important et nous voulons que tout le monde puisse se le permettre », a déclaré Aldi dans un communiqué. La stratégie du discounter repose sur l’optimisation continue de ses structures et processus pour répercuter les économies réalisées sur les clients.
Face à cette nouvelle donne, Migros justifie son alignement en ces termes : « Grâce à cet ajustement, nous mettons systématiquement en œuvre notre promesse de prix bas », a indiqué l’enseigne orange. Coop, quant à elle, prévoit de réduire « prochainement » le prix de ses pains mi-blanc et sec à un franc, soit une baisse d’environ 17 à 13 pour cent. Le calendrier précis de ces ajustements n’a toutefois pas encore été communiqué.

Des artisans boulangers dénoncent une stratégie de prix d’appel
La frénésie des prix dans le secteur du pain suscite la préoccupation des artisans boulangers. Silvan Hotz, président de l’Association Suisse des Maîtres Boulangers et Confiseurs, exprime son scepticisme : « Pour moi, cela va complètement dans la mauvaise direction. » Il compare ces prix à ceux de ses propres pains « Pfünderli » artisanaux, vendus quatre francs, un prix qu’il juge équitable pour l’ensemble de la chaîne de valeur.
« 99 centimes pour une miche de pain ne sont guère rentables. »
Silvan Hotz, président de l’Association Suisse des Maîtres Boulangers et Confiseurs
M. Hotz voit dans cette stratégie une simple « offre leurre », visant à attirer les clients en magasin avec un prix d’appel, dans l’espoir qu’ils achètent d’autres produits. Peter Lyner, boulanger à Winterthour, partage cette analyse, qualifiant ces baisses de prix de « campagne de marketing ». Son pain est proposé à 3,80 francs, un tarif qui reflète, selon lui, la qualité artisanale, le service client personnalisé et la formation d’apprentis, des éléments absents des grandes surfaces.
« Nous avons un produit artisanal et des vendeurs au service des clients, sans caisses automatiques. »
Peter Lyner, boulanger
M. Lyner affirme qu’il ne peut et ne doit pas s’aligner sur cette guerre des prix, sa clientèle étant différente de celle des discounters. « Sinon nous n’existerons plus demain », prévient-il.
Craintes pour les boulangeries rurales
Au-delà de la concurrence directe, Silvan Hotz redoute les conséquences de cette politique tarifaire sur les boulangeries de village, particulièrement dans les zones rurales où la clientèle se fait déjà plus rare. Il craint que la baisse continue des prix ne rende impossible la survie de ces commerces faute de volume de ventes suffisant.
Il est à noter qu’il y a seulement trois ans, le pain connaissait une tendance à la hausse. Une mauvaise récolte céréalière en 2021, suivie par la flambée des prix de l’énergie due à la guerre en Ukraine, avait contraint les entreprises à répercuter ces coûts supplémentaires sur les consommateurs.
