Publié le 12 février 2024 09h35. Un entraînement cognitif ciblé sur la vitesse de traitement de l’information pourrait réduire significativement le risque de démence sur le long terme, selon une étude américaine menée sur vingt ans auprès de près de 3 000 adultes.
- Un programme d’entraînement de cinq à six semaines, axé sur l’amélioration de la vitesse de traitement visuel, diminue le risque de démence de 25 % chez les personnes de plus de 65 ans.
- L’efficacité de cet entraînement repose sur une adaptation personnalisée aux capacités de chaque individu, contrairement aux programmes de mémoire et de raisonnement plus standardisés.
- L’étude, coordonnée par Johns Hopkins Medicine, confirme les bénéfices à long terme d’une stimulation cognitive régulière pour préserver les fonctions cérébrales.
Des chercheurs américains ont mis en évidence un lien prometteur entre l’entraînement cognitif et la prévention de la démence. L’étude, publiée dans la revue Alzheimer’s & Dementia: Translational Research and Clinical Interventions, suggère qu’un programme ciblé sur la vitesse de traitement de l’information peut avoir un impact significatif sur la réduction du risque de développer une démence, même vingt ans après l’entraînement.
L’étude Advanced Cognitive Training for Independent and Vital Elderly (ACTIVE), débutée en 1998-99, a suivi 2 802 adultes pendant deux décennies. Les participants ont été répartis en quatre groupes : un groupe témoin n’ayant reçu aucune formation, et trois groupes ayant suivi un entraînement cognitif axé respectivement sur la mémoire, le raisonnement et la vitesse de traitement. Chaque groupe a bénéficié de 10 séances d’entraînement de 60 à 75 minutes, réparties sur cinq à six semaines. La moitié des participants ont également bénéficié de quatre séances de rappel supplémentaires, 11 et 35 mois après le cycle initial.
L’analyse des données d’assurance de 72 % des participants entre 1999 et 2019 a révélé des résultats frappants. Parmi les 264 participants ayant suivi l’entraînement de vitesse de rappel, 105 (40 %) ont reçu un diagnostic de démence, contre 239 sur 491 (49 %) dans le groupe témoin. Cela représente une réduction du risque de démence de 25 % pour le groupe ayant bénéficié de l’entraînement.
Ce qui distingue l’entraînement de la vitesse des autres approches cognitives, selon les chercheurs, réside dans son caractère adaptatif. Le programme, basé sur un test informatisé appelé Useful Field of View (UFOV), ajuste en permanence la difficulté des exercices en fonction des performances de chaque individu. Le test mesure la rapidité avec laquelle une personne est capable de traiter des informations visuelles sous pression attentionnelle. Un stimulus central à identifier apparaît sur l’écran, puis un élément périphérique est ajouté, et enfin des distractions augmentent la complexité de la tâche. Le système réduit progressivement le temps d’exposition, exprimé en millisecondes, en s’adaptant à la capacité du sujet. Les participants plus rapides reçoivent des défis plus complexes, tandis que ceux qui ont besoin de plus de temps commencent à un niveau plus lent.
Contrairement à l’entraînement de la vitesse, les programmes de mémoire et de raisonnement n’étaient pas adaptatifs, tous les participants apprenant les mêmes stratégies. De plus, l’entraînement de la vitesse stimule l’apprentissage implicite – une forme d’apprentissage inconsciente – tandis que les programmes de mémoire et de raisonnement favorisent l’apprentissage explicite, basé sur la mémorisation de faits et de stratégies. Les chercheurs soulignent que l’apprentissage implicite et explicite fonctionnent différemment dans le cerveau.
Selon le Dr Vincenzo Andréone, directeur de l’unité opérationnelle complexe de neurologie et d’accident vasculaire cérébral de l’AORN « Antonio Cardarelli » de Naples,
« L’étude étend cliniquement les observations de l’essai ACTIVE publié en 2002 – démontrant qu’un entraînement adaptatif de la vitesse de traitement peut réduire, à long terme, le risque de diagnostic de démence. »
Vincenzo Andréone, directeur de l’unité opérationnelle complexe de neurologie et d’accident vasculaire cérébral de l’AORN « Antonio Cardarelli » de Naples
Bien que l’entraînement de la vitesse se soit avéré le plus efficace, les chercheurs insistent sur le fait qu’il ne s’agit pas d’un remède miracle, mais plutôt d’une stratégie potentielle pour retarder l’apparition des symptômes de la démence, ce qui pourrait avoir un impact significatif sur la santé publique.